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Quand Vangelis, avant les musiques de film, composait un album de rock expérimental avec Demis Roussos

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Vangelis en 1968 aux claviers du groupe Aphrodite's Child
Vangelis en 1968 aux claviers du groupe Aphrodite's Child
© AFP - Louis Joyeux / Ina

Le compositeur Vangelis est mort jeudi, à l'âge de 79 ans. Connu et reconnu pour sa musique électronique et ses compositions pour le cinéma, il fut aussi, avec le groupe Aphrodite's Child, un artisan du rock progressif, avec l'un des albums les plus sulfureux du début des années 70. Son nom : 666.

"Les Chariots de Feu", "Blade Runner" ou "1492 : Christophe Colomb" : la mort du compositeur grec Vangelis, hier, à l'âge de 79 ans, a été l'occasion de rappeler son influence sur la popularisation de la musique électronique et de la musique pour le cinéma. Mais Vangelis, près de dix ans avant Les Chariots de Feu en 1981, c'est aussi l'un des albums de rock progressif les plus mémorables.

L'Apocalypse en musique

Avant de faire de la musique électronique en solo, Vangelis était dans un groupe dont le nom est plutôt associé à un autre artiste : Aphrodite's Child, dont le chanteur était Demis Roussos, et qui a laissé dans la culture populaire des ballades très estampillées 60s comme "Rain and Tears" ou "It's five o'clock". Avec Lucas Sideras à la batterie, Silver Koulouris aux guitares et… Vangelis aux claviers et à la composition.

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Mais après deux albums orientés pop, le troisième - et dernier - disque du groupe emprunte une voie radicalement différente, celle du rock progressif. Son seul titre suffit à en révéler le caractère sulfureux : il porte le chiffre du diable, "666", en lettres blanches dans un rectangle noir sur fond rouge – un nom qui lui vaudra d'être censuré dans plusieurs pays. Pourtant, il n'est pas question directement de satanisme, mais de mettre en musique l'Apocalypse de Saint-Jean telle qu'elle est racontée dans la bible.

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Morceaux expérimentaux et rock puissant

Pendant près de 90 minutes – une durée inhabituelle pour un album à l'époque – cet album hors format, dont plus d'un tiers sont instrumentaux, retrace le récit de l'Apocalypse selon Saint-Jean. S'ouvrant sur un chœur qui annonce d'entrée de jeu "We got the system, to fuck the system", le disque passe de genre en genre, avec des morceaux de rock progressif qui n'ont rien à envier à Pink Floyd, comme "Aegian Sea"' (La Mer Égée). De véritables pièces expérimentales ("Seven Bowls" ou "The Wakening Beast") s'enchaînent avec des morceaux de rock à la lisière de l'improvisation.

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Il n'y a pas que le titre de l'album qui lui ait valu sa sulfureuse réputation et une censure dans plusieurs pays : sur la pochette, une phrase sème le doute sur le rapport du groupe aux drogues : "Cet album a été enregistré sous l'influence du Sahlep". Sauf que… le salhep est une boisson faite à base de tubercules d'une variété d'orchidée. Rien d'hallucinogène, donc. Mais une belle preuve de l'humour et de l'esprit de dérision d'un album qui paraît très sérieux mais s'amuse aussi avec les codes ("The Beast" ressemble à une parodie de pop des années 70).

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Censures et happenings

Autre aspect de l'album qui a semé le trouble et la controverse : l'un des titres de l'album nommé "∞", un morceau qui porte le nom du symbole infini. Pendant cinq minutes, en répétant une phrase comme un mantra ("I am, I am, I am to come, I was"), l'actrice Irene Papas y développe une transe, accompagnée exclusivement par des percussions, qui a été interprétée par beaucoup comme la simulation d'un orgasme. Ce titre est celui qui a le plus entraîné la censure de l'album… et qui a même failli lui empêcher de voir le jour : sa première version durait 39 minutes, et elle a été refusée par la maison de disques Mercury.

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Le disque aurait pu faire parler encore plus de lui si Salvador Dali avait réussi à monter le "happening" qu'il avait proposé pour la sortie de l'album : l'album diffusé dans les rues de Barcelone pendant 24 heures, accompagné par des soldats en uniforme nazi, des cygnes prêts à exploser au-dessus de la Sagrada Familia et un bombardement d'hippopotames, d'éléphants et d'archevêques sur la cathédrale. Une performance qui évidemment, n'a jamais vu le jour, mais qui éclaire un peu plus le caractère fou de cette œuvre, qui n'a pas connu de succès commercial mais est devenue, avec les années, une référence dans l'histoire du rock.