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Pour Jacques, l'opération du genou, reportée pour libérer des lits en réa, devra encore attendre

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Jacques, 77 ans, est en attente d'une prothèse de genou et a vu son opération annulée une seconde fois.
Jacques, 77 ans, est en attente d'une prothèse de genou et a vu son opération annulée une seconde fois.
© Radio France - Cécilia Arbona

Ce retraité de 77 ans vient de voir son opération du genou gauche annulée pour la deuxième fois. Il n'est pas le seul en Île-de-France où l'Agence régionale de santé a réclamé la déprogrammation de 40% des interventions pour libérer des lits de réanimation pour les patients Covid.

Ils font partie des victimes collatérales de la saturation des soins intensifs en Île-de-France. Ceux dont on déprogramme les interventions chirurgicales, pour laisser des lits disponibles en réanimation. Depuis la semaine dernière, dans les hôpitaux et les cliniques, sur ordre de l'Agence régionale de santé, 40% des opérations doivent être reportées. L'un de ces Franciliens concernés s'appelle Jacques. Passionné de sorties vélo, de randonnées et de parties de tennis, à 77 ans et en attente d'une prothèse de genou, il avait coché avec bonheur ce 15 mars sur son calendrier : "Cette opération était déjà prévue en octobre... Je souffre d'une arthrose du genou gauche. Il n'y a plus de cartilage et les os sont l'un sur l'autre en position debout." 

"La valise était dans le couloir"

Mais l'intervention, pour la deuxième fois, vient d'être décalée. "Le chirurgien m'a appelé pour me dire que c'était reporté à cause du Covid", poursuit le retraité qui vit à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine. "Il a changé de tête, il s'est presque décomposé", raconte Yvette, son épouse. "Il attend tellement cette opération que, pour lui, ça a été un choc."

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"Dans la tête c'est compliqué, je souffre relativement et je suis réduit à rien, je vis avec depuis deux ans (...) mais je préfère attendre pour mon genou qu'être à l'hôpital pour le Covid", raconte-t-il. "La valise était prête, elle est dans le couloir", poursuit Yvette. Elle est attristée : "On entend qu'on a besoin de lits de réanimation, c'est une catastrophe ce Covid."

Quant à Jacques, il se dit qu'il y a "pire que [lui]", mais ne dispose pas, aujourd'hui, de nouvelle date précise pour son opération du genou. Pas avant un mois, à condition que la pression soit redescendue dans les hôpitaux.

"On essaie de proposer une nouvelle date"

De l'autre côté, chez les médecins et chirurgiens, l'équation n'est pas simple non plus. Qui déprogrammer ? Quelles opérations choisir ? Il faut établir la liste des patients, les contacter avec le plus de délicatesse possible. 

"On regarde, une fois par semaine, et on choisit. Les patients qui ont des comorbidités, des insuffisances cardiaques, rénales ou respiratoires sont évidemment plus à risque d'aller en réanimation après une intervention chirurgicale ou bien de faire une forme grave de Covid si jamais ils l'attrapent. Ce sont eux que l'on va déprogrammer en priorité", détaille le médecin de Jacques, Frédéric Sailhan, chirurgien orthopédiste à l'hôpital Cochin et à la clinique Arago, à Paris. C'est le cas de Jacques, qui souffre d'une insuffisance cardiaque, faisant de lui un patient à risque.  

En général, raconte le médecin, les patients sont "déçus et un peu anxieux". "On essaie de leur proposer une nouvelle date opératoire pour qu'ils aient une perspective", même s'il ajoute, honnêtement, qu'il est difficile de prévoir la situation dans les prochaines semaines.