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Quand une agence artistique tente de faire le trait d'union entre comédiens handicapés et réalisateurs

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Olivier Couder, fondateur de l'Agence du Cristal, accompagné par deux comédiens qu'il représente.
Olivier Couder, fondateur de l'Agence du Cristal, accompagné par deux comédiens qu'il représente.
© Radio France

Décrocher un rôle à la télévision ou au cinéma n'est pas chose aisée, encore moins lorsqu'on est autiste, paraplégique ou porteur de trisomie 21. L'agence artistique du Cristal, qui représente uniquement des comédiens en situation de handicap, aide à lutter contre les préjugés.

Les chiffres sont têtus, il est, encore et toujours, plus difficile de trouver un emploi pour une personne handicapée. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap, en cette semaine européenne de l'emploi des personnes handicapées, reste presque deux fois plus élevé que celui des valides, d’après le dernier rapport de l’Agefiph, association qui lutte pour leur insertion professionnelle. Un constat d’autant plus vrai dans le monde de l’audiovisuel, où il n’est pas rare de voir des rôles de personnes handicapées interprétés par des comédiens valides.

Face à cet état des lieux, Olivier Couder a décidé de créer en 2020 une agence qui représente uniquement des comédiens handicapés : l’Agence artistique du Cristal, située dans le Val d’Oise à Eragny. Pour l’heure, le catalogue rassemble 18 talents. Pour certains, leur handicap est visible, d’autres non. Le site de l’agence présente leurs photos, leur âge et leur CV, sans aucune mention du handicap des comédiens.

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Peu de comédiens handicapés

"C’est une question de santé, de vie privée", souligne Olivier Couder, créateur de cette agence. Or, le monde de la culture reste peu inclusif à ses yeux : "On parle beaucoup du handicap au cinéma, de plus en plus et c’est heureux, car c'est une question qui traverse l’ensemble du corps social. Mais le problème, c’est qu’on a peu recours aux personnes en situation de handicap pour jouer leur propre rôle et encore moins pour jouer des rôles quels qu’ils soient", regrette-t-il. "Dans le monde anglo-saxon, cela fait très longtemps qu’il existe des agences spécialisées dans le handicap. En Angleterre, il y en a au moins une dizaine."

En France, la marge de progression est énorme, d'après le gendarme de l'audiovisuel, l'Arcom (ex-CSA) : les personnes handicapées représentent seulement 0,6% des individus visibles à l'écran.

"On peut apporter une grande force de travail"

La voix délicate et les cheveux blonds, le handicap d’ Elea Folcher est invisible. Cette comédienne de 36 ans, atteinte de dyspraxie, n’oserait pas participer à des castings sans l’aide de l’agence. "On est obligé de donner plus pour que les réalisateurs aient confiance en nous. Je trouve ça injuste. Moi, je pense que je peux apporter une certaine douceur et aussi une grande force de travail." Son collègue, Vincent Chalambert, a d'ailleurs été confronté à de semblables difficultés au début de sa carrière. L’élocution saccadée, le regard fixe, il raconte la méfiance des directeurs de casting vis-à-vis de son handicap mental.

"Pour les premiers films que j’ai faits, les gens au début avaient un peu peur, que je ne sois pas capable de retenir les règles, le texte, qu’il y ait beaucoup de prises, que je fasse des crises sur le plateau, que je me comporte comme un petit enfant…", raconte-t-il. Mais le travail du jeune homme et de son agent a payé. L'an prochain, Vincent Chalambert sera à l'affiche de "La Marginale", une comédie dans laquelle il tiendra le premier rôle aux côtés de Corinne Masiero.