Nick Cave et Warren Ellis reviennent avec "Carnage", un album enregistré en plein confinement. (Label : Awal Recordings Ltd).  -  Joel Ryan
Nick Cave et Warren Ellis reviennent avec "Carnage", un album enregistré en plein confinement. (Label : Awal Recordings Ltd). - Joel Ryan
Nick Cave et Warren Ellis reviennent avec "Carnage", un album enregistré en plein confinement. (Label : Awal Recordings Ltd). - Joel Ryan
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Résumé

Very Good Trip fête le lundi de Pâques à sa façon, toute en musique bien sûr ! Le confinement a eu toutes sortes d’effets sur les musiciens. Essentiellement négatifs, comme pour tout le monde : pas de concerts, pas de tournées, des répétitions rendues difficiles, voire impossibles.

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Bon, je ne vous apprends rien. Mais jamais, avant Nick Cave, je n’ai entendu un musicien résumer de façon aussi percutante sa nouvelle vie provisoire. Au fond, ça tombe sous le sens pour quelqu’un comme lui. Je cite Nick Cave dans le journal ou blog qu’il met en ligne, et qui s’appelle The Red Hand Files :  

Ça fait quarante-cinq ans que je vis en décalage horaire et maintenant mon corps est réglé comme une horloge. Il y a même des nuits où je dors. 

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Eh oui, pour les écrivains, le confinement n’a pas changé grand-chose puisqu’ils avaient déjà tendance à se confiner tout seuls, en revanche pour ceux dont le métier est la scène, sans parler du cinéma, cette astreinte à l’immobilité et à la régularité, j’allais dire à la monotonie, a été une nouveauté. Initialement, Nick Cave raconte qu’il voulait voir Warren parce qu’il lui manquait. Ça faisait trop longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus et il leur tardait de reprendre le fil d’une conversation interrompue. En général, quand il y en a un des deux qui va mal, l’autre accourt. 

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Alors ils ont trouvé le moyen de passer deux jours ensemble. Quand il ne faisait pas de céramique ou ne dessinait pas des grenouilles, c’est lui qui raconte ça, Nick Cave écrivait dans le vide des images, des bouts de poèmes, des choses qui lui passaient par la tête. Et avec Warren Ellis, il a ouvert ses carnets, l’autre a branché ses synthétiseurs et ils se sont lancés. Ils ont fait du bruit pendant deux jours, ils ont joué, c’est la formule de Cave, dans une sorte de furie embrumée. 

Après deux jours, Cave est retourné à sa céramique et Ellis est reparti avec ses fichiers audio sous le bras. Il a réécouté, travaillé, assemblé et a écrit à son copain : "Je t’envoie nos tubes. Prépare-toi à halluciner". En deux jours, un album est comme sorti de terre, tout fini, par une sorte de tour de magie. Les sons désuets de synthétiseurs que sort Warren Ellis nous ramènent au temps où l’usage premier de cet instrument était de recréer artificiellement les cordes d’un grand orchestre. Il les mêle très adroitement à des sons de percussions électroniques plus cinglants et modernes et cet équilibre étrange apporte une émouvante fragilité à l’ensemble. 

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Il faut dire que Nick Cave, avec le temps, a de plus en plus dépouillé sa manière : ses mots sont de plus en plus simples, et ses formules se révèlent percutantes. 

"Les arbres sont sombres et l’histoire nous a mis à genoux", ou encore celle par laquelle commence la chanson qu’on vient d’écouter, je l’ai notée : "Le matin rampe vers nous, ma chérie, avec un souvenir pris dans ses griffes". 

Le souvenir de vacances heureuses : un enfant nage entre deux bateaux et sa mère lui fait signe du rivage. Des images auxquelles il fait bon revenir quand l’horizon paraît si sombre. Cela dit, les chansons de ce nouvel album signé Nick Cave et Warren Ellis, "Carnage", ne se cantonnent pas seulement à l’aspect intime de nos vies. Dans une chanson qui s’appelle "White Elephant", une récitation parlée, il aborde sans ambages une actualité douloureuse : c’est l’évocation d’une chasse en Afrique et à un moment une statue, celle d’un esclavagiste du passé, on imagine, est précipitée dans la mer, maintenant di Nick Cave dans la chanson, tu comprends ce que ça veut dire, "I Can’t Breathe", "Je peux pas respirer". Alors, cette semaine, on va entendre d’autres grandes voix, comme celle de Nick Cave, mais dans d’autres styles.

  • Nick Cave & Warren Ellis : « Albuquerque » extrait de l’album « Carnage » 
  • Chris Cornell : « Stay with Me Baby » extrait de l’album « No One Sings Like You Anymore » 
  • Ryan Adams : « Dreaming You Backwards » extrait de l’album « Wednesdays » 
  • Father John Misty : « To R. » single 
  • Cory Hanson : « Bird of Paradise » single 
  • Future Islands : « The Moon Is Blue » extrait de l’album Artistes divers « Bills & Aches & Blues (40 Years of 4AD) » 
  • Cathal Coughlan : « Falling Out North St. » extrait de l’album « Song of Co-Aklan » 
  • Efterklang : « Postal » extrait de l’album Artistes divers « Bills & Aches & Blues (40 Years of 4AD) » 
  • Mathus Bird (Jimbo Mathus & Andrew Bird) : « Three White Horses and a Golden Chain » extrait de l’album « These 13 » 
  • José González : « El Invento » single 
Références

L'équipe

Michka Assayas
Production