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"Pour moi, tout le monde était au courant" : au procès Bygmalion, l'interrogatoire de Franck Attal

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Le procès Bygmalion est enfin entré dans le vif du sujet avec l'interrogatoire de Franck Attal.
Le procès Bygmalion est enfin entré dans le vif du sujet avec l'interrogatoire de Franck Attal.
© AFP - Thomas COEX

Au procès des comptes de campagne 2012 de Nicolas Sarkozy, les débats sont entrés dans le vif du sujet. Premier prévenu interrogé par le tribunal : Franck Attal, chargé d’organiser les meetings du président-candidat pour le compte de la filiale événementielle de Bygmalion.

"L’UMP était un client particulier", ne cesse-t-il de répéter à la barre. On sent chez Franck Attal une envie de s’expliquer. Prolixe, il perd parfois son auditoire dans des détails techniques. Directeur adjoint d’Event & Cie, la filiale événementielle de Bygmalion, ce quadragénaire à l’allure soignée a orchestré la logistique des meetings du candidat Sarkozy en 2012. "Perpétuellement sur le terrain", c’est lui qui livre, clé en main, des événements de plus en plus en plus grandioses, où rien n’est trop beau pour espérer remporter la victoire. 

Mardi et mercredi, devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, Franck Attal a raconté comment il a été approché, mi janvier 2012 par l’équipe de celui qui n’est pas encore officiellement candidat à un second mandat. Il est alors "un peu surpris" de ne pas recevoir de consignes claires sur l’organisation des meetings. 

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"Faut que ça pète"

Tout à coup, la campagne prend un coup d’accélérateur. Nicolas Sarkozy va officialiser sa candidature plus tôt que prévu, et décision est prise d’organiser un meeting à Annecy le 16 février, au lendemain de l’annonce. "On me demande en trois jours de livrer un meeting pour lequel je n’ai aucune consigne", explique Franck Attal. Rien sur le fond de scène, l’éclairage, le nombre de cars régies, déplore-t-il. "La seule consigne claire : c’est le premier meeting de campagne, il faut que ça pète, qu'on sente la chaleur dans la salle. Faut pas se rater, faut mettre le paquet à tous les niveaux.

"Si ça avait été un autre client que l’UMP, les choses ne se seraient pas passées [comme ça]", insiste Franck Attal. "J’aurais dit 'à un moment il va falloir définir les choses'. Mais il ne faut pas occulter la relation UMP–Bygmalion. L’UMP ne travaille pas avec Event pour Franck Attal, pour mes qualités professionnelles". De fait, le patron de Bygmalion, Bastien Millot, et son bras droit Guy Alvès, sont des proches de Jean-François Copé, alors secrétaire général de l’UMP. 

Du côté de la campagne, les réunions publiques s’enchaînent. Tout en demandant de réduire les prix, l’équipe du candidat en demande toujours plus. Le meeting de Villepinte, le 11 mars, avec son écran de 100 mètres sur 15 mètres, se veut l’un des points d’orgue de la course à l'Élysée.

"On me dit qu'on a pas le choix"

Puis arrive une réunion, que Franck Attal situe, avec quelques difficultés, à la mi-mars, avec des membres de l'UMP et de l'équipe de campagne qu'il peine aujourd'hui à désigner. À cette date, plusieurs prestataires de Event & Cie se plaignent de ne pas avoir été payés, explique Franck Attal. "C’est là que Jérôme Lavrilleux (directeur adjoint de la campagne, ndlr) me dit ‘on a un problème’, on est parti sur un nombre de meetings au-delà de ce qu’on avait programmé et on va dépasser le plafond autorisé. Il va falloir que vous facturiez une partie des dépenses vers des conventions de l’UMP’".

-        Comme ça ? interroge la présidente.

-        Oui, comme ça. 

-        Il y a d’autres solutions qui auraient pu être envisagées. C’est la première chose qu’on vous a dit, ‘on va faire des fausses factures’ ?

-        Oui, les bras m’en tombent. On me dit qu’on n’a pas le choix, que le président est candidat, il faut qu’on réponde à sa demande.

Un peu plus tard, interrogé par le procureur, Franck Attal revient sur ce moment. Lors de cette réunion, personne ne lui a dit de se taire, insiste-t-il. "Pour moi, tout le monde est au courant, de Nicolas Sarkozy, en passant par la fille de l’accueil, c’est une décision collégiale."

Du côté de Bygmalion, il transmet la demande à son supérieur hiérarchique, Sébastien Borivent, qui, selon Franck Attal, se charge de faire l’intermédiaire avec le président de la société. Durant l’enquête, Bastien Millot a démenti avoir eu connaissance de ce système frauduleux. "Quand Bastien Millot dit qu’il n’est au courant de rien, je suis révolté", s'exclame Attal, amer. Avant de promettre : "je répondrai ici à toutes les questions parce que je ne m’attends pas à ce que d’autres le fassent".

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