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Procès Troadec : Hubert Caouissin échappe à la perpétuité

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Le verdict du procès Troadec est tombé ce mercredi soir.
Le verdict du procès Troadec est tombé ce mercredi soir.
© AFP - Sebastien Salom-Gomis

La cour d'assises de Loire-Atlantique a rendu son verdict mercredi soir, après deux semaines et demie d'un procès éprouvant. Hubert Caouissin a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour le quadruple meurtre de la famille Troadec. Lydie Troadec écope de 3 ans de prison dont 1 avec sursis.

Ils ont été entendus : les avocats d'Hubert Caouissin avaient supplié les jurés de ne pas prononcer la peine de perpétuité contre leur client. En reconnaissant l'altération de son discernement, et en le condamnant à 30 ans de réclusion criminelle, la cour d'assises de Nantes, au terme d'un très long délibéré de plus de 7 heures, a donné une "perspective" à l'accusé. Un verdict "juste" pour la défense, qui espérait un tel résultat. Il est condamné pour avoir tué Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec, en février 2017, dans leur maison d'Orvault. Même signal d'espoir envoyé à Lydie Troadec, condamnée à 3 ans de prison dont 1 an avec sursis probatoire, pour les délits de "recel de cadavres" et "modification d'une scène de crime". La cour ayant décerné un mandat de dépôt, elle est retournée en détention, mais pourra faire rapidement une demande d'aménagement de peine. Lydie Troadec avait effectué 4 mois de détention provisoire et comparaissait libre au procès.

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Les jurés étaient partis délibérer à 15 heures, après les derniers mots prononcés par les accusés. Lydie Troadec, fidèle à son attitude en retrait depuis le début du procès, n'avait "rien à ajouter". Hubert Caouissin, sans doute ébranlé par les plaidoiries puissantes de ses deux avocats, Patrick Larvor et Thierry Fillion, s'était tourné vers les familles des victimes. "Je regrette infiniment ce qui s'est passé à Orvault, et ce que j'ai fait après" avait-il dit, en pull blanc, les mains dans le dos; demandant pardon "aux proches à tous ceux qui ont été affectés par cette tragédie". Avant d'égrener d'une voix grave : "Je demande pardon à Sébastien. Je demande pardon à Charlotte. Je demande pardon à Brigitte. Je demande pardon à Pascal". 

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"Vous avez bien dormi, après avoir requis la peine maximale ?"

Pour Me Thierry Fillion, il était impossible de juger Hubert Caouissin sans prendre en compte le délire paranoïaque qui l'a fait prendre la famille Troadec pour ses persécuteurs. "J'ai écouté avec respect le chagrin immense des familles de Pascal et Brigitte, il est légitime" avait-il dit. "Mais l'émotion ne peut pas constituer le sens et la mesure de la peine que vous devrez prononcer." Contre les réquisitions des avocats généraux, qui avaient demandé de "ne pas tenir compte" de la pathologie psychiatrique d'Hubert Caouissin, et de le condamner à la perpétuité, il s'était emporté : "Alors, il n'y a plus d'homme, plus de femme, plus de psychologie, plus de folie ? Vous avez bien dormi, monsieur et madame les avocats généraux, après avoir requis la peine maximale ?"

Face à Charlotte Gazzera et Stéphane Cantero, les représentants de l'accusation, il avait enflé la voix : "Moi, j'ai très mal dormi. J'ai ressassé ce que j'ai entendu. Vous vous êtes bouchés les oreilles, pour ne pas entendre les experts psychiatres et psychologues : 114 pages de rapport, qui disent tous la même chose : ce sont des bobards? Des salades ?" La veille, les avocats généraux avaient qualifié le récit des faits livré par Hubert Caouissin de "salade de sornettes, bobards, calembredaines", accusant la défense d'avoir voulu la rendre "plus digeste" avec "deux sauces : l'altération du discernement, et les trous de mémoire." La métaphore culinaire était restée sur l'estomac de Me Fillion. 

Commencer un deuil impossible

En Hubert Caouissin, Thierry Fillion, qui l'assiste depuis 4 ans avec Me Patrick Larvor, n'a "jamais vu un monstre froid. J'ai vu un homme apeuré, perdu". Un homme atteint d'un délire paranoïaque chronique, attesté par tous les experts, qui s'est développé de façon progressive ; après une enfance difficile, une grave dépression en 2013, et que Renée Troadec, la mère de Lydie, aie parlé de l'or en 2014. Ce fameux "trésor", largement fantasmé, qui est à l'origine du drame_. "Ce n'est pas l'argent, son moteur ; c'est la spoliation"_ avait expliqué Me Fillion. Hubert Caouissin était persuadé que Lydie, sa compagne, avait été dépossédée par son frère Pascal de sa part du "trésor". En Pascal et Brigitte, il avait cru voir ses persécuteurs : "il n' a pas choisi de tuer la famille Troadec : il était dans une cage mentale dont il n'a pas pu sortir. Il n'était pas libre, vous devrez en tenir compte" avait conclu l'avocat.

La défense avait imploré les jurés de ne pas renvoyer Hubert Caouissin "vers la désespérance". De lui laisser l'espoir, un jour, de revoir son fils. Jean* fête ses 13 ans, en ce jeudi 8 juillet. La cour les a entendus, dans un verdict où la raison l'a emporté sur l'émotion, et l'humain sur l'horreur brute des faits. Pour la famille de Pascal Troadec, Me Olivier Pacheu a émis le vœu que ses clients puissent "mettre un peu à part l'histoire judiciaire de cette affaire, pour passer à l'histoire intime" de ce drame. Et commencer, enfin, ce deuil jusqu'alors impossible. 

Le parquet général et la défense ont dix jours pour faire appel du verdict.

* le prénom a été changé