Présidentielle : les programmes électoraux restent quasi inaccessibles pour les personnes handicapées

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Présidentielle : les programmes électoraux restent quasi inaccessibles pour les personnes handicapées

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Suivre la campagne présidentielle quand on est handicapé n’est pas tous les jours aisé. Image d'illustration.
Suivre la campagne présidentielle quand on est handicapé n’est pas tous les jours aisé. Image d'illustration.
© AFP - Hans Lucas / Nicolas Guyonnet

Une personne sur cinq ne peut pas consulter les programmes des candidats parce qu'ils ne sont pas accessibles à leur handicap, d’après le CNCPH.

La campagne électorale de la présidentielle est-elle vraiment accessible à tous les citoyens ? Les personnes en situation de handicap n'en ont pas du tout l'impression. Pour le vérifier, le Conseil national consultatif des personnes handicapées met en place un Observatoire de l'accessibilité des campagnes électorales. À deux mois du premier tour de la présidentielle, il reste encore beaucoup de chemin à faire estime le CNCPH.

Élargir la question du handicap

Suivre la campagne présidentielle quand on est handicapé n’est pas tous les jours aisé : entre les vidéos non sous-titrées, l’audiodescription des images inaccessible et le manque de traduction en français facile à lire et à comprendre (FALC). 

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Le jour du lancement de l'Observatoire, le 27 janvier, pas un seul site internet des candidats déclaré à cette date, ne mentionnait ce qu'il prévoyait pour l'accessibilité de sa campagne aux personnes handicapés. Une première étape pourtant essentielle car elle témoignerait de la prise en compte des besoins de ces électeurs potentiels. Et à deux mois de l'élection, il commence à être tard pour rectifier le tir. 

Pourtant, cette situation étonne guère Jérémy Boroy, le président du CNCPH. Selon lui, il faudrait d'abord que les candidats arrêtent de penser que les personnes handicapées ne s'intéressent qu'aux sujets du handicap : "C’est ce qu’il y a dans l’esprit de nombreux candidats. La question du handicap reste limitée aux allocations, à l’accessibilité, etc." Il poursuit : "Il faut aussi s’autoriser à penser que les personnes handicapées sont intéressées par tous les sujets. Les sujets de défense, de sécurité par exemple."

Adapter la campagne, pour en faire profiter tout le monde

Depuis le 1er janvier, le code électoral prévoit une campagne accessible. À défaut de le faire pour les personnes handicapées, "faisons le pour tout le monde", propose Sylvie Sanchez, la présidente de l'association Creativhandicap. Elle prend des exemples concret de la vie de tous les jours : "Les trottoirs sont aujourd’hui adaptés, quelqu’un qui a une poussette ou qui a du mal à marcher va en profiter, le trottoir va être accessible. Tout le monde a la droit d’accéder aux meetings, de voter." Ainsi, les vidéos sous-titrées pourront être visionnées dans les transports en commun, les textes simplifiés en FALC seront intelligibles de tous et les meetings accessibles aux handicapés le seront de tout un chacun. 

Selon le CNCPH, une personne sur cinq ne peut pas consulter les programmes des candidats parce qu'ils ne sont pas accessibles à leur handicap. Une manne de votes non négligeable pour tous ceux qui veulent être président.

Des tutos et des accompagnements

Pour permettre aux candidats et à leurs équipes de rendre leur campagne la plus accessible possible, les associations membres du CNCPH proposeront rapidement des tutoriels, vidéos et modes d'emploi pour rendre l'adaptation plus simple. Creativhandicap a ainsi fait réaliser par un de ses membres, lui-même en situation de handicap, une vidéo en 3D représentant LA salle de meeting parfaitement accessible : des transports au parking, en passant par la rampe d'accès à la scène pour les co-équipiers invalides, le sous-titrage simultané par des transcripteurs et la traduction en Langue des signes française (LSF), jusqu'à la table de cocktail abaissée pour permettre aux personnes en fauteuil roulant d'être autonome.

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La commission accessibilité du CNCPH prévoit également des tutoriels pour rendre les sites internet accessibles. Cela passe notamment par la description des images et logos dans un texte alternatif qui sera lu par les systèmes de lecteurs d'écran en audiodescription. C'est également important pour les partages sur les réseaux sociaux. 

Les médias aussi dans la boucle

Enfin, le CNCPH peut aussi compter sur le cadre légal de l'Arcom, l'Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, l'ancien CSA. Les clips de la campagne officielle à la télévision devront en effet être tous sous-titrés pour être intelligibles des sourds et malentendants. Elle proposera aussi qu'ils soient traduits en LSF. Enfin, la loi du 30 septembre 1986 impose le sous-titrage aux diffuseurs télévisuels qui font plus de 2,5% d'audience. Les chaines d'info en continue, qui n'atteignent pas ces scores là, ont néanmoins accepté de sous-titrés trois de leurs journaux quotidien en complémentarité dans la journée. Un téléspectateur sourd aura donc à chaque heure la possibilité de s'informer. Un effort supplémentaire leur sera demandé lors des retransmissions de débats politiques. 

Au regard de ces accompagnements proposés aux candidats, le CNCPH espère bien qu'un effort sera fait par ceux qui visent la magistrature suprême. Chaque semaine, il prévoit via son Observatoire de l'accessibilité de la campagne, pointer les bons et les mauvais élèves. Et à défaut de sanction, pouvoir les motiver à agir pour éviter une mauvaise publicité.

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Retrouvez ici la conférence de presse de lancement de l'Observatoire de l'accessibilité des campagnes électorales.