Pour sa réouverture, le Lido frappe fort avec un "Cabaret" plein d'audace

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Pour sa réouverture, le Lido frappe fort avec un "Cabaret" plein d'audace

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Emcee, maître de cérémonie de ce "Cabaret"  saisissant est interprété par Sam Buttery (décembre 2022).
Emcee, maître de cérémonie de ce "Cabaret" saisissant est interprété par Sam Buttery (décembre 2022).
- Julien Benhamou

Il est presque aussi connu que la Tour Eiffel : le Lido rouvre au public ce 1er décembre sur les Champs Élysées, à Paris. Le cabaret des Bluebell Girls a été racheté l'an dernier par le groupe Accor, qui y a mis à sa tête Jean-Luc Choplin, pointure du "musical" en France.

Le Lido fait peau neuve. Cédé en 2021 au groupe hôtelier Accor, le cabaret rouvre au public ce jeudi. Et pour entamer ce nouveau chapitre, le patron du lieu, Jean-Luc Choplin (à la tête du théâtre Marigny et du Châtelet à Paris jusqu'en 2017) a choisi la mythique comédie musicale, "Cabaret". Oubliez donc les plumes, les revues, et le dîner-spectacle. C'est la version originale de 1966 du "musical", qui sera présentée, en anglais. L'histoire de la rencontre d'un jeune écrivain américain avec une chanteuse du Kit Kat Klub dans le Berlin des années 1930.

"Vers le théâtre musical"

Jean-Luc Choplin voulait garder la configuration d'un public assis à de petits guéridons tout autour de la scène, pour "une expérience immersive". "Le cabaret, c'est cette abolition du "quatrième mur" qui sépare le public de la scène. Je garde cet esprit "cabaret" ; je vais simplement l'amener vers le théâtre musical", explique-t-il.

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La mise en scène de Robert Carsen nous entraîne dans la décadence des nuits folles au Kit Kat KLub, mais bientôt la fête sera gâchée par la montée du nazisme. "On va essayer de créer des émotions très différentes de celles d'un spectacle divertissant" ajoute Jean-Luc Choplin. Car si la première partie peut faire sourire, tout en débauche et en drague sans tabou, la suite du spectacle est rattrapée par le propos politique, et la progression du nazisme.

Lizzy Connolly incarne Sally Bowles, chanteuse et danseuse au Kit Kat Klub dans le Berlin des années 1930 de "Cabaret" (Lido 2 Paris, décembre 2022)
Lizzy Connolly incarne Sally Bowles, chanteuse et danseuse au Kit Kat Klub dans le Berlin des années 1930 de "Cabaret" (Lido 2 Paris, décembre 2022)
- Julien Benhamou

Grande modernité

Le casting (avec des artistes dénichés à Londres, pour que cette version originale, en anglais, sonne parfaitement juste) est impeccable, les chorégraphies d'une grande modernité, et la remise en perspective du contexte historique donne une profondeur inattendue au spectacle. "Cabaret" frappe fort. Le public, parfois saisi, n'applaudit plus face à la tragédie qui s'annonce. Jusqu'au salut final où les artistes sont justement salués pour leur performance.

Avec ce spectacle exigeant, "sophistiqué et populaire", Jean-Luc Choplin ne cache pas son ambition de reconquérir le public parisien, qui avait déserté le Lido ces dernières décennies. Le directeur artistique vise deux grandes créations par an, en coproduction internationale, pour que les spectacles puissent voyager à l'étranger. D'ailleurs, Jean-Luc Choplin "n'exclut pas d'ouvrir d'autres Lido dans le monde, à Los Angeles, en Amérique Latine, en Asie, dans des lieux qui ont envie d'accueillir les spectacles que l'on crée à Paris", soutenu financièrement par le géant hôtelier Accor, désormais propriétaire d'un Lido qui a déjà gagné le pari de l'audace.