Psycho et santé : comment le stress passé agit-il sur notre organisme aujourd'hui ?

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Psycho et santé : comment le stress passé agit-il sur notre organisme aujourd'hui ?

Comment les traumatismes de l'enfance affectent notre santé aujourd'hui ?
Comment les traumatismes de l'enfance affectent notre santé aujourd'hui ?
© Getty - Natalie Board / EyeEm

Sommes-nous condamnés à subir les évènements advenus dans notre enfance dans notre corps ? Les traumatismes anciens ont-ils forcément des conséquences sur notre santé ? Sommes-nous tous égaux face à eux ? Les réponses de nos spécialistes.

Cyril Tarquinio, professeur de psychologie clinique et psychologie de la santé et Patrick Lemoine, psychiatre, docteur en neurosciences étaient les invités de Grand bien vous fasse. Au micro d’Ali Rebeihi, ils ont évoqué les effets de l’adversité dans l’enfance sur notre corps.

Corps et esprit : la recherche confirme le bon sens populaire

Cyril Tarquinio : "Le bon sens populaire disait qu'il ne fallait pas se faire « de mauvais sang ». Tandis que la recherche scientifique avait des réticences à prendre l’aspect émotionnel des maladies en compte, et à inscrire les maux dans une perspective historique. Elle se refusait à prendre le patient dans sa globalité. Mais depuis, des travaux sérieux ont émergé, et mis en évidence des données étonnantes qui ont fait tomber de leur chaise les chercheurs.

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Non seulement, il existe une relation de causalité, mais plus encore une relation de cause à effet. Plus on est confronté à des événements difficiles durant l'enfance plus les conséquences en termes de santé physique vont être importantes adulte.

Cette dimension nouvelle oblige à penser la santé des êtres en des termes nouveaux. La coupure corps/esprit est totalement dépassée."

Baptiste Beaulieu l’a lui-même constaté : "En tant que médecin généraliste, je vois tous les jours ce que le vécu traumatique peut engendrer comme maladies physiques."

Patrick Lemoine est d’accord, mais estime "qu'on peut aussi parler des événements heureux qui modifient également notre santé."

Grand bien vous fasse !
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La mémoire est parfois impliquée. Souvent le traumatisme à l'origine d'une pathologie est très ancien, parfois il a été oublié et parfois, même, il a été vécu par procuration. Comme l'explique Patrick Lemoine "une mutation, un traumatisme peut être transmis à la descendance".

Le mécanisme de l’action du stress sur le corps

Cyril Tarquinio prend une image : "Les chenilles ne sont pas belles, mais sous l’effet du soleil et de la chaleur, elle se transforme en papillon. Entre le papillon et la chenille, le patrimoine génétique est le même. Sauf que certains gènes se sont révélés, et pas d’autres. Imaginons que certains gènes ne déterminent pas la couleur des ailes, mais permettent de réguler les hormones de stress. Imaginons qu'il n'y ait plus rien pour réguler les hormones de stress. C’est ce qui advient aux victimes de traumatismes.

Le fait d'être confronté à des événements violents génèrent de la détresse, et rend dysfonctionnel cette partie de notre organisme déterminée par des gènes, qui régule la physiologie du stress. Toute sa vie, la personne va baigner dans une « soupe d'hormones » de stress."

Des conséquences parfois terribles

Quelle sont les conséquences d’une exposition à un stress ? Pour Cyril Tarquinio "c'est terrible. Quand j'étais étudiant, on a étudié deux groupes de souris. L’un des cellules cancéreuses, l'autre, sans. Le premier groupe, était laissé tranquille. Le deuxième groupe se faisait stresser. On avait pris soin de doser les cellules cancéreuses en amont. Quelques semaines après, on a fait un dosage. Les groupes de souris stressées avaient développé 3 à 4 fois plus de cellules cancéreuses. 

Ça ne veut pas dire que le stress provoque le cancer, mais le stress a un effet sur le système immunitaire qui devient moins efficient

Un environnement pathogène violent génère des états émotionnels qui conduisent à un dysfonctionnement de notre organisme qui n'est plus capable de réguler. Je ne parle même pas du versant psychologique !"

Mais ce n’est pas automatique

Toutes les maladies n’ont pas une origine psychologique. Et surtout, ajoute Patrick Lemoine "une autre expérience a montré que si on donne aux rats des moyens de contrôle, on réduit le risque d'infection, ou de cancer. Toutes les maladies ne sont pas liées au stress, et à la psychologie."

Cyril Tarquinio confirme : "On connait tous des personnes au passé difficile qui vont bien. Mais parce qu’elles ont trouvé de la ressource dans leur environnement : des gens se sont occupés d'eux, les ont aimés, et les ont aidés. Ce sont les fameux tuteurs de résilience de Boris Cyrulnik. Ainsi, ils ont repris le contrôle de leur vie. Des événements de vie qui auraient pu être pathogènes ont été transcendés, et transformés en force de vie. C'est un message d'espoir. »

Nous ne sommes pas tous égaux

Cyril Tarquinio : "Notre histoire de vie donne une interprétation, une texture aux événements auxquels nous sommes confrontés. Cela peut parfois générer des états émotionnels qui dépassent nos capacités d'adaptation. Nos ressources sont débordées. On n'arrive plus à faire face, et cela conduit à des processus psychiques, physiologiques qui vont s'exprimer de différentes manières. C’est le psychotraumatisme. Il peut prendre la forme de douleurs chroniques, de conduites addictives, des troubles dissociatifs, des troubles proches de formes d'épilepsie…

Et cela dépend des gens. Si on prend tous le départ du semi-marathon de Paris, on n'aura pas les mêmes performances. Il existe des composantes intra-personnelles qui feront que l’on trouvera, ou pas, les ressources dans l'environnement social, à l'intérieur de soi, dans ses croyances, dans sa spiritualité, dans la famille… Donc c’est un ensemble de paramètres qui vont pondérer les impacts des événements traumatisants. C'est pourquoi, dans une même famille, des jumeaux confrontés à un même environnement violent, ou de maltraitance, ne vont pas avoir les mêmes réactions. 

Nous sommes très inégaux face aux psychotraumatismes

Surtout, cela veut dire que personne ne peut dire à priori ce qui va faire trauma chez l'un et chez l'autre. C’est pourquoi, il faut cesser avec ces jugements qui consistent à dire que qu’insulter, toucher les fesses, faire des blagues sexistes… est anodin. Mais non, cela dépend à qui cela s'adresse, et comment cela peut résonner dans une histoire de vie. Il serait temps que la société soit beaucoup plus ouverte et comprenne à quel point ce type de phénomènes peut parfois bouleverser."