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Procès 13-Novembre, jour 89 : “Salah Abdeslam a sorti une grosse liasse de sa poche”

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 Au coeur de l'audience ce mercredi : les préparatifs des attentats du 13 novembre 2015
Au coeur de l'audience ce mercredi : les préparatifs des attentats du 13 novembre 2015
© Radio France - Valentin Pasquier

Avant une nouvelle série d’interrogatoires des accusés, la cour a entendu plusieurs témoins ce mercredi. Et, via ces auditions, s’est notamment penchée sur les préparatifs des attentats du 13 novembre 2015.

C’est un retour en octobre 2015 qu’effectue l’enquêtrice de la sous-direction antiterroriste venue déposer à l’audience ce mercredi 9 mars. La cellule terroriste effectue alors les derniers préparatifs des attentats du 13 novembre 2015. Et tandis que certains sont à la recherche de kalachnikov, ainsi que la cour l’a examiné les jours précédents, d’autres se chargent des explosifs. 

Le 3 octobre, Salah Abdeslam part ainsi récupérer en Hongrie trois djihadistes de retour de Syrie. Parmi eux, un certain Ahmad Alkhald (ce n’est pas son vrai nom) identifié depuis comme l’artificier du 13 novembre 2015. Le lendemain, Salah Abdeslam se rend dans le département du Val-d’Oise et achète, dans une enseigne spécialisée dans les feux d’artifice, “12 boîtiers de tirs à distance”, explique l’enquêtrice SDAT 026 qui, comme ses confrères avant elle, témoigne anonymement, par visioconférence, derrière une vitre opaque. 

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"Il parlait peu, il n’a rien acheté d’autre que les boîtiers de tirs à distance"

C’est le gérant de cette enseigne, Les magiciens du feu, qui contacte directement les enquêteurs “via la ligne dédiée” après avoir vu Salah Abdeslam dans un reportage télévisé consacré aux attentats du 13 novembre 2015. Entendu par les enquêteurs, le vendeur se souvient de “Salah Abdeslam comme d’un client atypique : il parlait peu, il n’a rien acheté d’autre que les boîtiers de tirs à distance et il n'avait pas souhaité de facture”. Il raconte aussi comme, au moment de régler ses 390 euros d’achat, “il a sorti une grosse liasse de sa poche”. Ces systèmes de mise à feu à distance n’ont cependant jamais été retrouvés par les enquêteurs. 

Quatre jours plus tard, le 8 octobre 2015, Salah Abdeslam est soupçonné de s’être rendu dans l’Oise cette fois, à deux adresses d’une même enseigne : les magasins Irrijardin spécialisés dans les produits d’entretien de piscine. Là, à Beauvais, il achète trois bidons de 5 litres d’oxygène actif. “Avec ces 15 litres, tout ou partie du TATP contenu dans les gilets explosifs des attentats du 13 novembre a pu être fabriqué”, précise l’enquêtrice de la sous-direction antiterroriste. 

Interrogé à son tour, le vendeur ne reconnaît cependant pas formellement Salah Abdeslam comme celui qui a acheté ces bidons. Mais l’enquêtrice indique que les recoupements effectués - location de voiture, téléphone portable coupé pendant la durée du déplacement - pointe vers le principal accusé. Lui, en l’occurrence, n’est pas là pour l’entendre. Depuis mardi, il refuse, à l’instar de l’accusé Osama Krayem pour qui c’est devenu une habitude, d’assister à l’audience. L’enquêtrice conclut ainsi : “Salah Abdeslam avait donc été chargé des locations de voitures ainsi que des achats en France".

Le témoignage de Youssef E., ami de plusieurs accusés

Il est encore question de déplacements avec l’autre témoin du jour : Youssef E., ami de plusieurs accusés, et également mis en cause dans le dossier des attentats du 13 novembre mais en Belgique. Il doit d’ailleurs être jugé pour cela à partir du 19 avril à Bruxelles. Sa situation tourne d’ailleurs au casse-tête juridique : accusé en Belgique mais simple témoin en France doit-il prêter serment? Oui, répond le président. Non, affirme le magistrat bruxellois qui assiste à l’audition depuis les locaux du parquet fédéral belge. Le jeu de ping-pong se poursuit un instant. Puis le président cède : "on ne va pas vous faire prêter serment, mais je vous invite à dire la vérité et si vous ne voulez pas répondre, vous pouvez faire usage de votre droit au silence.” 

Mais le témoin n’est pas avare de mots. Il raconte sans difficulté son amitié avec l’accusé Ali El Haddad Asufi. Mais aussi avec Ibrahim El Bakraoui, l’un des logisticiens en chef des attentats du 13 novembre 2015 et futur kamikaze de Bruxelles le 22 mars. Ibrahim El-Bakraoui qui l’”a trahi”, explique-t-il. Car lorsqu’il l’accompagne à l’aéroport en juin 2015 pour un départ en Turquie, le témoin est persuadé qu’il part en vacances, dit-il. On le sait aujourd’hui, Ibrahim El-Bakraoui a alors la Syrie en tête. "Mais moi, à l'époque, je ne savais même pas que la Turquie était un pays frontalier avec la Syrie. La politique, je ne la regardais jamais”, explique Youssef E. 

D’ailleurs, à l’époque, le témoin ne remarque “rien de spécial” : “c’est plus facile de poser les questions après, mais pour moi, il ne se passait rien d’extraordinaire”. Entendez par là, rien de plus que la vie qu’il a l’habitude de mener : “aller voir des prostituées, aller dans les coffee-shops”. Au sujet de son autre ami, l'accusé Ali El Haddad Asufi, il finit par lâcher du bout des lèvres : “il fait un petit trafic de stupéfiants … mais un tout petit, hein”. Ali El Haddad Asufi dont il a assure qu'il a, comme lui, été trahi par Ibrahim El-Bakraoui et qu'ils n'ont rien sur des préparatifs des attentats. 

Retrouvez tous nos articles consacrés au compte-rendu, jour par jour, du procès des attentats du 13 novembre 2015 ici.