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Ce que demandent les femmes qui militent pour le burkini à Grenoble

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La piscine Jean Bron où a eu lieu plusieurs actions de désobéissance.
La piscine Jean Bron où a eu lieu plusieurs actions de désobéissance.
© Radio France - Sophie Constanzer

Le conseil municipal de Grenoble se penche ce matin sur le vote d'un nouveau règlement des piscines municipales, qui autoriserait le controversé burkini. Une revendication portée depuis plusieurs années par deux organisations de femmes musulmanes, qui sont parvenues à l'inscrire à l'ordre du jour.

Après des semaines de polémique, le conseil municipal de Grenoble s'apprête à voter ce lundi 16 mai la modification du règlement des piscines de la ville. S'il est adopté à la majorité, ce nouveau règlement intérieur entrerait en vigueur dès le 1er juin, pour l'ouverture estivale, et permettrait le port du burkini ou du "maillot de bain couvrant". Jamais le mot burkini n'est mentionné dans l'article 10 du nouveau règlement des piscines municipales soumis au vote, mais ce règlement intègre, de fait, moins de restrictions sur les tenues de bain.

Deux organisations militent pour le port du burkini à la piscine

Le port du burkini à la piscine municipale est revendiqué depuis plusieurs années par l'association Alliance citoyenne, mais surtout par le Syndicat des femmes musulmanes de Grenoble. Ce syndicat regroupe aujourd'hui près de 75 membres actives, dont Yasmina : "Cette demande n'englobe pas que le maillot de bain couvrant. On n'arrête pas de le répéter, on milite pour qu'on puisse porter le maillot de bain de son choix, c'est à dire un monokini, un maillot couvrant ou un maillot classique."

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On ne prêche pas que pour notre paroisse. Justement, la demande principale c'est d'enlever la notion de longueur.

Le Syndicat des femmes musulmanes de Grenoble a été crée en 2018, à l'issue d'une Assemblée du quartier Teisseire au sud de la ville. Lors de celle-ci, des femmes dénoncent les discriminations dont elles se disent victimes quand elles accompagnent leurs enfants à la piscine.

Des revendications au-delà du burkini

Mais pour Yasmina, ce combat va dans le sens de "toutes les femmes", elle refuse l'idée d'un combat communautariste. "Nos alliées [d'autres associations de droits des femmes] aimeraient aller à la piscine en topless, nous en maillot de bain couvrant, une autre personne juste avec un haut de maillot et un legging pour par exemple cacher des brûlures au niveau des cuisses."

Tout ça a été balayé, et on se focalise sur le maillot de bain couvrant

Entendez : le burkini.

Les affiches crées par l'association Alliance citoyenne à Grenoble.
Les affiches crées par l'association Alliance citoyenne à Grenoble.
© Radio France - Sophie Constanzer

En 2018, Amel alors toute jeune militante, pense qu'il s'agit d'un combat "facile à gagnerJe pensais que ça allait être plus rapide car ce n'est pas une demande très compliquée. Si on m'avait dit que ça prendrait autant de temps et ces proportions j'aurais dit ça craint !".

Plusieurs actions de désobéissance civile avant de saisir un dispositif citoyen

Une première action de désobéissance civile de femmes voilées ou en burkini a lieu en mai 2019 à la piscine des dauphins à Grenoble, puis une autre plus médiatique en juin à la piscine Jean Bron, la plus grande piscine extérieure du centre-ville. Mais c'est finalement avec le dispositif d'interpellation citoyenne que la question revient sur la table souligne Anissa, militante depuis le début : "On s'est saisi du dispositif de la mairie qui permet d'interpeller sur des sujets avec une pétition, et donc on est allé dans la rue, on a récolté les signatures nécessaires.

On a fait le travail, on s'est donné, et quand on entend qu'on était dans les petits papiers de la mairie, non !

Les militantes précisent qu'elles n'ont jamais rencontré le maire de Grenoble Eric Piolle en personne, et qu'elles se sentent aujourd'hui dépassées par la polémique.

Une polémique qui les dépasse

"C'est simple on veut juste aller se baigner ! On se sent instrumentalisées, ça prend des proportions folles, on fait un focus sur Grenoble, ça devient national, on voit des politiques qui prennent position…", s'exclame Anissa.

L'annonce de l'inscription de la modification du règlement intérieur des piscines grenobloises à l'ordre du jour du conseil municipal a en effet suscité une levée de boucliers de l'opposition grenobloise, d'élus du département de l'Isère et du président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Une manifestation est organisée juste avant le conseil municipal prévu à 15h, à l'appel notamment d'Alain Carignon, ancien maire de Grenoble et principal opposant à la mairie. Il estime qu'il y a "remise en cause des valeurs républicaines et un entrisme de l'islamisme politique".