François Gremaud est un dramaturge, comédien et metteur en scène suisse - Niels Ackermann
François Gremaud est un dramaturge, comédien et metteur en scène suisse - Niels Ackermann
François Gremaud est un dramaturge, comédien et metteur en scène suisse - Niels Ackermann
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Résumé

Comédien et metteur en scène, le Suisse François Gremaud maîtrise à la perfection l'art de la conférence théâtrale. Il semble capable de digresser des heures durant sur tous les sujets : la tragédie grecque, Wikipedia, ou encore son propre travail.

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Le Suisse François Gremaud est dramaturge, comédien et metteur en scène. Plusieurs des pièces qu'il a créées, parmi lesquelles Phèdre !, Conférence de choses ou encore Aller sans savoir où, sont actuellement en tournée dans toute la France et la Suisse. Alchimiste étonné et virtuose de l’esprit d’escalier, il lui tient à cœur de partager avec un large public la joie sincère qu'il a au fond de lui.

La force majeure

François Gremaud a choisi comme "Journée particulière" le 10 juillet 2012. Ce jour-là, alors qu'il est au Festival d'Avignon, il découvre et dévore le livre La Force majeure du philosophe Clément Rosset, un court essai sur la joie. Rosset y écrit notamment que "la joie est la condition nécessaire à la vie menée en conscience et en connaissance de cause". Pour François Gremaud, cette lecture est une révélation ; il comprend quelque chose qu'il avait toujours pressenti, que la joie est une puissance de vie, mais qu'elle est également susceptible de contenir tout le tragique de la vie.

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La joie n’est pas un bonheur béat, la joie permet que l’on se lève le matin, malgré l’horreur du monde. En ce sens, la joie est une forme de résistance et François Gremaud s'emploie donc à la partager.

Je me sens si plein de joie que je me sens l'obligation d'en mettre un peu en partage.

Conférenciers virtuoses

Après cette lecture, François Gremaud s'emploie à l'écriture d'un spectacle portant l'empreinte de la pensée de Clément Rosset. Dans Conférence de choses, un seul en scène qui dure huit heures dans sa version intégrale, le comédien Pierre Mifsud partage un savoir encyclopédique en passant littéralement du coq à l'âne, comme lorsque l'on passe, de clic en clic, d'un lien à l'autre sur Wikipedia.

C'est d'ailleurs grâce aux articles en ligne de l'encyclopédie libre et participative que s'est écrite cette conférence-spectacle. Pour François Gremaud, il s'agit de rendre hommage à tout ce savoir humain et à toutes ces personnes qui ont su se passionner aussi bien pour la Reine Margot que les pastilles désodorisantes pour les toilettes. On y trouve la marque du philosophe Clément Rosset dans la mesure où Conférence de choses rend le réel à son insignifiance en montrant à la fois la grandeur et la vacuité du savoir encyclopédique.

Le résultat procure un véritable vertige verbal, une maîtrise totale de l'art de la digression, un sentiment jouissif. François Gremaud, avec ses comédiens, s'est imposé comme un champion de cette forme de "conférence-spectacle", qui permet, selon lui de tout convoquer sur scène. Il aime particulièrement la figure du comédien-conférencier.

C'est une personne qui se propose de pouvoir tout convoquer. Le contrat avec les spectateurices est tellement clair qu'il permet d'aller partout et de tout faire. Je trouve que c'est une figure magnifique.

49 min

Idiot comme Marcel Duchamp

Dans Conférence de choses, François Gremaud évoque par ailleurs Marcel Duchamp, qu'il cite parmi ses sources d'inspiration. Pour lui, le geste artistique de Duchamp est un geste qui a changé le monde. Ce qui l'intéresse, ce n’est ni vraiment la table, ni l’urinoir, mais bien le geste de bricoler l’une ou de déplacer l’autre.

C'est une espèce de modèle, une figure emblématique. C'est quelqu'un qui a fait un geste profondément idiot, au sens philosophique du terme, c'est-à-dire un geste singulier, unique, mais qui, en même temps, est un geste joyeux, drôle. C'est le geste d'un farceur. C'est quand même profondément joyeux qu'avec un geste aussi idiot, on puisse tout changer.

François Gremaud admire également la confiance que Marcel Duchamp donne à celui et à celle qui regarde, sans posture ni autorité.

Duchamp nous dit : "Vous êtes libres, c'est vous qui fabriquez l'œuvre !"

Pour Jean-Yves Jouannais, historien de l’art et artiste qui a consacré un livre à l’idiotie, l’histoire de l’art du XXe siècle peut être regardée comme une histoire de l’idiotie, c’est-à-dire une histoire d’apparitions de gestes singuliers, particuliers et uniques : un peintre, par exemple, qui dessine les deux yeux du même côté du visage, un écrivain qui fait disparaître la lettre "e" de son livre, un artiste qui dépose un urinoir dans un musée, etc. Ce concept d'idiotie a libéré François Gremaud de sa propre peur du jugement.

Le fait de pouvoir me considérer idiot m'a déculpabilisé, m'a autorisé beaucoup. J'avais une tendance très grande, très forte, à juger mon propre travail et à préjuger, c'est-à-dire à me dire "j'y arriverai jamais, je suis pas assez bon, je suis trop nul". Le fait de pouvoir me réclamer idiot me donne une autorisation très grande. [...] L'idiot, c'est un être libre.

Phèdre !

Zoé Varier a découvert le travail de François Gremaud en allant voir son spectacle Phèdre !, joué alors au Théâtre de la Bastille, à Paris. La pièce mêle l’œuvre de Racine et des commentaires. Le comédien Romain Daroles, qui incarne, une fois encore, un conférencier, est seul en scène. Il joue tous les rôles de la pièce, avec comme seul accessoire un livre. Dans ce texte, François Gremaud souhaite partager son admiration pour Phèdre, le personnage et la pièce, mais aussi son amour pour le théâtre en général, cet art vivant qui ne cesse de célébrer la joie profonde d’être au monde. Au départ conçu pour des élèves Phèdre ! avait une visée pédagogique. Car François Gremaud pense qu’il y a nécessité à retisser des liens avec les œuvres passées et avec l'art du théâtre. Pour lui, il s'agit d'ériger la pédagogie en art, en art de la pédagogie.

Le pari était de faire gagner le théâtre. [...] Le théâtre, c'est de la vie dans des corps qui bougent, qui parlent, qui chantent et qui dansent.

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Pour aller plus loin

Visiter le site du collectif 2b company et découvrir les dates de tournée des spectacles évoqués dans l'émission

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

Bibliographie

  • Clément Rosset, La Force majeure, Minuit, 1983
  • Jean-Yves Jouannais, L'Idiotie, Beaux-Arts Magazine, 2003 - rééd. Flammarion, coll. Champs arts, 2017

La programmation musicale du jour

  • Feist, "1234", 2007
  • Philippe Katerine, "Je vous emmerde", 1999

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

Références

L'équipe

Zoé Varier
Zoé Varier
Zoé Varier
Production
Hugo Combe
Hugo Combe
Hugo Combe
Collaboration
Flora Bernard
Réalisation
Arnaud Plançon
Collaboration