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Que dit le rapport du gouvernement sur le métavers en France ?

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Comment la France peut-elle éviter de louper le coche du métavers ?
Comment la France peut-elle éviter de louper le coche du métavers ?
© Getty - Luis Alvarez

Un rapport, commandé en février à deux chercheurs et un avocat, et rendu public lundi, ébauche des pistes de réflexion sur la façon dont la France pourrait trouver sa place dans la construction du métavers. Il préconise notamment la méfiance envers Meta et la création d’un laboratoire de recherche.

Comment ne pas se laisser dépasser par d’autres pays, et par des grandes entreprises, sur le terrain du métavers ? C’est la question que le ministère de la Culture avait posée à Camille François, chercheuse à l’université de Columbia, Rémi Ronfard, chercheur à l’Inria et Adrien Basdevant, avocat au Barreau de Paris. Ceux-ci ont rendu public lundi leur rapport, qui ébauche dix propositions "pour que la puissance publique puisse rapidement se saisir des chantiers essentiels à la constitution d’une stratégie française des métavers", expliquent les trois auteurs du rapport.

"Résister à l'étroite vision de la Silicon Valley"

Le rapport appelle en premier lieu à "résister à l’étroite vision de la Silicon Valley", portée notamment par le groupe Meta, qui a basé son nouveau nom sur ce concept (le rapport propose d’ailleurs d’opposer le concept de Métavers, avec un M majuscule, aux métavers, qui sont toutes ses applications possibles). "Il est essentiel d’interroger avec suspicion les visions contraignantes portées par d’autres, que ce soit par les acteurs privés tels que Meta/Facebook ou par des puissances publiques étrangères, comme la Chine et la Corée du Sud, tant ces visions pourraient façonner notre imaginaire et impacter nos quotidiens", prévient le rapport.

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Selon les auteurs, la France dispose déjà d’acteurs de pointe dans le domaine des technologies immersives "tels qu’en témoignent les succès de grandes structures comme Ubisoft, Dassault Systèmes ou encore Ledger, ainsi que les multiples rachats de startups innovantes par des groupes américains" ; mais aussi dans le domaine de la blockchain, deux grandes familles qui ne dépendent pas directement l'une de l'autre mais qui pourraient permettre à certains métavers de reposer sur cette technologie de la blockchain. Comment, avec ces nombreux talents, éviter à la France de passer à côté du métavers ?

Oublier le "Google européen" pour construire des "briques technologiques plus modestes"

C’est là qu’intervient la politique publique : le document invite la France et les principaux acteurs français du secteur à "réinvestir les instances de négociation des standards techniques et (…) participer activement aux discussions sur l’interopérabilité" : autrement dit, alors que chaque entreprise qui travaille sur le métavers essaie d’imposer son propre métavers, le rapport appelle la France à avoir son mot à dire sur les technologies qui permettront de faire en sorte que tous les métavers fonctionnent ensemble en faisant adopter des standards - exactement comme ce qui permet aujourd’hui de passer d’un site web à un autre sans avoir à changer de navigateur. Et pour ce faire, les auteurs appellent à se séparer de l’idée, souvent annoncée, "de faire émerger le Google européen du métavers" pour se concentrer sur la sécurisation de "briques technologiques peut-être plus modestes mais essentielles à la construction des métavers de demain".

Et dans un même mouvement, le rapport conseille à la France de se pencher d’ores et déjà sur l’adaptation des textes actuels aux enjeux du métavers, comme le RGPD, pour adapter la protection de la vie privée à ce que sera cette nouvelle façon d’appréhender Internet : il souligne que les technologies des métavers pourraient capter de plus en plus de données sur l’environnement de l’utilisateur, mais aussi, parfois, des données cognitives – il cite ainsi en exemple le Chili qui a consacré des "neuro-droits" pour encadrer la collecte de ces données.

Un laboratoire à la façon de l'Ircam

Pour le trio de rédacteurs du rapport, il faut ainsi aller vite et bien cibler les domaines dans lesquels des matérialisations sont envisageables : ils incitent ainsi à envisager de premières applications à l’occasion des Jeux Olympiques, et posent la culture comme domaine numéro un dans lequel développer des solutions – en déclinant toutes les formes que pourrait, par exemple, prendre la Joconde dans les métavers. Tour à tour avec une exploration du tableau, une animation du personnage, ou même sa transformation en "tokens" ("jetons"), "les déclinaisons sont quasiment infinies (…) et permettent de mieux expliciter la variété des formats et des canaux de distribution de ces projets".

Pour encadrer toutes ces recherches, le rapport invite à la création d’un institut de recherche et de coordination qui mettra en relation des chercheurs (du privé et du public) et des artistes pour travailler sur ces innovations, à l’image du MIT Media Lab aux États-Unis, ou, en France, de ce qu’a fait l’Ircam sur les recherches acoustiques et sonores. Et enfin, le document le rappelle, "entreprendre dans les meilleures conditions pour la France dans le métavers signifie entreprendre dans les meilleures conditions environnementales et sociétales" : le laboratoire ne devra pas travailler que sur la technique, mais aussi sur l’éthique.