Image d'illustration. (Sonja Belle/EyeEm) ©Getty
Image d'illustration. (Sonja Belle/EyeEm) ©Getty
Image d'illustration. (Sonja Belle/EyeEm) ©Getty
Publicité
Résumé

Édith Maruéjouls, géographe du genre, intervient depuis 20 ans dans les écoles, où les garçons ont tendance à s’approprier l’espace de la cour de récréation, essentiellement en jouant au foot. Elle nous explique comment elle travaille.

avec :

Edith Maruejouls (Géographe, spécialiste des questions d’égalité dans l’espace public, la cour d’école et les loisirs des jeunes).

En savoir plus

À l’occasion de la rentrée des classes, "Une semaine en France" reçoit Édith Maruéjouls, géographe du genre, qui signe aux éditions Double ponctuation : Faire je(u) égal. Penser les espaces à l’école pour inclure tous les enfants. Elle montre comment les inégalités existent dès le bac à sable et comment cela se perpétue ensuite dans toute la société. Mais la géographe, au départ sociologue, explique aussi l'expertise qu'elle a acquise dans le domaine de l'aménagement des espaces extérieurs des établissements scolaires et comment elle s'y prend pour agir concrètement.

Le constat : des inégalités dès la cour de récré

Le premier constat que fait Édith Maruéjouls, et que les enfants font aussi quand elle leur demande avec qui ils jouent, c'est que la norme, c'est de ne pas se mélanger à la récréation entre filles et garçons. C'est d'abord cette question de ne pas jouer ensemble, ne pas rire ensemble, de ne pas manger ensemble, entre filles et garçons, et ce dès le plus jeune âge qui pose la question des capacités plus tard à faire société et mixité, en tant qu'adultes.

Publicité

Dans les cours de récréation, les garçons bénéficient d’un espace central et unifié (généralement le terrain de foot), tandis que les filles sont reléguées sur les côtés dans des espaces morcelés, créant symboliquement et inconsciemment les inégalités de genre dans l'espace public.

Ces stéréotypes de genre s'installent très tôt. La cour de récréation est à la fois un espace d'auto-organisation dans les relations, mais c'est aussi là que commencent à se jouer les notions de liberté, qui pour Édith Maruéjouls sont un sujet fondamental dans l'égalité filles-garçons.

Pour la géographe, des attitudes de domination s'installent dès le plus jeune âge et surtout l'inscription des stéréotypes sur l'inégale valeur du monde des filles ou de ce qu'elles représentent, par rapport au monde supposément masculin. C'est à la fois quelque chose qui fausse la relation filles-garçons dès l'enfance, mais aussi quelque chose qui est peu questionné par le monde adulte.

À travers ses recherches, Édith Maruéjouls met aussi en évidence le fait que la plupart des espaces de loisirs urbains sont conçus pour les hommes et fréquentés en majorité par les hommes. Elle est convaincue que c'est dès le plus jeune âge qu'il faut agir pour apprendre aux enfants à partager l'espace et à jouer ensemble pour plus d'égalité, de mixité et d'inclusion.

Comment procéder ?

Dans son livre, Édith Maruéjouls expose sa méthodologie pour repenser l’espace à l’école de façon à ce que les enfants apprennent, dès le plus jeune âge, à partager les lieux et à jouer ensemble pour plus d’égalité, de mixité et d’inclusion. C’est un enjeu crucial, car il y va, selon elle, des futures relations entre les femmes et les hommes, tant les stéréotypes de genre s’installent tôt.

Elle explique comment, depuis 20 ans, elle procède lorsqu'elle intervient dans les écoles pour repenser cet espace dans lequel les garçons ont tendance à prendre le pouvoir, essentiellement en jouant au foot.

Concrètement, elle observe d'abord puis invite les enfants à parler, à raconter leurs récits. Elle leur pose des questions, et se sert des verbatim pour réfléchir. Elle donne un exemple assez effarant, à savoir qu'elle entend quasiment tous les jours dans les établissements scolaires des filles dire que les garçons ne veulent pas qu'elles jouent avec eux – notamment au foot –, justifiant cela en disant qu'elles sont nulles.

Édith Maruéjouls dialogue ensuite avec les enfants. Le langage employé est extrêmement important. Elle leur explique par exemple que l'on n'a pas le droit d'interdire à quelqu'un de jouer.

Parfois, elle propose aux enfants de se dessiner, donc on voit que les filles restent sur les côtés, n'osent même pas aller sur le terrain. Petit à petit, Édith Maruéjouls travaille main dans la main avec les enfants, et arrive à réaménager, à réorganiser l'espace.

L'éducation est primordiale, et se situe à la fois dans la manière dont on propose la liberté aux filles, mais aussi comment on dit aux garçons de laisser cette place-là, de renoncer aussi et de faire attention à la question de la liberté des filles.

Depuis MeToo, Édith Maruéjouls se sent tout de même plus écoutée. Il y a une prise de conscience collective et surtout, il y a une conviction partagée qu'on peut agir et changer les choses.

Cet entretien passionnant est à écouter dans son intégralité.

L'invitée

Édith Maruéjouls est géographe du genre et dirige le bureau d’études L’ARObE (L’Atelier Recherche Observatoire Égalité), spécialisé dans le partage de l’espace public.

34 min
52 min
Références

L'équipe

Claire Servajean
Production
Irène Ménahem
Coordination
Juliette Goux
Réalisation