L'inflation, jusqu'à quand ?

L'inflation
L'inflation ©Getty - Kinga Krzeminska
L'inflation ©Getty - Kinga Krzeminska
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Nourriture, carburant, énergie, l'inflation pèse de plus en plus sur le porte-monnaie des Français. L'été dernier, elle avait même dépassé le seuil des 6 %, un record depuis 1958. Mais comment faire face à cette augmentation des prix ?

Avec

Avec Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques, enseignant à Sciences-Po Paris et membre du Haut Conseil des finances publiques.

Qu’est-ce qui définit l’inflation ?

L'inflation, celle qui fait grimper les prix, provient d’un phénomène monétaire. L'économiste américain Milton Friedman la décrit ainsi : "toute augmentation de la masse monétaire au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer les transactions entraîne celle du niveau général des prix". Pour simplifier, si le volume de la masse monétaire est trop important, alors les prix grimpent. Reste à savoir ce qu'est la masse monétaire.

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Sur le site Capital.fr, il est mentionné que c'est la quantité de monnaie circulant dans une économie à un moment donné et que, par exemple, dans la zone euro, cette masse est évaluée, pilotée et réglementée par la Banque centrale européenne. Est-ce qu'il faut donc en déduire que l'inflation ça veut dire qu'on perd le contrôle ? Que si la BCE ne parvient plus à évaluer, piloter et réglementer cette fameuse masse monétaire, le système s'emballe ?

La guerre en Ukraine, principale raison de l’inflation actuelle ?

Pour l’économiste Eric Heyer, la masse monétaire n’est pas la cause de l’inflation actuelle : « Aujourd'hui, ce sont les énergies, le pétrole, le gaz, l'électricité. On a voulu se débarrasser du pétrole et du gaz russe, ne plus vouloir commercer avec eux. C'est toujours un problème d'offre et de demande. Quand on veut se passer de cette offre, si la demande ne bouge pas et qu'on baisse l'offre, les prix montent. Il y a eu en plus de la spéculation. Le prix de l’alimentation et de l'énergie qui augmentent, c'est ça qui déclenche l'inflation. D'un seul coup, ces prix se diffusent dans l'économie et ça contamine tout le système. Ça n'a rien à voir avec la masse monétaire. »

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Que faire face à l’inflation en tant que consommateur ?

Les Français entendent parler d'inflation quasiment quotidiennement. Ils constatent surtout que les prix augmentent. Il y a surtout un sentiment d'impuissance face à ce phénomène d'inflation. Pour Eric Heyer : « Il faut essayer de se couvrir contre l’inflation en demandant des hausses de revenus à son employeur. Le problème, c'est que si ça marche trop bien, on alimente l'inflation parce que si les salaires augmentent, les chefs d'entreprises vont se dire qu’à ce niveau de coût, il faut augmenter les prix, et on n'en sort qu'avec une grande crise. C'est-à-dire que les banquiers centraux sifflent la fin en disant qu’il y a trop d'inflation, et ils provoquent une récession pour baisser la demande de façon considérable pour limiter les dégâts. C'est ça le rôle des autorités. Essayer d'éviter cette façon de procéder aux banquiers centraux. »

L’inflation au niveau européen

Est-ce que ce n'est pas plus compliqué de se battre contre l'inflation quand on appartient à l'Union européenne puisque la marge de manœuvre est limitée par les traités ? « Ce qui est limitant, c'est l'action des banques centrales. On a qu'un seul taux d'intérêt alors qu'on n'a pas la même inflation selon les pays. Par exemple, les pays baltes sont à plus de 20 % d'inflation alors que la France est autour de 6 %. Le problème, c’est où mettre le taux d’intérêt, plutôt vers les 6 % ou les 20 % ? C’est toute la difficulté pour la banque centrale de prendre la bonne décision. Les Etats ne sont pas limités, à part d'un point de vue budgétaire, mais si on veut limiter l'inflation par des boucliers tarifaires, ça coûte très cher. »

Est-ce que l'inflation peut avoir des vertus ?

L'inflation, c'est un conflit de répartition et il y a toujours des gagnants et des perdants, comme l’explique Eric Heyer : « Ce qui profite de l’inflation actuellement, ce sont ceux qui produisent de l'énergie. Leurs coûts de production n’ont pas forcément augmenté et ils peuvent vendre à des prix incroyables. Celui qui gagne, c'est aussi celui qui est endetté. Si par exemple, vous avez un prêt immobilier à taux fixe, quand l'inflation et les taux d'intérêt étaient faibles et que vos revenus progressent au-delà de votre taux d'intérêt, rembourser votre prêt aujourd'hui coûte moins cher qu'avant. Les perdants, ce sont les prêteurs et donc les banques. »

L’augmentation des taux d’intérêts par la BCE

Depuis juillet dernier, la Banque centrale européenne a augmenté ses taux d'intérêt. Quelles sont les conséquences à court et long terme d’une telle décision ? « Si la BCE prend cette décision, c’est pour essayer de réduire l'investissement des entreprises et des ménages, car l'inflation, c’est trop de demandes par rapport à l'offre. La BCE veut donc ralentir tout cela en adaptant les taux d’intérêt à l’inflation actuelle, sans être trop restrictif. »

Une "stagflation" pour 2023 ?

Beaucoup d’économistes prédisent une "stagflation" : une baisse de la croissance, mais une inflation toujours en hausse pour 2023. Pour Eric Heyer : « Globalement, ce que l’on prévoit pour 2023, c’est qu’il va y avoir du zéro plus en croissance, c'est-à-dire pas de croissance économique alors que l'inflation va être encore dynamique. Donc, stagnation économique plus inflation en 2023, c'est bien la stagflation. Mais est ce qu'on entre dans une ère de "stagflation" ? Peut-être pas. Le plus probable, c'est que l'inflation se calme dans les années à venir. Ça ne veut pas dire que le niveau des prix va baisser. Un certain niveau des prix va rester élevé, mais avec une progression. Si nous arrivons à arrêter d'augmenter trop vite, la croissance économique va redevenir un peu plus raisonnable. C'est le pari que les économistes font actuellement. »

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

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