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Quatre questions sur la brutale hausse des tensions entre la Corée du Nord et la Corée du Sud

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Une des salves de missiles de la Corée du Nord a déclenché une alerte au raid aérien sur l'ile sud-coréenne d'Ulleungdo
Une des salves de missiles de la Corée du Nord a déclenché une alerte au raid aérien sur l'ile sud-coréenne d'Ulleungdo
© AFP - JUNG YEON-JE

La Corée du Nord a tiré plusieurs salves de missiles ce mercredi. L'un d'eux est tombé à une cinquantaine de kilomètres des côtes de son voisin sud-coréen. Explications.

La Corée du Nord a tiré ce mercredi de nombreux missiles, dont l'un d'eux a atterri à cinquante kilomètres des côtes de son voisin sud-coréen. C'est du jamais vu depuis 70 ans d'après la Corée du Sud, qui a parlé d'"invasion territoriale", et qui a répliqué par des tirs. On fait le point.

Combien de projectiles ont été tirés ?

La Corée du Nord a effectué au moins 23 tirs de missiles et une centaine de tirs d'artillerie. Le régime a commencé par lancer quatre missiles balistiques de courte portée au petit matin, à 6h51 (heure de Séoul). Deux heures plus tard, à 8h51 Pyongyang a lancé trois missiles du même type. L'un d'eux a franchi la frontière maritime entre les deux pays et a terminé sa course en mer, à seulement 57 kilomètres de la ville sud-coréenne de Sokcho, dans le nord-est.

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D'après l'armée sud-coréenne, c'est la première fois depuis la division de la péninsule en 1953 qu'un missile de Pyongyang tombe si près de ses eaux territoriales. Ce tir a même provoqué une rare alerte au raid aérien dans l'île sud-coréenne d'Ulleungdo, située à environ 120 km à l'est de la péninsule coréenne. Les habitants ont reçu la consigne de se réfugier dans des bunkers.

À 9h12, dix autres missiles du même type ont été lancés. Et à 13h27, toujours selon Séoul, l'armée nord-coréenne a procédé à une centaine de tirs d'artillerie depuis la province de Kangwon, dans le sud-est du pays. Ces tirs étaient dirigés vers l'intérieur de la "zone tampon" frontalière instaurée en 2018 dans l'espoir de réduire les tensions et les risques d'incident armé entre les deux pays. Enfin, un peu avant 19 heures, Pyongyang a tiré six missiles sol-air, destinés à atteindre une cible aérienne, en direction de l'est et de l'ouest, dit l'armée sud-coréenne.

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Comment a réagi la Corée du Sud ?

Séoul a vivement réagi après la deuxième salve de tirs et a tiré trois missiles air-sol près de la frontière maritime intercoréenne. Le président Yoon a ordonné des mesures "rapides et sévères afin que la Corée du Nord paie un prix fort pour ses provocations". "La provocation nord-coréenne est une invasion territoriale de fait par un missile qui a franchi la Ligne de limite du Nord pour la première fois depuis la division" de la péninsule, a déclaré la présidence sud-coréenne dans un communiqué.

La Corée du Sud a également fermé plusieurs routes aériennes au-dessus de la mer du Japon, conseillant aux compagnies aériennes d'effectuer un détour pour "assurer la sécurité des passagers sur les routes en direction des États-Unis et du Japon".

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Ces tirs ont également suscité de vives condamnations sur la scène internationale. La Maison Blanche a critiqué une "dangereuse décision" de Pyongyang. Le président du Conseil européen Charles Michel s'est dit "outré" par le comportement de la Corée du Nord, dénonçant un comportement "agressif" et "irresponsable". Moscou a pour sa part lancé un appel au "calme".

Pourquoi Pyongyang tire ces missiles maintenant ?

Depuis huit semaines, les tensions s'intensifient entre les deux pays. La Corée du Nord réagit ainsi à une démonstration de force de la part de Séoul et Washington, qui organisent actuellement le plus grand exercice aérien conjoint de leur histoire, baptisé "Tempête vigilante". Des centaines d'avions de guerre des deux armées sont mobilisés. Pak Jong Chon, maréchal et secrétaire du Parti des travailleurs au pouvoir en Corée du Nord, a qualifié ces exercices d'"agressifs et provocants", a rapporté mercredi la presse officielle nord-coréenne. Selon lui, le nom de ces manœuvres fait écho à l'opération "Tempête du désert", nom donné aux opérations militaires de la coalition conduite par les États-Unis contre l'Irak en 1991 après l'invasion du Koweït.

"Si les États-Unis et la Corée du Sud tentent d'utiliser leurs forces armées contre la République populaire démocratique de Corée sans crainte, les moyens spéciaux des forces armées de la RPDC accompliront leur mission stratégique sans délai", a déclaré M. Pak, selon l'agence d'Etat KCNA. "Les États-Unis et la Corée du Sud devront (...) payer le prix le plus horrible de l'histoire", a menacé le maréchal.

Pourquoi c'est inquiétant ?

"Les enchères montent dangereusement des deux côtés. Les Nord-coréens répondent à ce que font les Sud-coréens et la Corée du Sud et les États-Unis répondent à ce que fait la Corée du Nord. Je suis inquiet que cela puisse se transformer en la plus grave crise sur la péninsule depuis 2010", insiste le chercheur américain Ankit Panda, interrogé par France Inter. En mars 2010, un sous-marin nord-coréen avait torpillé une corvette sud-coréenne, tuant 46 marins. En novembre de la même année, le Nord avait bombardé une île frontalière sud-coréenne, causant la mort de deux jeunes soldats.

Les missiles tirés mercredi par la Corée du Nord constituent "la plus agressive et menaçante démonstration (de force) contre le Sud depuis 2010", estime quant à lui Cheong Seong-chang, chercheur à l'institut Sejong, consulté par l'AFP. "Il s'agit d'une situation dangereuse et instable qui pourrait mener à des (affrontements) armés", a-t-il ajouté. "Aussi longtemps que je me souvienne, la Corée du Nord n'a jamais procédé à une telle provocation lorsque la Corée du Sud et les États-Unis menaient des manœuvres conjointes", a décrit à l'AFP Park Won-gon, professeur à l'université Ewha.

L'offensive de ce mercredi ne devrait pas être la dernière. Elle a lieu après une autre longue série de tirs en septembre et octobre, que le Nord a qualifié "d'exercices nucléaires tactiques", et qui semble montrer "que le régime nord coréen a confiance en ses capacités nucléaires", dit Ankit Panda. "Le fait que que [ses capacités] aient été démontrées, va le rendre beaucoup plus sûr pour lancer des missiles plus proches d'îles sud coréennes ou de leurs côtes", poursuit-il. Washington et Séoul avertissent d'ailleurs de manière répétée que Pyongyang pourrait effectuer un nouvel essai nucléaire qui serait le 7e de son histoire.