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Quand les chercheurs étudient notre évolution grâce à la plaque dentaire des hommes préhistoriques

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Neandertal, comme homo sapiens, consommaient des tubercules qui contiennent de l'amidon (comme ici des ignames)
Neandertal, comme homo sapiens, consommaient des tubercules qui contiennent de l'amidon (comme ici des ignames)
© Maxppp - 6PA / Laurence Mouton

Grâce à l'ADN des bactéries que l'on a retrouvé dans la plaque dentaire des hommes préhistoriques, on peut savoir comment ils se nourrissaient et émettre des hypothèses quant à leur évolution.

Le séquençage de l'ADN ancien ne cesse de progresser. Au point qu'on peut maintenant savoir quelles bactéries étaient présentes dans la bouche des hommes préhistoriques, mais aussi de nos cousins les Néandertaliens. 

Une équipe internationale de chercheurs, affiliés notamment à l' Institut Max Planck, a réussi à analyser la plaque dentaire de 124 individus (hominidés et primates) dont quatre Néandertaliens. Jamais la technique n'avait permis de remonter aussi loin, 100 000 ans en arrière, et de dénicher les bactéries encore présentes. Le séquençage de milliers de bactéries est une prouesse technique. Elle a permis de découvrir des espèces dont la fonction n'est pas connue. Ces bactéries commensales servaient-elles pour digérer certains aliments ou pour assurer le bon état sanitaire de l'individu ? Ce sont les études à venir qui permettront d'y voir plus clair. 

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Les bactéries piégées dans la plaque dentaire

Ces bactéries, comparées à celles de l'homme moderne et à d'autres primates, révèlent de nouvelles informations sur le régime alimentaire de Neandertal. Et surtout, elles ont pu jouer un rôle majeur dans l'évolution. Isabelle Crèvecœur est paléo anthropologue au CNRS et coauteure de l'étude publiée dans PNAS, les comptes rendus de l'Académie des Sciences américaine : "Au fur et à mesure de la vie, on a des dépôts qui se font sur l'émail des dents et qui vont piéger à la fois des petits fragments d'aliments que l'on consomme, mais aussi les bactéries qui vivent dans notre bouche, avec lesquelles nous sommes en symbiose". 

Des milliers d'espèces de bactéries différentes sont apparues, et double surprise : d'une part, certaines sont inconnues à ce jour et on ne sait pas à quoi elles servent pour celui qui les abrite, mais, surtout, le microbiome oral de Neandertal et celui de l'homme actuel sont très similaires.

Le rôle de l'amidon

"L'étude a mis en évidence la présence de streptococcus, des bactéries qui sont favorisées par la consommation d'amidon", décrit la chercheuse. "Donc c'est une signature supplémentaire qui vient renforcer l'idée que Neandertal, comme homo sapiens, consommait des tubercules, des graines qui préservent cet amidon". 

L'amidon est une source d'énergie que ces hommes préhistoriques ont su identifier dans leur milieu. Parce qu'on ne retrouve pas cette bactérie capable de digérer l'amidon chez les autres primates, ces chercheurs émettent l'hypothèse suivante : le régime alimentaire avec graines et tubercules a peut-être contribué au développement du cerveau chez les hominidés.    

Pour Isabelle Crèvecœur, "c'est un champ qui s'ouvre pour essayer de comprendre ce microbiote oral antérieur à l'industrialisation et l'arrivée des antibiotiques. On ne peut pas se baser sur ce que l'on connait actuellement pour comprendre l'histoire évolutive de ce microbiote . Il faut passer par les individus fossiles." A ce titre, son apport dans l'équipe internationale qui publie cette étude est majeur: c'est en travaillant sur des collections anciennes de fossiles conservés en Belgique qu'elle a découvert deux spécimens particulièrement dont le tartre dentaire n'avait pas été endommagé au cours des années. Les dents analysées proviennent de l'homme de Spy  et d'un autre néandertalien issu des grottes de Goyet.