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"Promising Young Woman" d'Emeral Fennell : "un regard douteux sur les hommes et les femmes" d'après Le Masque

Carey Mulligan à l'affiche de "Promising Young Woman" d'Emeral Fennell
Carey Mulligan à l'affiche de "Promising Young Woman" d'Emeral Fennell
- Merie Weismiller Wallace / Focus Features

La lauréate de l’Oscar du meilleur scénario original, Emerald Fennell signe un cocktail cinématographique abordant la question de la culture du viol, le consentement, ou encore la domination masculine. Seul Eric Neuhoff a salué le film. Quand les autres regrettent des représentations hommes/femmes douteuses.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un autre premier film primé aux Oscars, cette fois pour le meilleur scénario original de l'actrice britannique Emeral Fennell, avec Carey Mulligan. 

Dès la première scène, une jeune femme remet à sa place l'homme qui la harcèle. On sait exactement où on va, sur le terrain de Metoo. La jeune femme, Cassie, est serveuse dans un coffee shop, habite chez ses parents et joue les pochardes la nuit pour piéger les violeurs cueillis dans les clubs de la ville. Le film, où l'humour noir compose avec le thriller, déroule la croisade vengeresse de Cassie, dont la meilleure amie à la fac de médecine où elles étudiaient, a été violée et s'est suicidée. 

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Pour Camille Nevers c'est un film pénible et à la limite d'être misogyne 

"C'est un scénario ultra écrit. La cinéaste a collaboré à des séries, dont la très bonne "Killing Eve" que j'adore, mais alors là, c'est totalement à l'épate… C'est un film que j'appelle "pénible", où on la voit en train de faire tous les efforts possibles pour nous surprendre, à chaque plan, tenter d'avoir des surprises de scénarios, des rebondissements, des twist… 

Le côté post-metoo, j'en ai un peu marre… 

Mais c'est vrai que j'étais très énervée d'entendre mes camarades descendre sur la violence du film The "Nightingale" de Jennifer Kent, que je tiens pour un grand film. Surtout que ce sont les mêmes qui se vautrent devant John Boorman avec "Délivrance" (1972), dont je ne comprends pas pourquoi on reproche à Jennifer Kent son ultra violence, quelqu'un qui aime beaucoup John Boorman…

En tout cas, il y a deux camps très clairs entre qu'est-ce que c'est qu'un Revenge movie ? Et je pense que la violence épate et totalement chiquée de "Promising young woman", finalement se retourne contre le film… 

Je trouve que le film est limite misogyne : finalement, tous les virilistes qui disent "vous voyez, ces femmes ne pensent qu'à retourner la guerre contre les hommes", eh bien là le film ne leur donne pas complètement tort puisqu'il s'agit de renverser le jeu en allant violer le violeur.

Le film paraît totalement pop, mais faussement acidulé, avec une espèce de petit effet mode dont tout le monde dit post-metoo, comme si le féminisme était déjà une espèce de genre post-moderne, alors que nous sommes encore dans quelque chose d'hyper crucial…

C'est pour ça que The "Nightingale" était un film qui faisait dévier une vengeance sur tout un peuple, les Aborigènes, le racialisme. J'adore Carey Mulligan, par ailleurs, mais autant revoir encore une fois le film de Paul Dano, "Wildlife : Une saison ardente" où elle faisait une mère géniale ! Là, elle fait une sorte de vieille petite fille…"

Eric Neuhoff salue un film "assez jubilatoire, intelligent et gonflé" 

"C'est pas post-metoo mais complètement pro-metoo ce film. C'est mélangé à "Very Bad Trip". 

C'est un peu la réponse cinématographique à la blague de Coluche qui disait que l'alcool avait été inventé pour que les filles moches puissent avoir des aventures. Là, c'est le contraire. 

Je trouve ça très intelligent. C'est un film de scénario. C'est un film mode, kitsch dans les roses, avec du rouge à lèvres, du vernis à ongles un peu partout

Le personnage est serveuse dans une cafétéria clinquante, presque comme dans "American graffiti". C'est une fille qui crache dans le café d'un de ses ex-camarades de faculté et elle a un plan de vengeance. Moi, j'ignorais qu'on appelait "Revenge movie" ces films-là en français. 

Le film est assez jubilatoire

Cette histoire de conquête, de pauvres types qui se font avoir par la fille et dont elle coche le nombre sur son carnet, tel un prisonnier dans sa cellule qui barre le nombre de jours sur le mur, ce n'est pas si mal que ça. C'est un premier film qui est intéressant et gonflé. 

C'est un très bon rôle pour Carey Mulligan, qui en a un autre excellent que vous devriez voir dans la parodie pour Saturday Night Live, du "Portrait de la jeune fille en feu".

Charlotte Lipinska : "comme un bonbon acidulé qui laisse un goût amer…"

"Moi, je trouve que le film rate complètement sa cible. Formellement, on peut parler d'un bonbon acidulé. Mais, moi, il m'a laissé un goût vraiment amer. 

Alors oui, dans la première partie, il y a de l'ironie, il y a de l'humour noir, même si l'emballage consiste dans les couleurs pastels, parce qu'elle ne s'habille qu'avec des tenues de petite fille de 12 ans, en rose pâle, en mauve et en violet…

Je trouve qu'il y a une vision stéréotypée selon laquelle toute la gente masculine et tous les hommes qui traversent cet écran sont des agresseurs en puissance… Je veux bien qu'une fille très alcoolisée dans un bar, il puisse lui arriver des petites mésaventures, mais enfin, là, c'est systématique… 

Il y a un côté extrêmement programmatique où, pour aider le scénario, toutes les rencontres qu'elle fait, que ce soit un futur petit copain, tous les hommes qui la ramassent dans les bars, les anciens de la fac, voire le père qui est montré comme un pleutre pas possible, il y en n'a quand même pas un pour rattraper l'autre ! Les femmes non plus…

Deuxième point sur lequel le film pose problème : il y a une espèce de complaisance à montrer une rivalité entre les femmes. Et même si c'est assez intéressant, la manière dont elle essaye de dénoncer l'aveuglement, le déni ou les lâchetés du système de la culture du viol, notamment des directeurs de fac qui ont été au courant de l'affaire, mais qui n'ont rien dit parce qu'il ne faut pas trop faire de vagues, là, c'est vraiment intéressant, mais je trouve que ce qu'elle en fait cinématographiquement ne l'est pas. 

Et par ailleurs, ce qui me pose le plus de problème, c'est que le film, finalement, reproduit les schémas qu'il dénonce, à commencer par l'invisibilité des victimes… La première victime dont on parle, c'est Nina, sa meilleure amie à la fac, qui s'est suicidée, dont on ne verra jamais le visage. On ne sait pas qui elle est, qui elle était. 

La fameuse invisibilité des victimes est un sujet très important mais, là, elle est évacuée complètement pour ne servir que la vengeance de Carey Mulligan… 

Le film, s'il démarre assez bien, les dernières 20 minutes, j'ai complètement lâché l'affaire, je trouve ça grotesque !"

Xavier Leherpeur déplore "un regard douteux sur les femmes comme sur les hommes"

XL : "Je suis entièrement d'accord avec mes deux camarades. J'adore "The Nightingale", c'est un grand grand film et on n'a pas besoin de ça pour savoir que c'est un film quand même très problématique, et à plein de points de vue… Tous les mecs sont des ordures en puissance, sauf la copine trans… Ça en dit long sur la symbolique apportée par le film…

Il y a, régulièrement dans le film, des choses qui posent vraiment problème. La scène de la fin est d'une complaisance que je trouve extrêmement douteuse…

Quand elle tombe amoureuse, cette vengeresse et qu'elle baisse la garde, c'est pour aller faire l'idiote sur du Paris Hilton avec son petit copain et bouffer du pop corn devant la télévision et manger des glaces… Elle a des rêves de petites filles immatures. 

Le film a aussi un regard sur les femmes et sur les hommes que je trouve extrêmement douteux

Tout ça, c'est pop mais le personnage n'existe pas avant le film et n'existe pas après le film ! C'est quand même extrêmement drôle, un film de démonstration, faussement provoc et assez rance sur le fond".

Le film

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Promising Young Woman" d'Emeral Fennell

8 min

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