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Prix du gaz : quelle évolution depuis 15 ans ?

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Gel des prix, désindexation : beaucoup a été tenté pour limiter la hausse
Gel des prix, désindexation : beaucoup a été tenté pour limiter la hausse
© AFP - Frederic Scheiber

Avec 12,6% de hausse ce vendredi 1er octobre, c'est la sixième augmentation mensuelle consécutive des tarifs réglementés du gaz appliqués par Engie, et la neuvième de l'année. Un phénomène déjà observé par le passé et combattu difficilement par les gouvernements en poste.

C'est traditionnellement un effet de yo-yo qu'on observe sur les prix de l'énergie, sauf que ces temps-ci, les tarifs réglementés du gaz appliqués par Engie augmentent fortement et de façon continue. Lundi dernier, la Commission de régulation de l'énergie a annoncé une nouvelle hausse de 12,6% ce vendredi 1er octobre. Depuis cet été, les hausses sont particulièrement élevées, avec +10% en juillet, +5,3% en août et +8,7% en septembre.  

Pour y faire face le chef du gouvernement a annoncé jeudi soir un "blocage" des prix du gaz jusqu'en avril 2022 afin de constituer un "bouclier tarifaire", selon l'expression utilisée par Jean Castex. "Il n'y aura plus d'augmentation du prix du gaz", a assuré le Premier ministre sur TF1 en fixant l'échéance à avril, horizon à partir duquel "le prix du gaz devrait dégringoler". Au-delà de la situation actuelle, le phénomène est loin d'être inédit.

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Un marqueur en 2005

En effet, selon les données mises en ligne par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), le dernier grand évènement de hausse constante remonte à la période 2005-2012. Le 1er novembre 2005, les prix du gaz prennent 12% à cause d'une flambée des prix du baril, les cours du gaz étant indexés sur ceux du pétrole, et le mouvement se poursuit, à l'exception de l'année 2009, conséquence de la crise et de l'effondrement des cours de brut. Par exemple : +9,7% en avril 2010, +5,2% en avril 2011. 

Conséquence : en avril 2011, le gouvernement revoit la formule tarifaire pour la désindexer partiellement des cours du pétrole. C'est l'une des méthodes utilisées par les gouvernements ces dix dernières années pour limiter la hausse, puisque la tarification (complexe) se base à la fois sur le prix d'approvisionnement (indexé sur les prix du pétrole) et, aussi, dans une moindre mesure sur les frais de transport, de distribution et les taxes.

La (sensible) solution du gel des prix 

"Nous achetons la quasi-totalité du gaz et une grande partie de notre énergie à l'étranger et les cours augmentent pour plein de raisons, y compris pour des raisons géostratégiques", expliquait ce jeudi 30 septembre sur France Inter, Christophe Castaner, pour répondre au chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon qui appelle à un gel des prix. Pour le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, la solution se trouve "dans notre capacité à produire des énergies", puisque la France importe 99% de sa consommation de gaz naturel.

Le gel des prix a déjà été tenté par le passé, notamment à deux reprises en juillet et octobre 2011 par le gouvernement Fillon, qui espérait même poursuivre jusqu'en juillet 2012, après la présidentielle. Une décision contestée à l'époque par GDF Suez et l'ANODE (Association nationale des opérateurs détaillants en énergie), devant le Conseil d'Etat, justifiant que selon les modalités de calcul réglementaires, la hausse des prix aurait dû être de 10%. Résultat : le Conseil d'Etat donne raison aux fournisseurs et impose à l'Etat de réviser rétroactivement les tarifs appliqués. Le consommateur le retrouve sur sa facture, lissée à partir de janvier 2013.

Un levier taxe ?

A partir de 2013, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qui a lui aussi échoué face au Conseil d'Etat à instaurer une limitation des prix, adopte pour un changement réglementaire : les évolutions des prix du gaz deviennent mensuelles et l'indexation sur les produits pétroliers diminue encore. L'indexation se fait désormais à hauteur de 45,8% sur les prix du gaz au comptant. Mais dans le même temps, la TICGN (Taxe intérieure sur les consommations de gaz naturel) est élargie aux consommateurs particuliers. C'est ce qui explique, en partie, que si les tarifs ont diminué pendant 7 mois consécutifs en 2014, la baisse est assez faible. L'année 2015 sera elle aussi marquée par des baisses, dues à la chute des prix du gaz.

A cette période, les deux autres taxes imposées par l'Etat, la Contribution tarifaire d'acheminement et la TVA, n'évoluent pas, alors que la TICGN bondit tous les ans : +565,4% entre 2014 et 2018. Ce n'est donc pas un hasard si le gouvernement Macron décrète son gel des augmentations de la taxe pour 2019 suite au mouvement des gilets jaunes. Elle a participé à l'envol des tarifs du gaz au même titre que l'augmentation des cours du gaz et du pétrole.

2020-2021 : Une période particulière

Début 2020, l'hiver doux et le confinement font chuter la consommation de gaz naturel, ce qui explique la baisse. Après le 1er confinement, la demande augmente et sans surprise, les prix aussi, boostés par l'approche de l'hiver. 

En 2021, les coûts d'approvisionnement ne font qu'augmenter (à l'exception d'avril), mais Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'Université Paris Dauphine, analysait, ce mercredi sur France Inter, plus largement le phénomène : "Les niveaux de stocks en Europe avant l'hiver, qui est la grande période de consommation, sont extrêmement faible. Ce manque est lié au fait que la production européenne diminue, notamment aux Pays-Bas, mais aussi parce que les gaziers européens ont tardé à reconstituer leurs stocks du fait de l'instabilité des prix, parce que cet été, il a fait très chaud donc on a plus consommé pour nos climatiseurs."

Cette crise est aussi liée "à la stratégie russe", poursuit Philippe Chalmin. "Gazprom honore ses contrats, mais ils ne vont pas au-delà. Qu'on le veuille ou non, c'est une pression de la Russie vis à vis de l'Europe occidentale sur le dossier ukrainien. Du coup, l'Europe s'est retournée vers les marchés internationaux, eux aussi extrêmement tendus du fait de la demande en Chine."