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Qu'est-ce que le campus cyber, inauguré ce mardi à la Défense ?

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Le campus cyber est installé à La Défense et sera inauguré mardi après-midi par le chef de l'État Emmanuel Macron.
Le campus cyber est installé à La Défense et sera inauguré mardi après-midi par le chef de l'État Emmanuel Macron.
© AFP - Hans Lucas / Eric Beracassat

Lieu "unique" en Europe d'après ses fondateurs, le campus cyber doit réunir à terme plus de 1.600 personnes au sein d'un même lieu à La Défense près de Paris. Il regroupera à la fois des entreprises du secteur de la cybersécurité et des acteurs publics (police, gendarmerie, Anssi, etc.)

Il est inauguré en grande pompe mardi après-midi en présence du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Voulu par Emmanuel Macron, le "campus cyber" doit réunir à partir de ce mois de février tous les acteurs de la cybersécurité en France dans une grande tour de 26.000 mètres carrés à la Défense, près de Paris. Le projet initial est de réunir, au même endroit, des représentants d'entreprises de cybersécurité, des services de l'État, des instituts de recherche comme l'Inria et des écoles spécialisées.  

Quelle est la genèse de ce campus ? 

C'est le chef de l'État qui a initié le projet il y a maintenant trois ans et a "affirmé cette volonté de créer un campus cyber en France", explique à France Inter Michel Van Den Berghe, son président, ancien directeur général d'Orange cyberdéfense. En juillet 2019, Édouard Philippe nomme ce dernier pour réaliser une étude d'opportunité auprès des acteurs du secteur et proposer à l'État "différents scénarios d'emplacements et de façon de l'organiser". Il s'inspire, dans une certaine mesure, des sites israéliens de Beer-Sheva ou de Skolkovo, la "Silicon Valley russe". Le projet, validé à l'automne 2020, est retardé par la pandémie jusqu'à son inauguration ce mardi. 

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Comment est-il composé ? 

Ce campus cyber, porté par le secteur privé et soutenu par l'État, devrait regrouper, à terme, entre 1.600 et 1.700 personnes dans un seul et même lieu, sur treize étages. 30% des espaces sont loués par des grands industriels de la cybersécurité, 30% représentent des espaces collaboratifs à destination de sociétés, associations du secteur, 20% ont été sous-loués par l'État (l'Agence nationale de la sécurité informatique (Anssi), le ministère de l'Intérieur, le ministère des Armées ou bien l'Inria), 10% correspondent aux écoles et à la formation et 10% d'espaces évènementiels (auditorium, forum, etc.).

Côté privé, le campus cyber va regrouper à la fois des entreprises qui produisent des outils de cybersécurité mais aussi des entreprises de secteurs sensibles (banques, transports, énergie, etc.) qui nécessitent une surveillance particulière. Côté public, l'Agence nationale de la sécurité informatique (Anssi) occupera un étage entier avec environ 80 personnels. La DGSI sera présente à hauteur de 35 postes, ainsi que les services de police (15 postes) et de gendarmerie (entre 40 et 50 personnels) spécialisés.  

Quels sont ses objectifs ? 

L'objectif est de faire de ce lieu le navire amiral de la cybersécurité française en rassemblant sur un même site ses principaux acteurs en en faisant un lieu d'innovation, d'échanges et de projets, dans un secteur devenu stratégique avec la numérisation croissante de la société. "Ce campus va servir à ce que les Français puissent avoir une vie numérique paisible, à créer une société numérique de confiance. Internet, ce n'est pas le pays de Candy et on doit travailler pour ça", détaille Michel Van Den Berghe. Mais cette tour ne sera pas un centre de pilotage des opérations de cyberdéfense, précisent des acteurs du dossier. 

"L'idée, c'est de susciter des créations, des coopérations et de l'information", précise Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité et conseil auprès de Michel Van Den Berghe dans l'élaboration du projet. "Peut-être des créations, de nouveaux services ou nouvelles activités, des formations en fonction des besoins et, de l'échange d'information, notamment en cas de crises cyber de grande ampleur. C'est quand même plus simple quand une partie de l'écosystème est physiquement dans le même lieu", poursuit-il.  

Autres objectifs, fixés par le gouvernement : parvenir en quelques années à tripler le chiffre d'affaires de la filière française de cybersécurité à 25 milliards d'euros, doubler le nombre d'emplois, et faire émerger trois licornes (société valant plus d'un milliard de dollars) dans le secteur. "C'est ça qu'il faut travailler ensemble : nous avons énormément de startups, il faut qu'on les aide à s'internationaliser sans forcément qu'elles se délocalisent", estime Michel Van Den Berghe. Le campus cyber disposera notamment d'un incubateur pour jeunes pousses, avec objectif de lancer une dizaine de start-up chaque année. "Mais il ne s'agit pas de seulement créer une pépinière d'entreprise", précise Nicolas Arpagian. 

Y a-t-il un risque de concurrence déloyale entre les entreprises ? 

"Travailler ensemble, partager son expertise, c'est parfois limiter son avantage concurrentiel", reconnaît Michel Van Den Berghe. "La ressource humaine est rare, et en la mettant au même endroit, on avait effectivement peur que tout le monde se l'arrache." Pour éviter cela, le campus cyber s'est doté d'une charte "pour éviter des débauchages intempestifs d'une entreprise à l'autre".  

Quel est l'intérêt pour la police ou la gendarmerie ?

Pour le général de division Marc Boget, commandant de la gendarmerie dans le cyberespace, ce campus devrait permettre d'installer une "synergie opérationnelle" permettant de "partager l'état de la menace avec le monde industriel, de réfléchir sur la protection de nos systèmes, de travailler avec les sociétés de remédiation" et appelle de ses vœux une "dynamique d'innovation".

"Il faut parfois un niveau d'expertise de très haut niveau pour contrer certaines attaques et, si j'ai la chance d'avoir des ingénieurs capables de le faire au sein de mes équipes, il faut en permanence se former. En cela, le campus cyber va offrir toutes les clés de la formation à la recherche et développement", abonde auprès de France Inter le général de division Marc Boget. "Idem pour la partie prévention. Enfin, on a aussi accès à la recherche, à travers ce campus cyber, et aux menaces de demain."

Quelles menaces ce campus peut-il permettre d'éviter ? 

"Il y a quatre grandes typologies de menaces", liste Michel Van Den Berghe. "La cybercriminalité pour récupérer de l'argent, l'atteinte à l'image des entreprises, l'espionnage et les attaques liées à du sabotage." Selon le président de ce nouveau campus cyber, la proximité géographique et la concentration de ces différents acteurs ne pourra qu'accentuer la complémentarité. 

Qui finance ce campus cyber ? 

Le campus cyber s'inscrit dans le plan "cybersécurité" d'un milliard d'euros, dont 720 millions d'euros de fonds publics, annoncé par l'exécutif il y a un an. Les acteurs présents dans la tour paient un loyer à la société gestionnaire de l'immeuble, une société par actions simplifiée dont 56% du capital est détenu par des acteurs privés, et 44% par l'État.

Projet privé soutenu par les pouvoirs publics (État, région Île-de-France, BPI France), dans le cadre d'une société par actions simplifiée, son capital devrait prochainement atteindre les 12 millions d'euros. Michel Van Den Berghe espère aussi faire émerger d'autres ressources en commercialisant certaines prestations (exercices de gestion de crise, accès à des bases de données, lettre d'information, locations au sein du bâtiment).