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"Que va devenir Twitter" avec Elon Musk ? Les espoirs et les craintes de la presse spécialisée américaine

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Elon Musk peut devenir "un dictateur bienveillant" ou un "despote" selon Techcrunch
Elon Musk peut devenir "un dictateur bienveillant" ou un "despote" selon Techcrunch
© AFP - JIM WATSON

En s'offrant Twitter, Elon Musk laisse perplexe nombre d'observateurs du monde numérique : va-t-il révolutionner le réseau social ou le faire entrer dans une ère bien sombre ? La presse spécialisée américaine pose les scénarios possibles.

Au lendemain de l'annonce du feu vert du conseil d'administration de Twitter à l'offre de rachat émise par le milliardaire Elon Musk, la question 'Que va devenir Twitter ?' est sur toutes les lèvres. Le rachat du réseau social pour 41 milliards d'euros par le patron de Tesla et Space X aura des conséquences sur le fonctionnement de Twitter et ses utilisateurs, puisqu'avant même l'achat conclu, Elon Musk faisait déjà part de certaines de ses ambitions. La presse américaine spécialisée, sans être en mesure de voir l'avenir, lance en tout cas une série de pistes pour répondre à la question.

Le retour des discours de haine ?

C'est la principale crainte formulée par la Business Insider. Le milliardaire a clairement mis en avant sa première intention en achetant le réseau social : "La liberté d'expression est le fondement d'une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l'avenir de l'humanité." Une position souvent défendue directement sur Twitter auprès de ses 80 millions d'abonnés. "Elon Musk n'achète pas Twitter pour des raisons financières, il l'achète pour des raisons idéologiques, pour faire machine arrière sur ce qu'il considère comme un empiètement sur la liberté d'expression et soutenir ses idées libérales", explique au journal Angelo Carusone, président de l'ONG Media Matters for America.

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Pour Business Insider, Musk pourrait briser des digues qui permettrait le retour de personnes exclues en raison de leurs propos extrémistes et la propagation de fausses informations. On parle du banni le plus connu bien entendu, l'ancien président américain Donald Trump (qui a déjà fait savoir qu'il préférait rester sur son propre réseau social, Truth Social), mais comme le souligne Angelo Carusone, cela concerne tout un tas "d'extrémistes à travers le monde", qui pourraient profiter d'une disparition des quelques règles mises en place pour revenir sur Twitter. Les effets immédiats seraient immédiats, comme l'avait démontré une étude qui avait analysé les conséquences du bannissement de Trump de Twitter : baisse de 73% des tweets évoquant une fraude électorale lors des élections américaines dans la semaine suivant la sanction.

Autrement dit, pour Carusone, "c'est un succès majeur pour les puissances autoritaires, le mensonge, l'extrémisme, et la haine." Toutefois, la volonté d'Elon Musk de tendre vers une plus grande liberté d'expression devrait se prendre un mur au niveau européen. Le New York Times rappelle que l'Union européenne a trouvé un accord le 23 avril sur un règlement sur les services numériques, le Digital Services Act, "qui oblige les services de réseaux sociaux comme Twitter à lutter plus agressivement contre les discours de haine, la désinformation et les contenus illicites, publiés sur leurs plateformes." Si Elon Musk ne s'y plie pas, les sanctions iront de l'amende (jusqu'à 6% du chiffre d'affaires mondial) au bannissement.

Un caprice dangereux ?

Elon Musk a t-il simplement acheté un nouveau jouet ? Techcrunch, qui cite un analyste, ne cache pas son inquiétude face au risque d'abus de la part du nouveau patron de Twitter, service utilisé par de nombreuses entreprises en concurrence avec les siennes. "Combien devront lui faire une révérence pour avoir un accès" normal et complet à son service , interroge à juste titre le magazine. Un scénario du pire dans lequel Musk peut devenir "un dictateur bienveillant" ou un "despote".

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A l'inverse, la journaliste spécialiste des nouvelles technologie pour Vice, Melissa Chan, met en lumière la potentielle faiblesse d'Elon Musk face à ses propres intérêts : "Elon Musk a une usine Tesla en Chine et il veut vendre plus de voitures là-bas (…). Mais que se passe t-il si Pékin met la pression sur lui à propos d'un activiste ouïghour ou hongkongais ? (…) Elon Musk ne peut pas faire un doigt d'honneur à Pékin aussi facilement qu'il ne le fait avec le gouvernement américain."

L'entrepreneur visionnaire ?

C'est l'aspect positif de ce rachat : Elon Musk annonce sur Twitter des évolutions, "des nouvelles fonctionnalités", en se gardant bien de détailler précisément lesquelles. Son avantage ? Il connaît très bien le fonctionnement du réseau social, comme le pointe également Techcrunch : "Musk est un utilisateur expérimenté de Twitter depuis longtemps, ce qui signifie qu'il est probable qu'il abordera [les transformations du réseau – Ndlr] comme quelque chose qui va au-delà du simple jeu de vanité d'investisseurs ou un jeu purement financier. Il a des idées. Et même si vous ne l'aimez pas, vous devez admettre qu'il est intelligent. Il a peut-être l'intention de transformer Twitter en une entreprise plus grande et plus rentable."

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Cary Cooper, de la Manchester Business School, cité par WIRED, abonde dans ce sens : "Ce n'est pas un businessman traditionnel. (…) C'est un homme assez créatif et assez innovateur. C'est un type unique (…) qui ne joue pas comme un entrepreneur classique jouerait."

Un réseau social du futur ?

A cette heure, on ne peut qu'interpréter les intentions de Musk à l'aune de ce qu'il dit, et certaines laissent perplexes. Notamment quand il explique vouloir améliorer Twitter en "authentifiant tous les humains". Une expression qui n'est "pas claire" pour Techcrunch. S'agit-il de débarrasser le réseau social de tous les bots (comptes qui réagissent automatiquement avec des utilisateurs et spamment le flux de tweets) ou de mieux les réguler ? Ou faut-il comprendre qu'il faudra justifier de son identité pour utiliser son compte à l'avenir, en imposant par exemple de scanner une carte d'identité ? Et par extension, est-ce un pas vers la fin de l'anonymat ?

The Verge va plus loin en imaginant quelles modifications de Twitter seraient bénéfiques : "Twitter devrait investir massivement pour faire des messages privés un système de messagerie puissant et crypté." Le média estime aussi que le réseau devrait déployer une fonctionnalité de "longs tweets" pour ne plus être limité par les 280 caractères. Ou encore de développer les "communautés", l'équivalent des groupes sur Facebook lancé en septembre 2021, qui permet aux utilisateurs de partager des tweets dans des groupes thématiques.