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Quand Banksy appelle à piller une boutique de vêtements qui utilise l'une de ses œuvres sans autorisation

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Banksy est très vigilant sur l'utilisation de ses oeuvres... mais est confronté à son propre anonymat
Banksy est très vigilant sur l'utilisation de ses oeuvres... mais est confronté à son propre anonymat
© AFP - Miguel MEDINA

L'artiste Banksy, dont l'identité est toujours secrète, a posté une image sur les réseaux sociaux ce week-end, sur laquelle il appelle les voleurs à l'étalage à piller la boutique Guess de Londres. En cause, une vitrine utilisant l'une des œuvres de l'artiste, sans son autorisation.

"Ils se sont servis de mon travail sans me demander l'autorisation, en quoi pourrait-on vous reprocher de faire de même avec leurs vêtements ?" : ce n'est pas parce que Banksy reste, depuis des années, encore et toujours un artiste anonyme, que ses œuvres n'appartiennent à personne. C'est en tout cas ce qu'essaie de défendre l'artiste sur les réseaux sociaux, en pointant régulièrement des utilisations non autorisées de son travail.

Dans le viseur de Banksy : une collection de la marque Guess créée en collaboration avec Brandalised, une agence qui propose de mettre sur des vêtements ou des objets de décoration des œuvres de street-art célèbres. La collection Guess présente donc, parmi ses pièces, des travaux de Banksy. Et en vitrine de l'une de ses boutiques de Londres, la marque a affiché l'un des visuels les plus célèbres de l'artiste, son "Flower Thrower", l'homme qui jette un bouquet de fleurs comme on pourrait jeter un cocktail Molotov.

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Coup de pub ou faux accord ?

Après l'appel lancé par Banksy, l'entreprise Guess n'a pas réagi officiellement, mais elle a fermé sa boutique de Régent Street à Londres, celle qui était en photo sur le fil Instagram de l'artiste, et a recouvert la vitrine de papier blanc. "Brandalised affirme avoir le droit de commercialiser et d'utiliser l'œuvre de Banksy", a expliqué à la BBC Liz Ward, avocate en propriété intellectuelle. Problème : comme on ne sait pas qui est Banksy, on ne sait pas vraiment si l'artiste a réellement donné son accord – ou même s'il a connaissance de ce contrat.

En d'autres termes, soit Bansky s'offre un énorme coup de pub avec cet appel à piller un magasin avec lequel il a pourtant conclu indirectement un accord, soit la marque Guess a effectivement fait produire ces vêtements et décorations de vêtements sans autorisation... ou en pensant avoir une autorisation qui en réalité n'était pas authentique.

"Banksy ne fait pas de merchandising"

Sur Internet, le site "Pest Control" se présente comme la société affiliée à Banksy permettant, notamment pour les collectionneurs d'art, d'authentifier si une œuvre est un vrai Banksy et si l'artiste en a autorisé la vente – car de nombreux Banksy volés circulent aussi sur le marché de l'art. On peut y lire : "Banksy fait de l'art (...). Le merchandising, c'est prendre une œuvre d'art et la mettre sur un cadre photo ou dans un dévideur de papier toilette. Banksy ne fait pas de merchandising. Donc, étrangement, si quelque chose ressemble à un "produit Banksy", ce n'en est probablement pas un".

Ce genre de situation n'est pas une première : en 2018, un lieu bruxellois de Street Art avait été contraint de fermer une exposition dédiée aux œuvres de Banksy. L'exposition était organisée par une agence allemande, qui l'avait planifiée sans autorisation. Résultat, les œuvres de l'exposition ont été mises sous séquestre et le lieu a fermé l'exposition au bout de quelques jours. Selon le site de l'artiste, aucune exposition "officielle" des œuvres Banksy n'est payante – l'exposition présentée à Paris depuis plusieurs années n'est donc pas officielle.

Banksy peut-il protéger ses visuels ?

Mais la situation est encore plus difficile pour Banksy en raison de l'anonymat de l'artiste : si celui-ci veut vraiment préserver son identité... il ne peut pas porter plainte. En 2020, la situation était même plus délicate : dans un conflit qui l'opposait à un éditeur de cartes de vœux (pour le même visuel "Flower Thrower"), Banksy s'est vu refuser par l'Office européen de la propriété intellectuelle la protection du visuel comme une marque déposée, au titre du fait qu'il restait anonyme. "Banksy a choisi de rester anonyme et, le plus souvent, de peindre des graffitis sur la propriété d’autres personnes sans leur permission, plutôt que de les peindre sur des toiles ou sur sa propre propriété", déclarait même cet office.

Finalement, la semaine dernière selon The Art Newspaper, Banksy a pu conserver ses droits auprès de l'Office européen de la propriété intellectuelle sur l'une de ses créations, le pochoir montrant un singe qui porte un panneau publicitaire sur ses épaules.