Swann Arlaud au 46ème Festival du Film américain de Deauville le 12 septembre 2020 - François G. Durand
Swann Arlaud au 46ème Festival du Film américain de Deauville le 12 septembre 2020 - François G. Durand
Swann Arlaud au 46ème Festival du Film américain de Deauville le 12 septembre 2020 - François G. Durand
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Résumé

Lauréat de deux César, pour "Petit Paysan" et pour "Grâce à Dieu", Swann Arlaud revient au micro de Zoé Varier sur son rapport à la parole, sur ses grands rôles, sur le théâtre et le cinéma. Portrait d'un grand acteur.

avec :

Swann Arlaud (Comédien).

En savoir plus

Actuellement au Théâtre 14, à Paris, jusqu'au 16 avril, dans le seul-en-scène Exécuteur 14 d'Adel Hakim, mis en scène par Tatiana Vialle, le comédien Swann Arlaud s'est également récemment illustré au cinéma en incarnant Yann Andréa, le dernier amant de Marguerite Duras, dans le film de Claire Simon, Vous ne désirez que moi. Il a accepté de se prêter au jeu de la "Journée particulière" pour tenter de dessiner les contours de sa belle carrière, avec, pour fil rouge, la parole.

La parole comme nécessité vitale

Swann Arlaud a choisi comme "Journées particulières" une courte période de l'année 1989. Swann est un enfant de 8 ans qui va à l'école primaire et, tous les jours, avant de pouvoir rentrer dans la cantine, sa maîtresse demande à toute la classe de faire régner le silence, pendant une minute. Pour Swann Arlaud, pendant quelques semaines, ce silence est synonyme d'une très grande angoisse de mort.

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J'ai un souvenir vraiment très tenace de ma respiration qui, à ce moment-là, s'arrêtait et d'une idée de mort très forte.

Pour l'enfant qu'il est alors, c'est comme si le silence, l'absence de parole, c'était la mort. Comme si la parole était déjà une nécessité vitale. Aujourd'hui, avec le recul, le comédien se dit que ce n'est peut-être pas un hasard s'il exerce un métier qui est, selon ses mots, "beaucoup un métier de parole".

Exécuteur 14

Jusqu'au 16 avril, c'est en effet la parole qui est mise en valeur dans la pièce Exécuteur 14 d'Adel Hakim sur la scène du Théâtre 14, à Paris. Seul sur scène dans un décor minimaliste, Swann Arlaud y incarne un jeune combattant, dans un Beyrouth imaginaire, ravagé par des guerres intestines, qui se souvient d’un temps où la guerre n’existait pas. Seul, retranché quelque part dans une ville en ruines, il raconte comment l’enfant doux est devenu un combattant sanguinaire. C'est un texte singulier, un monologue hanté dans lequel il est question de violence, d’innocence et de culpabilité.

J'ai le sentiment de jouer un homme qui essaie de comprendre, qui essaie de reconstituer le puzzle, qui se demande "comment j'en suis arrivé là ?"

Swann Arlaud raconte avoir découvert cette pièce alors qu'il n'avait que 15 ans, interprété par Jean-Quentin Châtelain dans une mise en scène d'Adel Hakim lui-même, et avoir ressenti un choc. 25 ans plus tard, il explique comment et pourquoi il a pu s'approprier, à son tour, cet Exécuteur 14.

Comme ce texte m'avait happé tout de suite, j'avais vu que je pouvais y entrer et, surtout, qu'il pouvait entrer. C'est-à-dire qu'on se trompe souvent quand on parle de ce métier : en réalité, ce n'est pas habiter les choses, c'est laisser les choses nous habiter. Il faut toujours laisser rentrer.

La parole empêchée

Dans Petit Paysan d'Hubert Charuel, pour lequel Swann Arlaud a reçu le César du meilleur acteur, il incarne un personnage à l’opposé du combattant d’Exécuteur 14. Ce paysan est un homme dans le silence, incapable d’exprimer ce qu’il ressent et de dire sa douleur. C'est un homme qui n’a pas les mots, dont la parole est rare et difficile. Pour le comédien, la question de la parole, dans ce film, est éminemment politique.

C'est un taiseux. Il représente une grande partie de la population à laquelle on ne donne pas la parole. C'est presque social, c'est presque éducatif. Il y a des gens qui n'osent pas prendre la parole. Avec la crise des Gilets jaunes, on était exactement sur quelque chose de cet ordre-là : des gens qui ne se sont jamais permis de sortir dans la rue, de dire que ça n'allait pas, de prendre la parole ; et à un moment, ils se sont dit "Bon, là, ça va vraiment pas, il faut qu'on le dise."

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La Parole Libérée

Dans Grâce à Dieu de François Ozon, Swann Arlaud joue le rôle d’Emmanuel Thomassin, dont la vie a été brisée, victime d’agressions sexuelles de la part d’un prêtre pédophile. Moustache, blouson de cuir, écorché vif, à fleur de peau. Il s'agit-là d'une autre parole, difficile à porter, d’autant qu’elle est d’abord tue. Elle est inexprimée et c’est le corps du personnage qui parle, qui souffre de crises d’épilepsie. Jusqu’à ce que sa parole se libère et change sa vie.

C'est d'abord une parole qui soigne ceux qui se permettent enfin de la libérer. Ce sont des gens qui n'ont pas parlé pendant plusieurs décennies. [...] Et c'est pour ça que le grand combat, c'est le combat contre la prescription.

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La parole de Yann Andréa

Plus récemment, le dernier film à l'affiche duquel on a pu voir Swann Arlaud (qui est encore présent dans quelques salles) s'intitule Vous ne désirez que moi, réalisé par Claire Simon. Il y interprète le rôle de Yann Andréa, le dernier amant de Marguerite Duras, de 38 ans son cadet. Là encore, c’est un film sur la parole, celle de Yann Andréa. Un homme en danger de disparition, rongé par sa passion, qui parle pour ne pas disparaitre et pour être certain d’exister. Au moment où se déroule le film, Yann Andréa n'a pas 30 ans, il vient de faire une tentative de suicide et il est au bord de l'explosion. Il cherche impérativement quelqu'un qui l'écoute.

Il a besoin de parler, il a besoin de nommer, il a besoin de comprendre. Il a une grande lucidité, une grande intelligence, mais on voit le cheminement de sa pensée et comment lui-même met des mots sur ce qu'il est en train de vivre, alors qu'on n'est pas certain qu'il était capable, une heure plus tôt, de savoir ce qu'il vivait.

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Voir Swann Arlaud au théâtre et au cinéma

📆 La pièce de théâtre Exécuteur 14 d'Adel Hakim, mise en scène par Tatiana Vialle, avec Swann Arlaud (et le musicien Mahut), joue au Théâtre 14, à Paris, jusqu'au 16 avril 2022.

🎬 Le film de Claire Simon, Vous ne désirez que moi, avec Emmanuelle Devos et Swann Arlaud, sorti le 9 février 2022, passe encore dans quelques salles en France.

📕 Le livre de l'entretien entre Yann Andréa et Michèle Manceaux, Je voudrais parler de Duras, a paru en 2016 aux éditions Pauvert. Il a été réédité en 2022, à l'occasion de la sortie du film de Claire Simon Vous ne désirez que moi.

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

  • Un extrait de la pièce Exécuteur 14 d'Adel Hakim, mis en scène par Tatiana Vialle, avec Swann Arlaud, 2020
  • Adel Hakim à propos de sa pièce Exécuteur 14, dans l'émission Nouveau répertoire dramatique, France Culture, 1991
  • Un extrait du film Petit Paysan d'Hubert Charuel, 2017
  • Un extrait du film Grâce à Dieu de François Ozon, 2018
  • Deux extraits du film Vous ne désirez que moi de Claire Simon, 2022
  • Marguerite Duras à propos de Yann Andréa, extrait du 13/14 de France Inter, 1999
  • Yann Andréa à propos de Marguerite Duras, extrait de l'émission Carnet Nomade, France Culture, 1999

La programmation musicale du jour

  • Yael Naim, "Ima", 2015
  • Jeanne Moreau, "India Song", 1975 - extrait de la bande-originale du film India Song de Marguerite Duras

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

Références

Programmation musicale

  • 04h00
    Fried soul
    Fried soul
    Delvon Lamarr Organ Trio
    Fried soul

    Delvon Lamar

    Album Fried soul (2022)
    Label COLEMINE RECORDS

L'équipe

Zoé Varier
Zoé Varier
Zoé Varier
Production
Cerise Romedenne
Collaboration
Hugo Combe
Hugo Combe
Hugo Combe
Collaboration
Flora Bernard
Réalisation
Arnaud Plançon
Collaboration