La démondiallisation
La démondiallisation ©Getty - d3sign
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La démondialisation est un processus économique qui propose une alternative au système globalisé actuel. Ce concept valorise un modèle qui favorise la production à destination des marchés locaux. Quels sont ses avantages et ses limites ?

Avec Guillaume Villemey, professeur à HEC et auteur de "Le temps de la démondialisation, protéger les biens communs contre le libre-échange" aux éditions du Seuil, et le chroniqueur Benjamin Tranié.

Les origines de la démondialisation

Le terme démondialisation nous vient d'un sociologue philippin, Walden Bello. En 2002, il publie un livre intitulé Deglobalization : Ideas for a New World Economy. Il va s'imposer comme l'une des figures de l'antimondialisation. Le site Right Livelihood Award le décrit comme un des chefs de file de la critique du modèle actuel de la globalisation économique.

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En 2003, il reçoit le prix qu'on surnomme aujourd'hui le prix Nobel alternatif. En le recevant, Walden Bello dira que la mondialisation a perdu sa promesse et appellera à un autre monde. En France, c'est à l'économiste Jacques Sapir qu'on doit l'apparition du terme démondialisation. Il en fait d'ailleurs le titre d'un livre qu'il sort en 2011. La démondialisation deviendra ensuite un slogan politique, celui d'Arnaud Montebourg, "voté pour la démondialisation", un slogan qui lui permettra de devenir faiseur de roi pour départager le duel François Hollande/Martine Aubry, alors qu'il y a quatre ans, le politologue Philippe Moreau Defarges annonçait que la démondialisation n'aurait pas lieu.

La mondialisation, une vision seulement économique ?

Pour Guillaume Villemey, la première étape de cette démondialisation, c'est de prendre conscience des biens communs et de leur importance : « En économie, l'homme, c'est un consommateur qui maximise son utilité et donc le bien-être du consommateur. On réduit un peu tout à l'utilité personnelle de l'individu. Cette vision-là des économistes est en complète rupture avec d'autres visions de l'homme qui ont eu lieu dans le passé comme la sociologie, l'anthropologie. Des domaines qui, justement, ne se réduisent pas à l'utilité individuelle. Les économistes ont vu dans leur grande majorité uniquement les gains privés pour l'individu. On importe tout et n'importe quoi du bout du monde, mais ça se fait au détriment d'une raréfaction des biens communs, une nature plus polluée, des services publics qui marchent moins bien et puis des intérêts stratégiques, politiques, un peu affaiblis par rapport à ce qu'on a pu connaître par le passé. »

Sommes nous entrés dans l'ère de la démondialisation ?

Le terme de démondialisation peut être effrayant, pourtant il serait faux de croire que la démondialisation est un retour en arrière. Selon le chef économiste du FMI, il faut poursuivre la mondialisation, car une démondialisation renchérirait les coûts de la main-d'œuvre. Pour Guillaume Villemey : « Il y a deux visions de la mondialisation. La première, qui est souvent celle des économistes, consiste à dire qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre le fait d'échanger avec le boulanger du coin, et d'échanger avec une entreprise du bout du monde. Mais cela allonge la distance des échanges. De ce point de vue, la mondialisation est forcément positive. Mais cette vision-là élude un point assez fondamental : à mes yeux, le trait propre de la démondialisation, c'est la déterritorialisation. Quand on échange avec le bout du monde, on peut s'abstraire très largement des cadres juridiques, politiques des pays que l'on va traverser. On va pouvoir conduire des activités économiques en France, tout en ayant des entités juridiques dans des paradis fiscaux par exemple, en contournant très largement le droit commun. La mondialisation crée une tension permanente entre des biens privés, mais une perte de biens communs, une perte de capacité à lever l'impôt, à faire prévaloir un ordre juridique propre. C'est bon pour le business, mais c'est néfaste socialement parlant. »

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Comment peut-on cloisonner un monde si interconnecté ?

Pour Guillaume Villemey, il ne s'agit pas vraiment de poser une opposition frontale entre mondialisation et absence de mondialisation. Le vrai enjeu du débat est de savoir comment rééquilibrer des biens plus abondants et moins chers et la protection du bien commun. Guillaume Villemey cite l'exemple des transports maritimes : « 80 à 90 % des biens que nous importons nous arrivent par les mers. Au moins 80 % de ses porte-conteneurs sont immatriculés au Panama, au Liberia, aux îles Marshall, aux Bahamas, dans des pavillons de complaisance où ils ne sont pas taxés et où ils sont très peu régulés. » Mais comment rééquilibrer et revenir en arrière ? Pour le professeur d'HEC : « Il y a des outils politiques et juridiques qu'on peut utiliser pour réduire cette concurrence. Par exemple, ce qu'on appelle les clauses miroirs, qui consistent à ne pas peut accepter sur notre sol des biens qui ont été produits dans des conditions non-conformes au type de réglementation que l'on sur notre territoire. »

Guillaume Villemey cite un autre exemple, celui du e-commerce, et notamment d'Amazon : « Quand vous achetez un bien sûr Amazon, la transaction juridique est une transaction entre vous et une filiale au Luxembourg où il n'y a pas de taxe alors que le bien réel n'aura jamais été au Luxembourg. Il sera dans un entrepôt à Senlis ou dans un de leurs énormes entrepôts. Le bien n'aura jamais transité par le Luxembourg. Mais juridiquement, il sera considéré comme une transaction avec celui-ci, donc un profit pour Amazon. Il ne s'agit pas d'interdire ces plateformes d'e-commerce. Seulement de concevoir qu'il y a des choses qui ne peuvent pas se réduire au calcul des gains privés. C'est tout l'objectif du débat politique. »

📖 Guillaume Villemey - Le temps de la démondialisation, protéger les biens communs contre le libre-échange (éditions du Seuil).

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

Programmation musicale

L'équipe

Matthieu Noël
Matthieu Noël
Matthieu Noël
Production
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Production déléguée
Amel Khaldi
Collaboration
Alexia Lacour
Collaboration
Ghislain Fontana
Réalisation