David Bowie chez lui, Haddon Hall, à Beckenham, Kent, le 20 avril 1971. ©Getty - Daily Mirror/Mirrorpix
David Bowie chez lui, Haddon Hall, à Beckenham, Kent, le 20 avril 1971. ©Getty - Daily Mirror/Mirrorpix
David Bowie chez lui, Haddon Hall, à Beckenham, Kent, le 20 avril 1971. ©Getty - Daily Mirror/Mirrorpix
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Résumé

Deuxième épisode de notre série d’été sur l’homme qui demeure la figure la plus singulière de l’histoire du rock au sens très, mais vraiment très large. Personnage de fiction autant qu’auteur, compositeur et interprète de chansons, comment même parler de lui au singulier ?

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Beaucoup parmi vous connaissent peut-être « The Man Who Sold the World » grâce à la version que Kurt Cobain en a donnée dans le cadre du fameux concert Unplugged, un récital sans instruments électrifiés, capté en 1993. Un des enregistrements les plus populaires du groupe Nirvana, et qui a largement contribué à populariser la chanson de Bowie.

On y entend des paroles surprenantes, que Cobain articule lui aussi très clairement, contrairement à ses habitudes : « Je lui ai parlé les yeux dans les yeux et je lui ai dit, mais je croyais que tu étais mort depuis longtemps ». Aussitôt après, jaillit cette exclamation : « Oh non, pas moi, je n’ai jamais perdu le contrôle, tu es face à face avec l’homme qui a vendu le monde ». Dans son interprétation, Kurt Cobain donne une résonance douloureuse, à fleur de peau, à ces paroles.

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Mais dans la version initiale de Bowie, c’est autre chose. L’effet est plus froid, plus théâtral. On a l’impression que deux voix distinctes, j’allais dire deux personnages, même s’il s’agit du même auteur et chanteur, se répondent à distance. Je ne vais pas entrer dans des considérations techniques, c’est pour moi un terrain miné. Mais dans l’enregistrement historique de Bowie, la voix, dans ses deux expressions jumelles, est légèrement déformée par un effet qu’on désigne sous le terme de phasing. Un effet très à la mode au cours des années psychédéliques, créant des pics et des creux aléatoires dans les fréquences sonores.

En fait, la voix de Bowie semble sortir du fond d’un puits ou d’une grotte, comme captée par deux transistors différents qui la déforment, chacun à son tour. Malgré le côté rudimentaire, on est là en présence d’une mise en scène de la musique d’un genre nouveau, que David Bowie et ses collaborateurs, présents et à venir, développeront, dans des directions bien diverses, au cours des années à venir.

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Dans « The Man Who Sold the World », un très jeune homme s’adresse à lui-même. Et ne se reconnaît pas. Bowie ne cherche pas à interpréter sa chanson à la première personne, à l’incarner comme l’aurait fait un Cat Stevens, un des grands noms de l’époque. Pas du tout. En fait, il met en scène sa propre voix.

On ne sait pas à qui il s’adresse, c’est le soliloque d’un comédien révélant la faille s’ouvrant en lui : qui suis-je, semble-t-il se demander, nous prenant à témoin ? À la fois tout le monde et personne, alors peut-être rien.

Programmation musicale :

David Bowie :

  • « The Man Who Sold the World » extrait de l’album « The Man Who Sold the World (2015 Remaster) »
  • « Memory of a Free Festival (Pt. 1) - 2015 Remaster » extrait de la compilation « Five Years (1969-1973) »
  • « Supermen » extrait de l’album Artistes Divers « Glastonbury Fayre Festival »
  • « After All » extrait de l’album « Metrobolist - Nine Songs by David Bowie »
  • « Changes » extrait de l’album « Hunky Dory » (2015 Remaster)
  • « Kooks » extrait de l’album « Hunky Dory » (2015 Remaster)
  • « Queen Bitch » extrait de l’album « Hunky Dory » (2015 Remaster)
Références

L'équipe

Michka Assayas
Production