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Qui sont ces oligarques russes que la communauté internationale sanctionne

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Réunion, jeudi 24 février 2022, du lobby des oligarques dans la salle Sainte-Catherine du Kremlin, à l’appel de Vladimir Poutine. La plupart des invités sont sous le coup de sanctions internationales.
Réunion, jeudi 24 février 2022, du lobby des oligarques dans la salle Sainte-Catherine du Kremlin, à l’appel de Vladimir Poutine. La plupart des invités sont sous le coup de sanctions internationales.
© AFP - Eyepress

Ils sont apparus à la chute de l’URSS, dépeçant une industrie aux abois pour la moderniser à leur seul avantage. Aujourd’hui, ces Russes fortunés doivent servir les intérêts d’un chef pour continuer de s’enrichir, dans un mélange des genres singulier entre politique, sécurité et business.

La scène se passe jeudi 24 février 2022. Dans la salle Sainte-Catherine du Kremlin, la même où, trois jours avant, Vladimir Poutine lançait une "opération militaire spéciale" en Ukraine, quelques dizaines de personnes sont rassemblées. Un club un peu spécial, en fait : la plupart des patrons des entreprises visées par les sanctions économiques américaines et européennes sont là.

Le lobby des oligarques, l’Union des industriels et entrepreneurs, a répondu à un appel du président russe. Il faut dire que, en vingt-deux ans de mainmise sur le Kremlin, le président russe a su les mettre aux pas. Le temps où les charognards de la Russie soviétique dictaient leur loi à Moscou est révolu. Depuis l’arrestation, en 2003, du magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovsky pour fraude, blanchiment et détournements de fonds, tous – ou presque – serrent les rangs derrière Vladimir Poutine.

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Leurs points communs ? Ils voyagent en jet privé, bronzent sur leurs yachts. Mais surtout, tous, de près ou de loin, doivent leur prospérité à la bienveillance du président russe et constituent les chevilles ouvrières d’un véritable capitalisme d’État. En revanche, leurs filiations sont très diverses : anciens apparatchiks, opportunistes avisés ou ex-agents du KGB. Tour d’horizon (non exhaustif).

Les soviétiques convertis

  • Pyotr Aven a 36 ans lorsque l’URSS s’effondre. Docteur en économie, l’universitaire s’investit dans la réforme économique qui s’impose. Il sera appelé par Boris Eltsine, premier président de la Russie post-soviétique, pour gérer la convertibilité du rouble notamment. Aven, 529e fortune mondiale avec 5,3 milliards de dollars selon Forbes, préside aujourd’hui Alfa Bank.
  • Andrey Kostin, spécialiste d’économie politique, a travaillé dans les représentations diplomatiques soviétiques en Australie et au Royaume-Uni avant de revenir au ministère des Affaires étrangères pour y assister, à 35 ans, au crépuscule de l’URSS. Depuis 2018, le PDG de VTB Bank, qui défend Poutine urbi et orbi, est sous le coup de sanctions internationales.
  • Vagit Alekperov a toujours travaillé dans l’industrie pétrolière. Il a même trimé, dans ses jeunes années, sur des plateformes offshore. En 1990, il est nommé vice-ministre pour les industries pétrolières et gazières et plaide pour une modernisation du secteur. Le changement de régime donnera tout loisir de mener à bien ses projets. Le président de Lukoil a amassé 21,6 milliards de dollars.

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Au bon endroit au bon moment

  • C’est l’homme de l’art. Depuis 1977, il construit des gazoducs. Et dix ans plus tard, Leonid Mikhelson dirige Kuibishevtruboprovodstroy, une société spécialisée dans l’exploitation du gaz naturel. Celle-ci sera privatisée à la dissolution de l’URSS, pour devenir finalement Novatek. Assis sur 24,8 milliards de dollars, Mikhelson est aujourd’hui la 66e fortune mondiale.
  • Alexey Mordachov a 23 ans lorsqu’il est embauché par l’usine métallurgique de Cherepovetskiy. Diplômé en économie, il y gravit les échelons et en devient directeur financier en 1992. Juste avant la privatisation du site… En achetant des parts en masse, notamment auprès des salariés, il prend le contrôle de la société, et étend petit à petit son emprise sur le secteur, jusqu’à constituer un conglomérat, Severstal. Mordachov, 51e fortune mondiale, est riche de 29,1 milliards de dollars.
  • Alexey Miller, économiste de formation, est un natif de Leningrad, une ville où il a prospéré dans l’administration Poutine de Saint-Pétersbourg. En 2000, il est nommé vice-ministre de l’Énergie de la Fédération de Russie et, dans un étonnant mélange des genres, participe à la gouvernance de Gazprom. Il sera sédimenté au sommet du groupe gazier par Vladimir Poutine lui-même, désireux de garder une entreprise stratégique entre des mains amies.

Le cercle des espions (et ses héritiers)

Derrière le ministre de la Défense Sergei Shoigu et son homologue des Affaires étrangères Sergei Lavrov, le secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev, en septembre dernier à Moscou.
Derrière le ministre de la Défense Sergei Shoigu et son homologue des Affaires étrangères Sergei Lavrov, le secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev, en septembre dernier à Moscou.
© AFP - Ministère russe des Affaires étrangères
  • Au début des années 1970, Nikolay Tokarev étudie les activités minières, avant de finalement s’engager au KGB. Il y restera jusqu’à la fin du régime soviétique, le temps d’y nouer de solides amitiés, avec un certain Vladimir Poutine, qu’il prend sous son aile à son arrivée à Dresde dans les années 1980. Tokarev dirige désormais Transneft, spécialisé dans le transport d’hydrocarbures.
  • Sergei Ivanov, 41 ans, n’a jamais émargé au KGB, pas plus qu’au FSB. Mais le PDG d’Alrosa, plus gros producteur mondial de diamant, peut revendiquer une filiation honorable aux yeux de Poutine. Son père, Sergei Borisovich Ivanov, aujourd’hui conseiller spécial du président pour la protection de l’environnement et les transports, a fait ses armes au KGB dès 1976 avant de devenir l’adjoint de Poutine au FSB.
  • Même héritage pour Andrey Patrouchev, PDG d’une filiale du géant des hydrocarbures Gazprom. À 40 ans, le fils de Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, ancien patron du FSB formé au KGB, a naturellement trouvé la place qu’on lui avait faite dans le cercle des oligarques. 

Reste une question : et si le boss des oligarques, celui qui les dépasse en fortune et en pouvoir, était tout simplement celui qui les tient en laisse ? De la fortune de Vladimir Poutine, on ne sait rien. À l’heure où tous ses soutiens économiques cherchent à protéger leurs avoirs, déplaçant leurs yachts d’un port à un autre, tentant encore quelques escapades dans leurs villas de la Riviera, le président russe, dont on sait le goût pour le luxe, garde son flegme. Comme si ses affaires étaient bien gardées.

Le magazine Forbes, qui a fait de l’évaluation de la richesse privée son fond commerce, a perdu, en 2004, son rédacteur en chef à Moscou, abattu dans la rue alors qu’il enquêtait sur le patrimoine des oligarques, et notamment celui de Khodorkovsky.

En étudiant cette affaire, le financier américain Bill Browder émet une hypothèse : Vladimir Poutine a passé un marché avec les oligarques de l’ère Eltsine, lui assurant 50 % de leur fortune contre l’assurance de pouvoir continuer à s’enrichir. C’est sur cette base de calcul que se fonde l’évaluation, en 2017, du trésor de guerre de Poutine : 200 milliards de dollars.

À Anglet, dans le sud-ouest de la France, une villa art déco en front de mer est propriété de l'ex-femme de Vladimir Poutine. Elle a été la cible, fin février, de militants ukrainiens.
À Anglet, dans le sud-ouest de la France, une villa art déco en front de mer est propriété de l'ex-femme de Vladimir Poutine. Elle a été la cible, fin février, de militants ukrainiens.
© AFP - Gaïzka Iroz

Mais selon Forbes, d’autres hypothèses sont sur la table. Celle d’échange de bons procédés entre les proches de Poutine et leur "parrain", sous la forme de pots-de-vin. C’est la thèse défendue par l’économiste suédois Anders Aslund, qui, selon ce modèle, évalue la fortune de Poutine à une grosse centaine de milliards de dollars.

Dernière hypothèse, enfin, celle d’une esbroufe : Poutine ne possèderait pas plus que ce qu’il déclare – 140.000 dollars de revenus en 2020. Mais alors, comment ses proches financeraient-ils leur patrimoine – une magnifique villa art déco au nom de son ex-femme à Anglet, par exemple – et leur train de vie ? Seule réponse du Kremlin : les résidences et biens de Poutine sont ceux de l’État. Rien de personnel, donc, n’était que l’État, c’est lui.