Ali, le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris va ouvrir un foodtruck
Ali, le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris va ouvrir un foodtruck
Ali, le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris va ouvrir un foodtruck ©Radio France - Antoine Giniaux
Ali, le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris va ouvrir un foodtruck ©Radio France - Antoine Giniaux
Ali, le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris va ouvrir un foodtruck ©Radio France - Antoine Giniaux
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Résumé

Depuis presque un demi-siècle qu’il vend ses journaux aux habitués du Flore ou aux étudiants de Sciences Po, il est devenu une figure du quartier Latin. Mais la crise de la presse a fini par rattraper Ali Akbar, qui va ouvrir un food-truck devant le jardin du Luxembourg.

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« Marine Le Pen s’est convertie à l’islam ! » clame Ali Akbar d’un ton amusé, ou encore « Reconfinement, ça y est ! », en cette semaine de février où le journal Le Monde, qu’il tend aux passants, annonce précisément le contraire, le tour de vis sanitaire n’est pas encore d’actualité. Cette voix, les habitués du quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris la connaissent bien : cela fait 48 ans qu’Ali Akbar y vend des journaux à la criée. 

Episode 1 : De l’humour et des journaux à revendre

A Saint-Germain-des-Prés, Ali est « une institution », affirme une cliente, une partie de l’âme et de la mémoire du quartier, où les touristes, de l’avis d’Ali, tendent à supplanter les artistes ou les intellectuels qui ont fait sa réputation.  

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Ali Akbar a commencé à vendre des journaux à la criée en 1973. Tout juste débarqué du Pakistan, il découvre alors L’écho des savannes, Hara Kiri ou Charlie Hebdo, alors installé rue des Trois-Portes, près de la Seine en face de Notre-Dame-de-Paris.

Une tournée avec Ali Akbar, le dernier crieur de journaux de Paris - EPISODE 1

4 min

Episode 2 : Un monde qui disparait

A son arrivée en France, Ali Akbar a un temps dormi dehors, sur le pont Saint-Michel. Puis il a commencé à gagner sa vie, et à subvenir aux besoins de ses proches, restés au Pakistan. « Je vendais bien, en une heure et demie, je vendais 100 Libé ! » raconte Ali. Aujourd’hui, c’est plutôt deux Monde par heure. Avec la digitalisation de la presse, son activité a considérablement ralenti ces dernières années, jusqu’à s’arrêter presque totalement avec la crise sanitaire : « même les personnes âgées ont pris des abonnements, parce qu'elles ne sortent plus ».

Pierre Terrier, le kiosquier du boulevard Saint-Germain, qui sert de dépôt à Ali, constate que les autres crieurs ont peu à peu disparu, sauf Ali Akbar, qui « ne s’arrête jamais et qui cavale tout le temps. » Pourtant, il est bien placé pour mesurer les difficultés du métier : « déjà, ça rapporte très peu, c’est très astreignant. Par exemple, Le Monde ne récupère pas ses invendus : s'il fait beau et qu'il a tout vendu à 20 heures, c’est merveilleux. S'il fait un temps exécrable et qu'il n'arrive pas à les vendre, c'est la perte sèche. » 

Ali Akbar ne se plaint pas, il a désormais un toit dit-il. « J'arrêterai quand je ne pourrais plus, physiquement. Sinon je continue, pour garder mes contacts et les relations avec les gens, et pour animer un peu le quartier! »

Une tournée avec Ali Akbar, le dernier crieur de journaux de Paris - EPISODE 2

4 min

Episode 3 : Emmanuel Macron, Edouard Philippe… "Moi, j'aime tout le monde"

Dans la tournée quotidienne d'Ali Akbar, la rue Saint-Guillaume est un passage obligé, quand l'Institut d'études politiques de Paris, "Sciences Po", est ouvert. Ali y a rencontré des générations d'étudiants, ce qui lui a permis de côtoyé des responsables politiques de droite comme de gauche. Emmanuel Macron ? "Des fois on prenait un café, c'est un garçon très gentil". Il y a quelques mois, Ali Akbar a encore croisé l'ancien premier ministre Edouard Philippe, "il était assis là quelques jours après avoir démissionné, on a discuté un peu". 

Question de diplomatie, Ali Akbar garde pour lui ses opinions politiques. Il n’hésite pas, en revanche, à partager son idée de la République, et de la laïcité, qu’il a découvert en arrivant du Pakistan, et en vendant Charlie Hebdo.

Une tournée avec Ali Akbar, le dernier crieur de journaux de Paris - EPISODE 3

4 min

Episode 4 : Ma liberté

Au fil des années, Ali Akbar a construit sa vie à Paris, sans couper tout à fait les ponts avec le Pakistan. Il envoie régulièrement de l'argent à sa famille, à qui il a fait construire une maison, mais il ne garde pas un bon souvenir de son pays. "J'étais un enfant perdu" raconte Ali, obligé de travailler très jeune avec son père, avec pour seule éducation un passage par l'école coranique "où on n'apprenait rien". "J'ai quitté mon pays à l'âge de 18 ans, avec 100 dollars" se souvient-il. Ali Akbar traverse alors l'Afghanistan, l'Iran, la Turquie, puis, en Grèce, se fait embaucher sur un navire qui le mène jusqu'à Rouen. "C'est un hasard si je me suis arrêté à Paris" assure-t-il. En France, il a vite pris le goût de la liberté et de l'indépendance. Quand il a l'occasion de retourner au Pakistan, il a un rituel: il va sur les marchés, pour libérer des oiseaux. 

Une tournée avec Ali Akbar, le dernier crieur de journaux de Paris - EPISODE 4

3 min

Episode 5 : Un triporteur-buvette en face du Luxembourg

A 67 ans, Ali Akbar va bientôt tourner la page sans quitter son quartier Latin: il va s’installer en face du jardin du Luxembourg pour vendre des boissons et des gauffres. Ce petit commerce ambulant devrait lui assurer un complément de retraite. Le projet a été accompagné et facilité par la mairie du Vie arrondissement, et par l'association des anciens élèves de Sciences Po, qui est "presque ma famille" souligne Ali. "Nous sommes clients d'Ali depuis 1973" témoigne François Chmelewsky, le trésorier de l'association, qui a déniché un triporteur d'occasion. Une cagnotte en ligne a permis de récolter 22 000 euros.

Une tournée avec Ali Akbar, le dernier crieur de journaux de Paris - EPISODE 5

4 min