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Procès 13-Novembre, jour 95 : "Je suis sûr qu’il ne savait pas que ça servirait pour les attentats"

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La cour a interrogé ce vendredi Farid Kharkhach qui a fourni des cartes d’identité à la cellule terroriste
La cour a interrogé ce vendredi Farid Kharkhach qui a fourni des cartes d’identité à la cellule terroriste
© AFP - Valentin Pasquier

La cour d'assises spéciale a poursuivi son examen des préparatifs des attentats à l’automne 2015 avec ce vendredi l'interrogatoire de l’accusé Farid Kharkhach qui a fourni des cartes d’identité à la cellule terroriste.

Il fait partie des moins impliqués du dossier. Farid Kharkhach comparaît pour avoir joué les intermédiaires dans la fourniture de quatre fausses cartes d’identité qui ont servi aux terroristes. Farid Kharkhach ne connaît aucun des autres accusés du box. Il est d’ailleurs le seul dans ce cas. Son seul lien avec cette affaire, c’est Khalid El-Bakraoui, l’un des deux logisticiens en chef des attentats du 13 novembre 2015 et qui, avec son frère Ibrahim, se fera exploser le 22 mars 2016 dans les attentats de Bruxelles. Farid Kharkhach l’a déjà dit à cette audience : il reconnaît avoir fourni quatre fausses cartes d’identité à Khalid El-Bakraoui, comme il avait déjà eu l’occasion de le faire pour d’autres personnes, principalement des migrants marocains qui voulaient venir travailler en Europe selon lui. 

"Je croyais que c’était pour faire des escroqueries sur Internet", explique l’accusé. "Il n’y avait rien d’alarmant. C’était connu à cette époque-là à Bruxelles. Des jeunes achetaient des vêtements de marque sur Internet avec des faux papiers.” À aucun moment, selon lui, il ne se doute qu’il s’agit d’une affaire de terrorisme. Mais “ça, ça ne vous est pas reproché. Sinon vous seriez poursuivi pour complicité”, souligne l’avocat général Nicolas Braconnay. 

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En effet, selon la jurisprudence sur l’infraction d’association de malfaiteurs terroriste, pour laquelle comparaît Farid Kharkhach, il suffit de démontrer que l’accusé ne pouvait pas ignorer que celui à qui il a fourni ces faux papiers était susceptible de commettre des crimes terroristes en lien avec son idéologie djihadiste. Et l’on en revient donc à Khalid El-Bakraoui. La radicalisation de celui qui ira jusqu’à se faire kamikaze transpirait-elle à cette époque ? Non, ont déjà assuré plusieurs témoins à la barre. 

Farid Kharkhach, ici lors de l'audience du 5 novembre
Farid Kharkhach, ici lors de l'audience du 5 novembre
© Radio France - Valentin Pasquier

"Si je ne l'avais pas présenté, Farid ne serait pas là"

"Nous, les voisins, ceux qui étaient avec eux à l'école, on ne comprend pas comment ces enfants en sont arrivés là ?" s’est encore interrogé aujourd’hui un témoin entendu en visioconférence depuis Bruxelles. Ce témoin a mis en contact Farid Kharkhach et Khalid El-Bakraoui justement. Et il s’en veut d’ailleurs aujourd’hui, pour cela, dit-il. “Parce que si je ne l'avais pas présenté, Farid ne serait pas là." Farid Kharkhach qu’il présente encore comme "une crème" : “je suis sûr qu’il ne savait pas que ça servirait pour les attentats. J'en suis sûr !” D’ailleurs, lui-même, n’a rien vu. Au point d’inviter Khalid El-Bakraoui à déjeuner chez lui, après les attentats du 13 novembre 2015 que ce dernier a très largement préparés, sait-on aujourd’hui. “J’avais pris à emporter. Je l’ai invité. Il était tout à fait normal”. 

Somme toute, il  n’y a plus grand chose à ajouter. D’ailleurs, le président “n’a pas de questions”. “C’est la dernière fois que vous vous exprimez sur le fond avant les derniers mots et le verdict", rappelle son avocate Me Fanny Vial. Alors, pour une des dernières fois, même s’il reste encore trois mois d’audience, Farid Kharkhach lance : “Je regrette sincèrement, je le dis surtout pour les victimes. Je ne suis pas fier de ce que j'ai fait. C'était vraiment dégueulasse. Il n'arrive pas une journée ou une nuit avant de dormir où je ne pense pas à ce que je fais." Puis, il se tourne vers la cour : “merci de m’avoir écouté”

Les interrogatoires des accusés se poursuivront mardi avec Mohamed Abrini, alias "l'homme au chapeau" et Mohamed Bakkali.

Retrouvez tous nos articles consacrés au compte-rendu, jour par jour, du procès des attentats du 13 novembre 2015 ici.