Ernst Zürcher étudie les forêts dans ce qu'elles ont de visible et d'invisible ©Getty - Bó Ji Dà Píng / EyeEm
Ernst Zürcher étudie les forêts dans ce qu'elles ont de visible et d'invisible ©Getty - Bó Ji Dà Píng / EyeEm
Ernst Zürcher étudie les forêts dans ce qu'elles ont de visible et d'invisible ©Getty - Bó Ji Dà Píng / EyeEm
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Résumé

Ernst Zürcher aime les arbres. Tendrement, passionnément. Il milite pour les replacer au cœur de nos vies, afin de nous aider à prendre soin de nous-mêmes, des autres et de la planète. Portrait d'un scientifique tout à la fois passionné et poétique.

avec :

Ernst Zürcher (Ingénieur forestier, docteur en sciences naturelles, professeur et chercheur en sciences du bois à la haute école spécialisée bernoise, chargé de cours à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ).

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Ingénieur forestier et chercheur en sciences du bois, Ernst Zürcher a consacré sa vie aux mystères des arbres et de la forêt, sans parvenir toutefois à les percer totalement. Son amour et sa fascination pour le monde végétal n'en sont pas moins intacts. Il les raconte avec passion dans deux ouvrages, disponibles aux éditions Actes Sud : Les Arbres, entre visible et invisible (2016, nouvelle édition en 2021) et Planter un arbre et créer une forêt. Pour Ernst Zürcher, l'arbre est un être majestueux, pérenne, qui dépasse l'humain à la fois dans l'espace et le temps. Il mérite ainsi notre considération. Appréhender "la sphère" de chaque arbre, pénétrer la "sphère" de la forêt, doit se faire avec respect. C'est cette leçon qu'il a apprise tout au long de sa carrière et qui lui a été rappelée lors de sa « Journée particulière ». 

Sur la piste des loups

Ma journée particulière, c'est, très récemment, d'être entré dans le monde des loups.

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La « Journée particulière » d'Ernst Zürcher se situe à la fin de l'été 2021, dans les Préalpes suisses, en pleine nature au bord d'un torrent. Il se promène dans une forêt dense et brumeuse, avec sa famille, lorsqu'il remarque des traces profondes, dont il se dit au premier regard qu'elles ont été laissées par des ours. 

Je me dis "compte les griffes". Si c'étaient des ours, on aurait cinq traces de griffes. Et là, il y en avait seulement quatre.

Le scientifique comprend alors qu'il est sur la piste d'une meute de loups et que celle-ci est vraiment proche de lui et des siens. 

On était vraiment entré·e·s dans la sphère du loup, dans le domaine du loup. Le loup était chez lui et l'on était entré·e·s dans ce domaine. Cela signifie que le loup nous voyait, nous avait déjà vu·e·s. [...] La présence était forte.

Ernst Zürcher a perçu ce jour-là la nature dans ce qu’elle a de plus brut, de plus immédiat. Il confie avoir été bouleversé par cette sensation, lui qui souhaitait depuis toujours entrer en contact avec le loup. Plus que jamais, il s'est senti honoré d'être là, dans cette forêt, dans la sphère du loup.

Mon but, c'est de mettre les autres en contact avec la nature. C'est l'une de mes motivations et j'étais très heureux de pouvoir faire ça de manière aussi concrète. Il n'y avait pas de place pour la peur.

La puissance invaincue des arbres

Ernst Zürcher pense que tous les êtres vivants ont une sphère qui leur est propre, y compris les arbres. Au sein d'une forêt, la sphère de chaque arbre s'interpénètre pour créer une sphère commune, une "sylvosphère". Il envisage la forêt comme une communauté : les arbres sont des êtres communautaires, connectés entre eux et s’associant pour mieux vivre. Ernst Zürcher souhaite faire comprendre la générosité de la diversité, défendre les arbres et s'inspirer du modèle d’entraide qu’ils mettent en place.

25 min

Le travail du forestier, c'est de comprendre les essences dans leurs comportements ; c'est, finalement, de l'éthologie forestière. Ce qui convient à un chêne n'est pas la même chose pour un frêne. C'est de la sociologie végétale.

Ernst Zürcher a exploré les mythes et les savoirs traditionnels qui gravitent autour des arbres des forêts et les a confrontés aux lois de la biologie et de la physique. Il s'est demandé si le savoir des ancien·ne·s pouvait être un outil de connaissance ou s’il s’agissait de superstitions.

J'ai toujours étonné par ces anciens savoirs qui viennent de très loin, d'anciennes règles paysannes, d'anciennes règles forestières, qui se pratiquaient encore dans les zones périphériques.

Sa réflexion s’est nourrie du travail de recherche de Rudolf Steiner, fondateur de l'anthroposophie, un courant ésotérique et philosophique. Ernst Zürcher s'est penché plus particulièrement sur son Cours aux agriculteurs qu’il a publié en 1920 et dans lequel il a proposé une médecine de la terre

Pour aller plus loin

Les livres d'Ernst Zürcher paraissent aux éditions Actes Sud :

L'agence Museo, qui conçoit et fabrique des livres illustrés, des expositions itinérantes et des films documentaires, notamment autour des questions de biodiversité et de transition écologique, a fait quatre films avec Ernst Zürcher :

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

  • "Les habitants de la forêt", Martine Sorbets pour Heure de culture française, RTF, 1950
  • "Le cours aux agriculteurs", lecture par Leili Anvar d'un texte de Rudolf Steiner dans l'émission Les Racines du ciel, France Culture, 2013
  • Lecture d'un extrait de Voyage au pays des arbres de JMG Le Clézio (1978) dans l'émission Les Histoires du Pince Oreille, France Culture, 1998
  • Lecture d'un extrait de L'Homme qui plantait des arbres de Jean Giono (1953) par Gérard Lartigau dans l'émission Les Histoires du Pince Oreille, France Culture, 1998
54 min

La programmation musicale du jour

  • Wolfgang Amadeus Mozart (compositeur), Concerto pour clarinette en La Maj K 622 : 2. Adagio, par Sabine Meyer (clarinettiste) et l'Orchestre philharmonique de Berlin, dirigé·e·s par Claudio Abbado
  • Jean-Sébastien Bach (compositeur), Concerto brandebourgeois pour deux altos deux violes de gambe et basse continue n°6 en Si bémol Maj BWV 1051 : 1. Moderato, par l'ensemble Il Gusto Barocco, dirigé par Jörg Halubek, 2021

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

Références

L'équipe

Zoé Varier
Zoé Varier
Zoé Varier
Production
Hugo Combe
Hugo Combe
Hugo Combe
Collaboration
Flora Bernard
Réalisation
Johanna Gabric
Autre
Inès Barja
Collaboration