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Quand des victimes du 13 novembre se sentent maltraitées par le Fonds de garantie

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Hommage aux victimes des attentats du 13 nombre 2015 devant le Bataclan à Paris
Hommage aux victimes des attentats du 13 nombre 2015 devant le Bataclan à Paris
© AFP - Alaattin Dogru

Dans cinq mois désormais (le 8 septembre prochain), s'ouvrira le procès des attentats du 13 novembre à Paris. Étape importante pour les accusés et les 1 800 personnes qui se sont portées parties civiles. Mais pour de nombreuses victimes, les principaux enjeux sont ailleurs, dans la reconnaissance de leurs préjudices.

Le 13 novembre 2015, Émilie, 39 ans (son prénom a été changé) était en terrasse avec ses plus proches amis. Plusieurs d’entre eux sont décédés. Elle a survécu sans blessure physique, mais avec de nombreuses séquelles psychologiques. De celles que l’on retrouve souvent chez les victimes des attentats du 13 novembre 2015 : cauchemars violents et troubles du sommeil, difficultés à être dans une foule, par exemple. S’y ajoute le poids du deuil de ceux qu’elle a perdu ce jour-là, aussi.  

Comme 2 688 autres victimes du 13 novembre 2015, Émilie a demandé une indemnisation auprès du Fonds de garantie des victimes (dont la mission est de prendre en charge les victimes d’attentats mais aussi de crimes de droit commun). Dans le cadre de ce processus d’indemnisation, elle a été expertisée, en janvier dernier, par un psychiatre chargé d’évaluer ses préjudices et leurs degrés. 

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Des expertises difficiles à vivre

Moment difficile que cette expertise, “totalement dénuée d’empathie”, selon Emilie. “C’était ignoble, j’en sortais lessivé avec un goût de rouille dans la bouche”, “on a l’impression d’être traitées comme des victimes d’un simple sinistre”, nous ont confié d’autres victimes de ces attentats. “C’est une épreuve nécessaire, modère Me Frédéric Bibal, avocat de plusieurs victimes du 13 novembre, “il faut bien, à un moment donné, constater les choses. Mais il y a un excès de rigorisme qui fait que les gens se sentent remis en cause dans ce qu’ils ont livré. C’est vécu comme une forme de violence procédurale”. 

À l’issue de cette expertise, Émilie reçoit cependant un rapport avec des conclusions dont elle se sent, dans l’ensemble, plutôt en accord. Cela aurait donc pu s’arrêter là pour cette Parisienne qui aspire désormais à se concentrer sur le procès pénal (prévu à partir du 8 septembre).

Des observations inattendues

Mais c’était sans compter sur une nouvelle étape, que les avocats de parties civiles n’avaient jusqu'alors jamais rencontrée. Ainsi, Émilie a reçu un deuxième rapport, de la part d’un médecin qu’elle n’a pourtant jamais rencontré, livrant “des arguments qui cherchent à minimiser l’impact des attentats sur ma vie", témoigne Emilie. "On m’explique que ce serait plutôt le fait d’être jeune maman par exemple qui expliquerait que je ne parvienne plus à fréquenter des terrasses. Et ça me paraît tellement sans fondement que les bras m’en tombent”, ajoute-t-elle. Aujourd'hui, cette mère de deux filles se dit “en colère” face au “double discours très fort” entre un discours de l’État très en faveur du soutien aux victimes d’attentats et “le sentiment de ne pas être du tout sécurisée en réalité” : “Ce n’est pas possible d’être traitée ainsi en tant que victime”. 

Cinq ans après les attentats du 13 novembre, le dossier d’Émilie est donc toujours en cours devant le Fonds de garantie. Celui-ci répond de son côté que “la bienveillance” est au coeur de son mode de fonctionnement. Il assure également que le principe du recours à un deuxième médecin expert n’est “ni nouveau, ni systématique”. Et ajoute que si ce dernier ne rencontre pas les victimes sur les préjudices desquelles il émet des observations, c’est en raison de la crise sanitaire.

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