L'exploitation dorée
L'exploitation dorée ©Getty - Alfred Evelina
L'exploitation dorée ©Getty - Alfred Evelina
L'exploitation dorée ©Getty - Alfred Evelina
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Majordomes, gouvernantes, nounous... Ces travailleurs au service des plus riches sont très nombreux. Mais que se passe-t-il réellement pour eux derrière les portes de ces luxueuses villas et de ces hôtels particuliers ?

Dans un monde où les riches sont toujours plus riches, ce secteur appelé jadis la domesticité est plus florissant que jamais. Une exploitation dorée qui peut faire rêver des hommes et des femmes qui y voient une opportunité d'ascension sociale. Qui sont ces nouveaux domestiques ? À quoi ressemble leur vie à l'ombre des milliardaires ? Alizée Delpierre est sociologue, et enseignante dans des grandes écoles et à l’université. Elle vient de publier Servir les riches, les domestiques chez les grandes fortunes, paru aux éditions de la Découverte. Pour les besoins de son enquête, elle s’est parfois fait employer dans ces grandes maisons.

Des critères de recrutement racistes

Dans la domesticité, l'assignation raciale des qualités des domestiques est au cœur du recrutement. Alizée Delpierre explique : « Les employés vont être choisis en fonction de leur nationalité, de leur couleur de peau… Les employeurs imaginent que telle nationalité est plus adaptée à telle type de taches. Ils réitèrent des stéréotypes raciaux et racistes. Quand on enquête sur la domesticité, on peut lire sur Facebook : "Je cherche une Philippine" ». Nicolas Joulain, sociologue du BTP, constate la même division du travail en fonction des caractéristiques raciales des ouvriers. Dans la domesticité, c'est encore plus marqué. Comme il n'y a ni CV, ni diplôme… Les employeurs trouvent d'autres manières d'évaluer les qualités des travailleurs.

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Des salariés payés « au gris »

Alizée Delpierre raconte : « S’il est par ailleurs PDG d'une société, l’employeur de domestiques va déclarer ses employés de maison en tant que salariés de sa société, et bénéficier des avantages fiscaux. Et s’il n’a pas d'entreprise, il ne déclare qu’un certain nombre d'heures effectuées chez lui, pour payer moins de charges. Mais suffisamment pour bénéficier de déductions fiscales plafonnées à 12 000 € par an. De toutes les façons dans ce type d’emploi, les contrats de travail écrits sont très rares. »

Une hiérarchie au sein des domestiques

Alizée Delpierre a constaté qu'il existe une hiérarchie très nette : « Au sommet : le majordome, et la gouvernante. Ils sont suivis par les femmes de chambre, les femmes de ménage, les nounous, les cuisiniers… Une pyramide proche de celle des hôtels de luxe ou des palaces. » Elle poursuit : « Parmi les caractéristiques de ces employés de maison : ils dorment chez leur employeur. Ils ont alors peu de vie en dehors de leur travail. Mais cela fait d’eux des employés plus riches que des femmes de ménage qui enchaînent les heures d’une famille à une autre. »

Gérer les employés, une tache sexuée

L'exploitation dorée renforce les hiérarchies de genre, de classe et de race entre travailleurs et travailleuses. Et elle perpétue le modèle traditionnel de division sexuée du travail domestique au sein même des familles des employeurs. Pour Alizée Delpierre : « On pourrait croire qu’en déléguant le travail domestique, on aboutirait à une parfaite égalité entre les hommes et les femmes. J’ai constaté que ce n'était pas le cas. On assiste à une recomposition des inégalités sexuées face aux tâches domestiques.

Les femmes très fortunées ne prennent certes pas en charge physiquement le travail domestique. Mais ce sont elles qui supervisent le personnel. Elles engagent (souvent via des pages Facebook, des recommandations, ou des réseaux sociaux comme Gens de confiance…), licencient, gèrent au quotidien tous les éventuels litiges, donnent les consignes de travail, etc. Cela représente une charge mentale très importante pour ces femmes-là. Ces épouses de super riches deviennent de véritables chefs d'entreprise chez elles. Et les hommes sont massivement dispensés de ce travail relationnel, et émotionnel, avec le personnel. »

L’ambivalence des rapports

Dans le livre de la sociologue, Solal, un employé chez une très riche personne, témoigne : « Mes patrons me grandissent ». Il est reconnaissant envers ses employeurs de lui faire connaître des choses qu’il n’aurait pas connues. Alizée Delpierre explique : « C'est l'un des aspects qui crée toute l'ambivalence de ces rapports de travail. Souvent les personnes qui entrent au service des très fortunés sont admiratifs et fiers de servir des gens qui cumulent succès économique, social, symbolique, etc. Certains employés apprennent des choses chez leurs patrons grâce aux lectures, aux expositions… »

Aujourd’hui VS Downton Abbey

Le sort des domestiques de la série anglaise diffère-t-il de celui de ceux d’aujourd’hui ? « La principale différence réside dans le droit du travail des employées de maison. Même si cela n’est pas tout à fait le même que celui des autres salariés, le travail est aujourd’hui régulé. Mais les caractéristiques des employés sont différentes. Au XIXᵉ siècle, et au tournant du XXe, les domestiques étaient des domestiques français blancs, issus des campagnes françaises. Après la guerre sont arrivées des personnes issues de l'immigration qui ont occupé les emplois que les Français blancs ne voulaient plus occuper. »

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Programmation musicale

  • 16h14
    Violently happy
    Violently happy
    BJÖRK
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    Album Debut (1993)
    Label ISLAND
  • 16h34
    Les joues roses (version edit)
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    BENJAMIN BIOLAY
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  • 16h50
    Restless heart
    Restless heart
    JONATHAN JEREMIAH (Compositeur)
    Restless heart

    Album Restless heart (2022)

L'équipe

Matthieu Noël
Matthieu Noël
Matthieu Noël
Production
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Production déléguée
Amel Khaldi
Collaboration
Alexia Lacour
Collaboration
Ghislain Fontana
Réalisation