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Procès Troadec : les peines maximales requises contre les accusés

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L'entrée de la salle de la cour d'assises de Loire-Atlantique, où Hubert Caouissin et Lydie Troadec sont jugés du 22 juin au 9 juillet 2021
L'entrée de la salle de la cour d'assises de Loire-Atlantique, où Hubert Caouissin et Lydie Troadec sont jugés du 22 juin au 9 juillet 2021
© Radio France - Corinne Audouin

Dans un réquisitoire à deux voix devant la cour d'assises de Loire-Atlantique, les avocats généraux ont requis la réclusion à perpétuité assortie de 22 ans de période de sûreté contre Hubert Caouissin, et trois ans de prison envers Lydie Troadec.

On ne les a pas beaucoup entendus, tout au long de ces dix journées d'audience. Souvent empêchés par une présidente d'assises, Karine Laborde, qui entend mener sa barque et son procès comme elle l'entend : c'est-à-dire le plus souvent toute seule, avec des interrogatoires longs de plusieurs heures. Pour les deux représentants de l'accusation, qui ont dû ronger leur frein, c'est leur moment. Charlotte Gazzera, debout depuis son perchoir, et Stéphane Cantero, derrière la barre, face aux jurés, entament leur réquisitoire, dialogué comme au théâtre.

"Il y a des jours qui opèrent des tournants. Qui marquent un jour d'avant et un jour d'après", commence Charlotte Gazzera, la voix grave. "Dans deux familles, la bascule s'opère le jour où l'on sait que l'on ne verra plus son frère, sa sœur, son cousin, sa cousine. Car à jamais ils ont disparu et qu'on ne pourra jamais faire son deuil. Parce de corps, il n'y a pas." Bascule aussi, pour les accusés, les policiers, la ville, la région, hantée par le souvenir de l'affaire Dupont de Ligonnès.

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Le procureur dresse un portrait machiavélique des accusés

L'avocate générale raconte son moment à elle, "ce jour où le commissariat de Nantes m'appelle, pour me dire que Martine V. cherche sa sœur Brigitte depuis quatre jours ; ça m'a glacé le sang dès ce premier jour. Parce qu'on savait qu'il n'en sortirait rien d'autre que de tragique".

Stéphane Cantero enchaîne sur les accusés, dont il dresse un portrait machiavélique. "Dès le début, dès qu'ils font disparaître les corps, dès la première garde à vue où ils ne disent rien, ils savent très bien ce qu'ils encourent. Dès le départ, ils ont élaboré une stratégie, pour s'en tirer au mieux. C'est humain : il s'agit de raconter une histoire où on se donne le meilleur rôle possible." Le représentant de l'accusation ironise : "Moi, Hubert Caouissin, je souffrais d'un burn-out, il y avait cette histoire d'or, je me sentais en danger… C'était la faute à pas de chance, c'était pas calculé, je suis fou, vous savez."

Il enchaîne d'un ton geignard. "Moi, Lydie Troadec, j'ai rien vu, rien entendu, rien su. Je suis très bête, et je fais tout ce qu'on me dit." Puis il se tourne vers les jurés : "Voilà la salade de bobards, de sornettes, de calembredaines qu'on va vous faire avaler. Bon appétit!", lance-t-il, avant de s'emporter. "Les victimes ne sont pas là pour dire comment elles ont été tuées. Dans quel ordre, ce qu'ils se sont dits dans la panique, ce que leur meurtrier leur a dit, quel est le regard qu'ils ont pu lire dans ses yeux." Stéphane Cantero hurle : 

Ils ne sont pas là, parce qu'ils sont morts !

En l'absence de corps, en effet, on ne connaît pas les causes du décès de Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec. "Efficace, Mr Caouissin !", lance-t-il vers le box, où l'accusé garde obstinément la tête baissée.

Un accord pour protéger Lydie

L'un après l'autre, les avocats généraux échafaudent des hypothèses. Sur une possible préméditation, sur un rôle plus actif de Lydie Troadec... Avant de rappeler aux jurés que ce n'est pas ce dont ils sont saisis. "Je vous demande de vous en tenir aux certitudes", explique Charlotte Gazzera. "Pas aux élucubrations. Pas celles d'Hubert Caouissin, pas plus que les nôtres." Ces certitudes, elle les énumère : "Brigitte et Pascal sont devenus l'obsession d'Hubert Caouissin, il leur veut du mal. La scène de crime qu'il vous décrit n'a aucun sens, elle n'est pas réaliste. Il a mis au point une méthode très poussée de disparition des corps. Et Lydie n'est jamais intervenue pour le contredire." 

Stéphane Cantero soupçonne que leur lien passé existe toujours, qu'il y a un "accord tacite" entre les deux, pour que Lydie Troadec soit condamnée plus légèrement. Il le regrette franchement : la responsabilité pénale de Lydie Troadec est limitée, elle encourt trois ans de prison, pour recel de cadavres et modification d'une scène de crime. "Trois ans seulement ! Mais sa responsabilité morale ! Elle est énorme !", crie à nouveau l'avocat général, avant de demander, donc, qu'elle soit condamnée à trois ans de prison.

C'est au tour de Charlotte Gazzera de requérir contre Hubert Caoussin. Elle prévient : "Je vais être basique." En droit américain, "il encourrait quatre perpétuités. On n'est pas en droit américain. Mais ça vous donne une idée de ce que je vais requérir." 

"Sa dangerosité est toujours là"

Elle reconnaît les troubles psychiques de l'accusé, rappelle que "la loi prévoit une diminution de peine en cas d'altération du discernement". En l'occurrence, quand la perpétuité est encourue, le seuil baisse à 30 ans de réclusion. "Je ne vais pas être malhonnête", dit-elle, "son délire paranoïaque, il fut là, et il est encore là…", avant de faire volte face : 

Mais ce délire, je vais vous demander de ne pas en tenir compte.

Pour l'avocate générale, si la paranoïa d'Hubert Caouissin l'a mené jusqu'à la porte des Troadec, pour trouver des informations sur l'or, elle n'a pas joué de rôle dans le meurtre.

Et puis, balaye-t-elle, "l'atrocité des crimes commis doit prendre le dessus sur les motivations profondes du passage à l'acte". Avant de se lancer dans un parallèle acrobatique avec "les crimes de guerre, commis par des nations qui avaient des convictions délirantes, comme le fait d'avoir été spoliés par les juifs". Ce point Godwin atteint, Charlotte Gazzera requiert la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 22 ans de période de sûreté. Non sans un dernier avertissement aux jurés : "Si vous restez sous ce seuil des 30 ans de prison ; il sortira à un âge où il pourra encore faire du tort à la société. Sa dangerosité est toujours là : quatre ans après, il est toujours dans la dissimulation, dans le calcul. Alors maintenant, c'est entre vos mains. C'est votre responsabilité."

La défense aura la parole en dernier mercredi matin, avant un verdict attendu dans la soirée.