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Politique et influenceurs : un mariage de raison obligé ?

Mc Fly et Carlito avec le président de la Répubique Emmanuel Macron à l'Elysée le 23 mai 2021
Mc Fly et Carlito avec le président de la Répubique Emmanuel Macron à l'Elysée le 23 mai 2021
© AFP - Amaury Cornu / Hans Lucas

Mc Fly et Carlito dans le bureau de l’Elysée, ou dans un clip pour vanter les mérites des gestes barrières… Pourquoi les politiques s’adressent-ils à des personnes extérieures à la politique ou à la publicité pour communiquer ? Les influenceurs sont-ils devenus le passage obligé des gouvernants ?

Qui n’a pas été étonné quand le gouvernement s’est adressé aux youtubeuses et youtubeurs pour vanter le vaccin ou le masque ? On ne connaît pas l’influence que cela a eue, mais c’était nouveau. Après avoir évoqué le statut des influenceurs et la question du harcèlement, les invités de l’émission "Le débat de midi" de Jean-Mathieu Pernin ont abordé les relations entre politique et réseaux sociaux.

On s’adresse aux influenceurs pour cibler une couche précise de la population

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La journaliste Maud Kenigswald explique : "Cette vidéo sur les gestes barrières, était-ce une bonne stratégie ? Les influenceurs sur Youtube et Instagram sont les personnes qui parlent le plus aux jeunes. Et quand on veut toucher une cible, souvent pour de la publicité, on cherche ceux qui en sont les plus proches. Donc oui, c'était une bonne idée".

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Pour Pascal Lardellier, professeur à l'Université de Bourgogne Franche-Comté et sociologue, spécialiste des réseaux de communication : "On est vraiment très basiquement au cœur du marketing politique. On va segmenter les personnes en âge de voter. Puis, on va s'adresser à eux avec les médias qui sont les plus pertinents, les plus légitimes".

Une stratégie risquée

Maud Kenigswald poursuit en pointant les limites : "Donner la parole à des non-professionnels sur des questions de santé est risqué. Ils font cela comme ils peuvent, avec leur savoir. Leur parole est propulsée. On les écoute religieusement, alors que ça ne devrait pas forcément être le cas".

Le sociologue confirme : "Il y a bien sûr des ambiguïtés à tout ça. Le potentiel de toucher des millions de personnes est énorme, mais les influenceurs n'ont pas toujours les compétences ou la légitimité. Ils se font finalement les porte-voix de discours qui les dépassent".

Maud Kenigswald pointe les zones floues : "On a aussi vu certains politiques donner des interviews à des influenceurs. On peut parler d’Hugo Décrypte, un youtubeur à la frontière entre l’influenceur et le journaliste. Il n'a pas la carte de presse, mais on peut dire que c’est un "influenceur d’actualités". Il y a également Magali Berdah, une agente pour des influenceurs téléréalité qui intervient dans 'Touche pas à mon poste'. Sur sa chaine Youtube, elle a reçu les candidats à la présidentielle. Les candidats ont accepté de se prêter au jeu de son interview. Ils ont choisi d’aller vers ce type de personnalités, donc de s'associer aussi à cette influenceuse pour bénéficier de sa notoriété".

Les hommes politiques eux-mêmes brouillent les limites

Yannick Pons est "creative strategist" au sein de l'agence d'influence Reech. Il s'occupe du marketing et des partenariats entre les marques et les influenceurs. Pour lui, "les personnalités politiques, sont presque des influenceurs à l'ancienne, mais ils ont compris l'intérêt des réseaux sociaux. Depuis deux campagnes présidentielles, on voit les politiques beaucoup les investir. Ils le font via des influenceurs, mais aussi via leur propre compte pour devenir influents auprès des communautés. Sous des vidéos sur Instagram, YouTube, il y a énormément de débats, énormément de commentaires sous chacune de leurs apparitions".

L’engagement, un risque pour les influenceurs

Anissa, influenceuse sur TikTok et Instagram explique : "En faisant des vidéos avec des politiques, on prend le risque d’être critiqué par notre communauté. Prendre une position politique trop engagée est mal vue. Une vidéo sur les gestes barrières, pourquoi pas. Pour McFly et Carlito, c’était important de rappeler de se protéger contre le virus. Mais aller dans le bureau du président à un an de l’élection…"

Maud Kenigswald : "On peut penser que les youtubeurs ont une opinion politique et vont voter. Mais ils ne la partageront pas cette opinion par risque de déplaire à leur communauté".

Un non-engagement parmi les youtubeurs comme dans le reste de la société

Anissa dit qu’elle a incité les gens qui la suivent à aller voter. Mais, précise-t-elle : "Pas pour une personne en particulier. J’ai invité les jeunes à s'intéresser à la politique et à leur avenir parce que c'est l'avenir de la France".

Mais poursuit-elle : "Parmi les youtubeurs, on est peu. J’ai longtemps pas compris pourquoi. Pour moi, ce n’était pas possible d'avoir 1 million d'abonnés, d’être touché par les inégalités en fonction de l’orientation sexuelle, des origines, et de ne rien faire. En fait, les influenceurs ne veulent pas se faire coller d'étiquette et de prendre le risque de louper des contrats !"

L’engagement écologique

Dans la même veine, se pose également la question de l'engagement écologiste. Maud Kenigswald : "Quand les youtubeurs expriment leur crainte pour la planète, ils prennent le risque qu'on leur tourne le dos. Les annonceurs ne sont pas intéressés. Ce n’est pourtant pas une cause très clivante. Et puis, il subsiste pour eux, le danger que s’ils se montent ensuite en train de prendre l'avion, on les attaque sur leur manque de cohérence".

Pascal Lardellier est néanmoins optimiste : "Je veux croire à la limite à la 'toute-puissance' des influenceurs : c’est le discernement de leur communauté et des individus. La capacité des individus à se dire que 'c'est bien' ou 'ce n’est pas bien'. Je veux croire que les youtubeurs donnent des idées dans le débat public, dans cette grande agora citoyenne et commerciale que sont les réseaux sociaux. Mais que ce n’est pas unilatéral. Sinon on serait dans des logiques complètement sectaires et ça serait presque effrayant".

ECOUTER | Le débat de midi sur les youtubeurs

Avec :

  • Anissa : influenceuse sur TikTok et Instagram (@6nissa), elle lance le mouvement #MeTooAnimation afin de dénoncer les violences sexuelles dans le secteur des colonies de vacances.
  • Yannick Pons : creative strategist au sein de l'agence d'influence Reech qui s'occupe du marketing et des partenariats entre les marques et les influenceurs.
  • Maud Kenigswald : journaliste au Figaro, elle a enquêté sur l'école d'influenceurs Ambaza.
  • Pascal Lardellier : professeur à l'Université de Bourgogne Franche-Comté et sociologue, spécialiste des réseaux de communication.