Les influvoleurs, du rêve à la réalité

Les influvoleurs
Les influvoleurs ©Getty - Westend61
Les influvoleurs ©Getty - Westend61
Les influvoleurs ©Getty - Westend61
Publicité

L’économie du numérique a permis l’émergence d’un nouveau métier qui permet de vivre de sa passion, les influenceurs. Mais que se cache-t-il derrière cette industrie qui nous vend du rêve en mettant en scène loisirs et voyages ?

Avec
  • Laurence Allard maîtresse de conférence en sciences de la communication, enseigne à l’Université de Lille en études culturelles, chercheure à l’IRCAV, (Institut de Recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel) / Paris 3 Sorbonne Nouvelle.

Certains influenceurs gagnent des fortunes en partenariats rémunérés. À tel point que ce fait de société commence à inquiéter, entre les stories bling-bling qui font de la superficialité un idéal et la promotion d'extraits de sève de bouleau du Népal, censée guérir le cancer. Ceux que Booba surnommait les influvoleurs méritent-t-il ce surnom ? Les influenceurs sont-ils en train de devenir bel et bien des influvoleurs ?

L'invitée est Laurence Allard, maîtresse de conférences en sciences de la communication et chercheuse à l'université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3.

Publicité

D'où vient le terme influvoleur ?

Tout commence il y a un an, le rappeur Booba et l'influenceur Marc Blata s'embrouillent sur les réseaux sociaux. L'objet de cette querelle tout en testostérone n'est autre que des bijoux. Juste après s'être énervé contre Marc Blata, Booba décide de se lancer dans une nouvelle croisade : la guerre aux influenceurs.

Booba est remonté comme un coucou et il s'en prend notamment à la papesse des influenceurs, Magali Berdah. La patronne de l'agence Shauna Events a d'ailleurs porté plainte pour harcèlement et publié plusieurs vidéos pour se plaindre des méthodes du rappeur. De l'autre côté du spectre, certains se félicitent de la mise en lumière permise par Booba et ses 6 millions de followers. Plusieurs associations se sont créées pour dénoncer les agissements de certains influenceurs. Des plaintes ont été déposées contre eux.

Alors, ces influenceurs sont-ils les charognes de notre époque, comme les présentent Booba ? Ou simplement un reflet des travers des réseaux sociaux ? Peut-on être influenceur sans tomber dans la caricature et surtout sans être un voleur ?

Un glissement, de la notoriété à l'influence

Jean-Jacques Rousseau peut être vu comme le premier influenceur ! Laurence Allard explique qu'il est "la première personnalité à avoir connu justement une popularité pour ce qu'il était et pas pour ce qu'il faisait, c'est-à-dire en racontant sa vie. C'est Les Rêveries du promeneur solitaire, etc."

L'influence, c'est une nouvelle forme de notoriété qui est basée sur rien de concret. Pour Laurence Allard, la popularité diffère de l'influence : "L'histoire de la popularité, c'est une longue histoire et jusqu'à présent, c'était plutôt des personnes qui avaient été dotées d'un talent, la comédie, la peinture, etc. Avec les influenceurs d'aujourd'hui, on a affaire à des individus qui n'ont comme talent que de savoir communiquer, se performer comme des individus. Donc ils sont plus dans du savoir-être qu'un savoir-faire. Dans cette histoire de la popularité, c'est une nouvelle étape, mais qui n'est pas complètement nouvelle non plus."

La mise en scène de soi demande un certain travail tout de même.

Pourquoi font-ils rêver les jeunes ?

Ce sont des individus ordinaires qui mènent une vie extraordinaire et c'est ce qui fait rêver. Laurence Allard le dit : "Ça pourrait être vous, moi, et d'ailleurs aujourd'hui beaucoup de jeunes veulent devenir influenceurs."

Pour l'invitée, les jeunes ont du recul par rapport aux influenceurs. Selon elle, "il ne faut pas accabler les jeunes et peut-être dans une certaine mesure, ne pas totalement accabler tous les influenceurs et influenceurs non plus. Plutôt se poser la question du monde consumériste qui rend possible ce type de programmes, ce type de contenus et c'est plutôt ce consumérisme qui pose problème. Et puis, bien sûr, les alliés, tous ceux qui contribuent à ce monde consumériste."

Elle ajoute : "On pense toujours que c'est une jeunesse, par exemple, très militante contre le dérèglement climatique. On l'appelle la génération climat. Mais il y a quand même toute une partie de la jeunesse qui est biberonnée justement à ce monde consumériste et à ses programmes hyper consuméristes, et donc qui souhaite poursuivre le business as usual, et ils ne sont pas spécialement militants climat. Et en effet, c'est problématique du point de vue des enfants et du monde dans lequel ils grandissent, et du monde qu'on leur laisse et qu'ils vont devoir transformer avec ces modèles."

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

Le débat de midi
55 min

L'équipe