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Quand la réalité virtuelle se met au service de la lutte contre les violences conjugales

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Avec ce film, le spectateur est plongé en immersion dans la salle à manger d'une famille
Avec ce film, le spectateur est plongé en immersion dans la salle à manger d'une famille
- Ministère de la Justice

Un casque de réalité virtuelle permettant aux auteurs de violences conjugales de se mettre à la place de leur victime va être expérimenté à compter du mois prochain auprès d'une trentaine de détenus. Le ministère de la Justice espère que ce nouvel outil permettra de limiter la récidive.

Déjà utilisée pour sensibiliser au harcèlement en entreprise et à l'école, ou encore pour faire de la prévention contre les incendies, la réalité virtuelle peut-elle devenir un outil supplémentaire pour endiguer le fléau des violences conjugales ? Le ministère de la Justice travaille sur un dispositif inédit, qui sera expérimenté à partir de début octobre : un casque de réalité virtuelle, censé permettre aux auteurs de violences de se mettre à la place de leur victime et ainsi limiter les risques de récidive

Déconstruire le cycle de la violence

Pendant douze minutes, le spectateur se retrouve plongé en immersion dans la salle à manger d'un couple, qu'il voit évoluer sur plusieurs années : l'attente du premier enfant, un dîner ordinaire, un repas avec des amis… Au fil des sept séquences, la violence s'installe. D'abord verbale, puis physique. Le scénario effleure aussi les questions de l'emprise, de l'isolement progressif, du contrôle obsessionnel. 

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La réalité virtuelle permet au spectateur de se mettre tour à tour dans la peau du conjoint violent, de sa compagne et de leur petit garçon. Un renversement des points de vue dont le but est de susciter, chez l'auteur de violences conjugales, de l'empathie pour sa victime et par ce biais une prise de conscience. "Il est extrêmement important qu'il puisse comprendre ce qui s'est passé, pour reconnaitre le cycle de la violence, le déconstruire et le remplacer par la parole, afin de lutter contre la récidive", explique Guillaume Clère, fondateur et président de la start-up lyonnaise Reverto. 

Ce casque permet au spectateur une totale immersion dans le film qui lui est projeté
Ce casque permet au spectateur une totale immersion dans le film qui lui est projeté
© Radio France - Lorélie Carrive

Phase de test auprès d'une trentaine de détenus

La phase de test, prévue pour durer un an, débutera le mois prochain à Lyon, Meaux (avec des personnes condamnées et suivies en milieu ouvert) et Villepinte (en milieu fermé). Elle concernera une trentaine de personnes. Des chercheurs indépendants seront chargés d'évaluer l'efficacité de ce nouvel outil, en comparant l'évolution des détenus avec celle d'un groupe témoin.

"Le public cible a été sélectionné selon certains critères", explique Géraud de la Brosse, qui pilote le projet au sein de la Direction de l'administration pénitentiaire. "D'abord le consentement des personnes. On a aussi sélectionné des profils avec un fort risque de récidive." Ceux présentant des troubles psychiatriques, de type paranoïa ou schizophrénie ont en revanche été écartés. 

Un projet similaire a été lancé en 2019 en Espagne, sous forme de jeu vidéo. Il est expérimenté à la prison de Tarragone.