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Quand la NASA s'inspire du film "Armageddon" pour dévier un astéroïde

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La NASA prévoit de faire s'écraser un vaisseau spatial voyageant à 15 000 milles à l'heure (24 000 km/h) sur un astéroïde dans le cadre d'un test de "défense planétaire".
La NASA prévoit de faire s'écraser un vaisseau spatial voyageant à 15 000 milles à l'heure (24 000 km/h) sur un astéroïde dans le cadre d'un test de "défense planétaire".
© AFP - Nasa

La NASA va lancer la mission DART dans la nuit de mardi à mercredi. Il s'agit de projeter sur un astéroïde un percuteur afin de dévier sa trajectoire. Il s'agit du premier volet d'une mission américano-européenne de "défense planétaire". Un scénario qui s'inspire du film Armageddon.

C'est l'un des grands fantasmes des amateurs de sensations fortes : la destruction de la Terre par un astéroïde menaçant de croiser sa trajectoire. Hollywood en a tiré l'un des blockbusters les plus fameux, "Armageddon". Bruce Willis et Ben Affleck sont envoyés pour faire exploser l'astéroïde et éloigner la menace. Dans la vraie vie, la "défense planétaire" est un programme des plus sérieux sur lequel les Européens ont planché il y a une vingtaine d'années. À l'époque, "on avait proposé une mission de deux satellites baptisée Don Quichotte. Hidalgo était le percuteur et Sancho le témoin de la collision", raconte l'astrophysicien Patrick Michel. Sans financement, l'idée était restée dans les cartons, mais régulièrement citée comme intéressante. Finalement, la NASA mais aussi l'Agence spatiale européenne et l'agence japonaise ont décidé d'investir dans DART, doublé d'HERA. 

La sonde DART décollera de Californie le 23 novembre à 22 heures (heure américaine, il sera 7 heures en France) à bord d'une fusée Falcon 9 de Space X. Il n'y aura pas d'hommes bodybuildés à bord mais un simple petit satellite, qui, une fois arrivé à destination, percutera un astéroïde afin de modifier sa trajectoire. En 2024, une deuxième sonde sera lancée pour étudier l'impact a posteriori. "Ce sera le témoin de la scène de crime", s'amuse Patrick Michel, responsable de ce projet à l'ESA. 

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Percuter et dévier un tout petit objet

L'astéroïde cible est plutôt modeste. Il est situé à 11 millions de kilomètres de la Terre et a la particularité d'être double. Le plus gros corps fait 800 m de diamètre, appelé Dydimos, quand sa petite lune Dimorphos mesure 160 mètres. C'est elle la vraie cible du choc. Après dix mois de voyage, la sonde entrainée par sa propre vitesse et son poids va donc percuter l'astéroïde et transférer son énergie à l'objectif. De combien et comment ? Ceux qui ont conçu ce projet n'en savent rien. Mais c'est parce qu'ils espèrent une conséquence modeste que les chercheurs ont choisi de percuter la petite lune et non le corps principal de l'astéroïde. 

Suivant qu'il y a un impact ou pas, des éjections de matières ou pas, le résultat sera différent. Or à ce jour, les chercheurs savent peu de chose sur le caillou choisi, en tous cas rien de sa structure interne. DART va t-elle s'enfoncer comme dans de la neige ou percuter une surface dure ? Les images à distance ne le disent pas et les récentes missions spatiales d'études d'astéroïdes (Hayabusa2, Osiris Rex) ont révélé leur grande variété. Mais même si ce test se fait à l'aveugle, ils sont pratiquement sûrs que l'impact va modifier la trajectoire de l'astéroïde.

"Le risque est concret mais on n'a aucune raison de s'inquiéter. Aucun objet ne nous menace à notre connaissance. Cela reste un phénomène à très faible probabilité mais quand il se concrétise, les conséquences sont grandes. L'avantage, c'est que l'on peut maitriser le risque avec des moyens raisonnables et réalisables. On est donc en train de les mettre en œuvre" ajoute Patrick Michel. On prépare selon lui l'avenir en se constituant une assurance-vie. C'est un peu comme si on préparait le plan de défense pour le jour où on en aurait besoin.  

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Risque faible mais encore mal connu

Le choix d'une petite cible s'explique parce que les gros objets de plus d'un kilomètre de diamètre n'ont une probabilité de croiser l'orbite de la terre qu'une fois tous les 500 000 ans. Ils sont tous répertoriés. Aucun ne représente une menace pour l'instant. En revanche, seuls 40% des objets de 140 mètre de diamètre et moins sont identifiés. "C'est la taille seuil pour faire des catastrophes à l'échelle d'une région ou d'un pays", détaille l'astronome de l'Observatoire de la Côte d'Azur. La NASA poursuit donc l'inventaire afin de le compléter et teste les moyens de les dévier en cas de nécessité.

Les scientifiques et ingénieurs, jamais à court d'idées, ont imaginé de doter le satellite DART d'un mouchard. Il embarque LICIACube, un nanosatellite équipé d'une caméra qui prendra des images au moment de l'impact. Cela permettra d'en savoir plus sur la structure interne de Dimorphos. Structure que plus tard Hera détaillera grâce à son radar.