Le backlash
Le backlash ©Getty - Westend61
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Tirant son nom du best-seller de Susan Faludi, le Backlash désigne le contrecoup que subissent les droits des femmes à chaque avancée.

Le Backlash, c'est le retour de bâton ou retour de flammes qu'expérimentent trop souvent les droits des femmes, après de grandes avancées. C'est une sorte de recul conservateur qui concerne les femmes et toutes les minorités.

Ce Backlash est-il systématique ? Comment l'expliquer ? Comment le déjouer ?

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Pour répondre à ces questions, Amandine Clavaud, directrice de l'observatoire de l'égalité femmes-hommes de la Fondation Jean-Jaurès, a publié en mars dernier l'essai Droits des femmes, le grand recul (éditions de l'Aube), dans lequel elle explique comment la crise sanitaire a engendré une forte régression des droits des femmes en Europe.

En ce qui concerne cette notion, il y a un livre référence, qui explique les mécanismes aux États-Unis, Backlash, de Susan Faludi.

Le livre "Backlash", de Susan Faludi

Dans son livre sorti en 1991 aux États-Unis (en 1993 en France), l'autrice dénonce la manière dont les médias propagent l'idée que les mouvements féministes ont remporté la bataille des idées, gagné le droit à l'égalité et que cela s'est finalement retourné contre elles. C'est une manière de dire qu'elles ont eu tort de mener ces combats et qu'en fait, c'était mieux avant.

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Ce texte a été déterminant pour théoriser les contrecoups conservateurs qui suivent toutes les avancées pour le droit des femmes et des minorités. C'est vraiment le livre tournant qui explique qu'il y a une stratégie et une organisation derrière tout ça, avec des actions coordonnées.

Amandine Clavaud l'explique : "Ce livre décrit précisément la stratégie des conservateurs, et précisément ce qu'elle appelle la Nouvelle Droite, composée du Parti républicain, appuyée par des lobbies religieux assez puissants, notamment les évangélistes, mais aussi les catholiques. Elle montre bien la stratégie déployée et cette bataille culturelle qu'ont remportée ces conservateurs qui désignent comme bouc-émissaire le féminisme, et qui considèrent que le féminisme est responsable de tous les maux dans la société. "

La réaction des conservateurs, après l'entrée massive des femmes dans le marché du travail dans les années 1970 aux États-Unis, a été de dire que les femmes devenaient autonomes économiquement mais qu'elles étaient finalement seules et déprimées. Ils agissent comme des lobbies, qui investissent massivement, avec de l'argent, les instances internationales et les réseaux sociaux.

Une autrice française, Simone de Beauvoir, bien avant cela, écrivait cette phrase désormais célèbre : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis." C'est aussi ce qu'il s'est passé durant la crise sanitaire mondiale liée au Covid, débutée en 2020.

La pandémie, recul pour les droits des femmes

Pendant les confinements, la marche vers l'égalité femmes-hommes a connu un net recul, notamment dans les familles, où les mères se sont majoritairement occupé des enfants et des tâches domestiques.

Pour Amandine Clavaud, cette régression a eu lieu dans tous les domaines, comme elle l'explique au micro de Mathieu Noël : "La crise sanitaire a été un accélérateur des inégalités entre les femmes et les hommes qui étaient déjà structurantes dans nos sociétés, mais qui en fait se sont accélérées durant cette pandémie sous tous les aspects, que ce soit les questions de violences sexistes et sexuelles, mais aussi la question de l'égalité professionnelle ou encore la question de la représentation des femmes dans les instances de décision et sur la partie plus spécifique de l'accès à la contraception et du droit à l'IVG. Là, on voit ces différents reculs au niveau international. La crise sanitaire a été instrumentalisée par des gouvernements conservateurs pour justement réduire l'accès à l'IVG, que ce soit en Pologne, mais aussi en Slovaquie, en Roumanie, ou en Hongrie."

Actuellement, en France

Amandine Clavaud tient à préciser qu'elle ne souhaite pas une absence de débats. L'idée du Backlash, ce n'est pas de dire qu'il ne faut pas qu'il y ait d'oppositions. En revanche, le problème est que ces oppositions, qui sont extrêmement structurées, souhaitent revenir sur des avancées majeures.

Cette opposition est très présente dans les médias et elle est problématique, comme elle l'explique : "On donne de la médiatisation à la fois aux auteurs, aux personnes mises en cause pour faits de violences sexistes et sexuelles, mais aussi à une parole antiféministe, misogyne, sexiste, qui se retrouve de manière très virulente aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Un certain nombre de femmes engagées sur ces questions, de féministes, on a parlé de Sandrine Rousseau, mais il y en a bien d'autres, sont fortement attaquées sur les réseaux sociaux, sont cyberharcelées, voire même en arrivent à fermer leur compte, donc en fait à réduire leur propre parole et à ne plus parler sur l'espace public."

Elle dénonce également un autre problème d'ampleur : "C'est la mise en doute de la parole des victimes. Et ça, c'est le travail des associations féministes, depuis un certain nombre d'années et cela a notamment permis l'émergence de MeToo, de porter cette parole des victimes, de les croire et de ne pas opposer. La présomption d'innocence n'est pas mise en doute. En revanche, il faut écouter la parole des victimes."

Pour elle, la France n'est pas à l'abri non plus d'un retour sur la question de l'IVG. Elle explique : "neuf députés du Rassemblement national ont porté des déclarations très anti-IVG, et considèrent que c'est un 'génocide de masse'. Ce mercredi, au Sénat, il y a eu la proposition de loi de Mélanie Vogel sur la constitutionnalisation de l'IVG. La première des oppositions qu'on a constatée au Sénat, c'est le sénateur du Rassemblement national qui est maintenant zemmouriste, Stéphane Ravier, qui s'est opposé à ce texte."

Pour Amandine Clavaud, c'est un projet de loi qui devrait être porté par le gouvernement, pour offrir des garanties juridiques beaucoup plus fortes pour les femmes, pour les protéger.

Avec Amandine Clavaud et le chroniqueur Pierre Thévenoux

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

3 min

L'équipe

Matthieu Noël
Matthieu Noël
Matthieu Noël
Production
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Cyril Lacarrière
Production déléguée
Amel Khaldi
Collaboration
Alexia Lacour
Collaboration
Ghislain Fontana
Réalisation