La juge Albertine Muñoz a corédigé la tribune qui déclenché la grande mobilisation de la justice
La juge Albertine Muñoz a corédigé la tribune qui déclenché la grande mobilisation de la justice ©AFP - Estelle Ruiz / Hans Lucas
La juge Albertine Muñoz a corédigé la tribune qui déclenché la grande mobilisation de la justice ©AFP - Estelle Ruiz / Hans Lucas
La juge Albertine Muñoz a corédigé la tribune qui déclenché la grande mobilisation de la justice ©AFP - Estelle Ruiz / Hans Lucas
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En novembre 2021, une tribune parue dans 'Le Monde' secoue la justice. Une majorité des magistrat·es français·es y dénonce le manque de moyens qui empêche de rendre la justice dignement. Albertine Muñoz, juge d'application des peines, l'a corédigée.

Avec
  • Albertine Muñoz Juge d'application des peines au Tribunal de Bobigny. Co-rédactrice de la tribune parue dans Le Monde le 24 novembre, signée par plus de 7000 personnes à la date du 6 décembre 2021.

« Nous ne voulons plus d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout. » Le 24 novembre 2021, un collectif de neuf jeunes magistrat·es publie dans le quotidien Le Monde une tribune qui dénonce une approche « gestionnaire » de la justice, rendant presque impossible l'exercice de leur travail dans de bonnes conditions. Instantanément, le texte est signé par 3000 magistrat·es. Quelques semaines plus tard, en janvier 2022, il compte plus de 7000 signataires, magistrat·es et fonctionnaires de greffe. Toutes et tous partagent le sentiment de péril qui pèse sur la démocratie, à cause de cette justice dysfonctionnelle. Toutes et tous se retrouvent dans les mots des neuf corédacteurices du texte, poussé·es à l'action suite au suicide d'une de leur collègue, Charlotte, survenu en août dernier. Albertine Muñoz, juge d'application des peines au Tribunal de Bobigny, est l'une d'entre elleux.

On a écrit ce texte pour dire : « Attention ! Là, notre état de droit, et donc notre démocratie, est en train de s'effondrer. »

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Une expérience extraordinaire du collectif

Albertine Muñoz a choisi comme « Journée particulière » le 20 novembre 2021. Au cours du congrès du Syndicat de la magistrature, elle lit ce jour-là, collectivement, avec ses corédacteurices, la tribune en question. C'est la première fois que ce texte, qui a véritablement été rédigé par neuf personnes, dont chaque mot et chaque virgule ont été pensés pour retranscrire le plus fidèlement possible le malaise et la colère ressentis, est lu à voix haute. L'émotion est grande, tout comme la fierté et le soulagement de voir leur parole enfin exprimée. Ce jours-là, les magistrat·es ont décidé de ne plus se taire.

On ne subit plus. On redevient sujets et acteurs de ce qu'il se passe dans notre métier et du sens que l'on veut donner à notre métier.

La démocratie menacée

La suite de cette histoire a fait la une de la presse nationale. La tribune a eu un effet retentissant sur le monde de la justice : plus de 6 magistrat·es sur 10 ont signé le texte, rejoint·es par les fonctionnaires de greffe. Quelques jours plus tard, le 15 décembre 2021, une journée de mobilisation de grande ampleur réunit le corps judiciaire de la plupart des juridictions. Justice pénale expéditive, épuisement des juges, audiences qui se prolongent au milieu de la nuit, fatigue, surmenage, violence de l'Institution, sentiment de faire de l’abattage, obsession des chef·fes de juridiction pour les chiffres, etc., les professionnel·les dénoncent une justice qui les maltraite, mais qui maltraite également les justiciables.

Il y a une idée commune : on doit rendre une justice dans laquelle une attention est portée aux justiciables, dans laquelle on peut exercer notre indépendance et notre impartialité.

À la question de savoir si les magistrat·es sont encore à même, dans ces conditions, de rendre une justice crédible, Albertine Muñoz répond en poussant le curseur un peu plus loin : « C'est une justice dont on a honte », rétorque la jeune juge, qui n'a de cesse de rappeler le fossé qui sépare cette vision gestionnaire de la justice de ce que doit être la justice, en tant que service public.

Pour aller plus loin

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

La programmation musicale du jour

  • Rolando Alarcón, "A la huelga", 1968
  • Anne Sylvestre, "Les Gens qui doutent", 1977

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

L'équipe