Alessandro Pignocchi raconte pour Zoé Varier la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
Alessandro Pignocchi raconte pour Zoé Varier la ZAD de Notre-Dame-des-Landes - Rebekka Beudner
Alessandro Pignocchi raconte pour Zoé Varier la ZAD de Notre-Dame-des-Landes - Rebekka Beudner
Alessandro Pignocchi raconte pour Zoé Varier la ZAD de Notre-Dame-des-Landes - Rebekka Beudner
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Sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le chercheur devenu bédéiste a trouvé, après des années de recherche, un endroit où la nature fait partie intégrante de la vie, où les relations entre humains et non-humains sont des relations de sujet à sujet.

Avec

Les mésanges, parfois, ne zinzinulent pas : elles parlent et fomentent des mauvais coups. Celles que dessine Alessandro Pignocchi sont de véritables punks. Fans de Bérurier Noir, elles envisagent de tout casser, de balancer des cocktails Molotov et de semer la zizanie en manifestation pour mettre à terre le néolibéralisme. Ancien chercheur en science cognitive et en philosophie de l'art, l'auteur et dessinateur de bande dessinée n'est pas venu au militantisme écologiste par hasard ; il a été nourri par la pensée de l'anthropologue Philippe Descola, qui a mené des recherches de terrain auprès des Amérindiens Achuar en Amazonie. C'est notamment à eux qu'il emprunte l'idée que la nature n'existe pas, que le concept de nature est en effet une construction occidentale et qu'il existe d'autres manières de penser le monde et le rapport au non-humain. En cet automne 2021 paraît aux éditions Steinkis un coffret rassemblant les trois volumes du Petit traité d'écologie sauvage écrit et dessiné par Alessandro Pignocchi, qui traduit non sans humour le fond de la pensée de cet artiste singulier, dont Alain Damasio dit qu'il est un "ethnologue à fleur de pinceaux".

Quitter la ZAD contraint et forcé

C'est un jour du mois d'avril 2018 qu'Alessandro Pignocchi a retenu comme « Journée particulière ». Il séjournait alors à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en plein milieu des expulsions, et les habitant·es lui ont demandé de retourner à Paris pour participer à une conférence de presse sur le sujet. Celui qui se pensait extérieur au mouvement, simple observateur, s'attendait à ressentir un certain soulagement de pouvoir échapper à la violence de ce démantèlement, mais, à sa propre et grande surprise, c’est tout à fait le contraire qui s’est produit. De retour à Paris, le bédéiste a en effet éprouvé une immense tristesse. Apprenant que les combats entre les forces de l'ordre et les militant·es s’étaient intensifiés, le fait d'imaginer ces personnes au milieu des grenades et des bombes lacrymogènes lui est devenu insupportable.

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Être loin de ce qu'il se passait sur la ZAD était insoutenable.

En savoir plus : ZAD
4 min

Il n'avait pas pris la mesure de la force des liens affectifs qu'il avait tissés là-bas, au cours d'un séjour d'à peine un mois sur la ZAD. Avec ces expulsions, les enjeux qui relevaient, pour lui, jusque-là, du discours sont devenus réels. Ce jour-là, toutes les questions intellectuelles et politiques qu'il se posait sont devenues concrètes et tangibles. Réalité.  

J'ai découvert des réactions émotionnelles que je ne me connaissais pas et que, sans doute, on n'a plus tellement l'occasion d'éprouver à notre époque : le sentiment du commun, d'appartenir à quelque chose de collectif qui vous dépasse et une certaine forme d'attache affective à un territoire.

Mettre à distance la sphère économique

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes a ému et séduit Alessandro Pignocchi car c'est l'un des rares endroits de la civilisation occidentale où les mailles de l'emprise de la sphère économique sont légèrement desserrées. L’économie y est comme mise hors d’état de nuire ; les plantes, les animaux et les humain·es ne sont plus considéré·es comme des objets à protéger ou à exploiter. Dans un monde soumis aux règles économiques, il ne peut pas y avoir de relation de sujet à sujet, le monde économique ne peut se nourrir que d’objets. Dans la ZAD, à l'inverse, l'ensemble des structures fondamentales de l’Occident moderne est recomposé.

Pour déployer d'autres rapports aux territoires, il faut commencer par s'en prendre à la suprématie de la sphère économique.

Pour lui, il n’y a donc pas d’écologie sans lutte collective contre le monde de l’économie, une lutte qui passe entre autres par l’occupation des territoires. Aujourd'hui, il retourne encore souvent à Notre-Dame-des-Landes, où, contrairement à ce qu'un certain vide médiatique peut laisser penser, il s'invente encore chaque jour de nouvelles façons de vivre.

De nouveaux usages se mettent en place ; c'est une phase très ascendante pour la ZAD. C'est un espace où un monde se construit sur des bases cosmologiques autres que celles qui sont à l'œuvre ailleurs : une mise à distance du monde de l'économie et des liens sociaux beaucoup plus denses, tissés avec le territoire.

53 min

Bibliographie

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

La programmation musicale du jour

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

En savoir plus : Philippe Descola
1h 44