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Qui sont les 17 hommes, sept femmes et trois enfants qui sont morts lors du naufrage dans la Manche ?

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Des photos de naufragés lors d'un rassemblement en hommage au 27 victimes à Paris le 25 novembre
Des photos de naufragés lors d'un rassemblement en hommage au 27 victimes à Paris le 25 novembre
© AFP - Pauline Tournier

Les corps de 17 hommes, 7 femmes et 3 enfants ont été sortis des eaux de la Manche. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce que l’État prendra en charge leur inhumation, mais pas d'éventuels rapatriements de corps. Une grande partie des victimes du naufrage seraient originaires du Kurdistan irakien.

Qui étaient les migrants qui se trouvaient à bord de l'embarcation de fortune qui a fait naufrage mercredi 24 novembre ? Ce jour-là, 27 personnes sont mortes dans les eaux de la Manche, au large de Calais. Ces migrants tentaient la traversée vers l'Angleterre à bord d'un canot pneumatique. Les circonstances précises du naufrage restent inconnues, mais au vu de la fragilité de ce genre d'embarcation, de mauvaises conditions météorologiques, un matériel défectueux, ou une collision avec un navire ont pu provoquer le drame. 

Il n'y a que deux survivants : un homme originaire du Kurdistan irakien et un autre originaire de Somalie. Les cadavres des 17 hommes, 7 femmes et 3 enfants victimes du naufrage ont été transportés l'institut médico-légal (IML) de Lille. La plupart des victimes seraient des Kurdes originaires du nord-est de l'Irak. La représentation en France du Gouvernement régional du Kurdistan, jointe par France Inter, ne confirme pour l'heure aucun nom, dans l'attente d'une identification officielle par la justice française. Masrour Barzani, le Premier ministre de l'entité autonome du nord-est de l'Irak, a de son côté relayé sur Twitter dès le 25 novembre l'information selon laquelle des Kurdes irakiens faisaient partie des victimes. 

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Une semaine après le drame, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mardi 30 novembre que l'État prendrait à sa charge l'inhumation des 27 migrants décédés. L'État "travaillera avec les communes qui acceptent d'accueillir les défunts", a ajouté le ministre de l'Intérieur, en précisant qu'il s'agissait d'une demande du président Emmanuel Macron. La France ne prendra toutefois pas en charge d'éventuels rapatriements de corps, si les familles en font la demande, a précisé à l'AFP l'entourage de Gérald Darmanin, soulignant que les pays d'origine peuvent le faire.

Mariam, première victime du naufrage identifiée par plusieurs sources

Une femme kurde irakienne de 24 ans, Mariam Nouri Hamadameen, a été la première victime à être identifiée par le croisement de plusieurs sources. Son fiancé, Karzan Asaad - que Mariam Nouri Hamadameen cherchait à rejoindre en Angleterre a été interviewé par la BBC. Il suivait la traversée de sa compagne via l'application de messagerie Snapchat, sur laquelle elle lui envoyait ses données GPS. Le signal a été brutalement coupé alors que son portable émettait depuis le milieu de la Manche.

Les proches restés en Irak de celle qu'ils surnommaient "Baran" ont raconté à l'AFP qu'elle "voulait une vie meilleure", en Angleterre. La famille de Mariam Nouri Hamadameen a appris la nouvelle de sa disparition par son fiancé. Des centaines de personnes sont alors allées au domicile familial, à Soran, au Kurdistan irakien pour présenter leurs condoléances. "Je ne savais pas qu'elle allait partir clandestinement", dit son père septuagénaire, Nouri Hama Amin. D'après un cousin elle avait "obtenu un visa de travail" pour l'Italie avant de se rendre en France.

Le père de Mariam, Nuri Hama Amin, photographié à son domicile à Soran au Kurdistan irakien.
Le père de Mariam, Nuri Hama Amin, photographié à son domicile à Soran au Kurdistan irakien.
© AFP - SAFIN HAMED

La majorité des migrants à bord étaient kurdes d'après les deux survivants

Le média kurde Rudaw, basé à Erbil au Kurdistan irakien, a retrouvé et interviewé les deux survivants du naufrage. Selon Mohammed Issa Omar, le Somalien qui a failli périr lors de la traversée, la plupart des migrants présents à bord étaient Kurdes, tandis que "quatre ou cinq venaient d'Éthiopie et deux d'Égypte". Selon Mohammed Shekha Ahmad, le survivant kurde, en tout 33 migrants ont embarqué au départ des côtes françaises. 

Cet homme déclare avoir 22 ans et être originaire de la commune de Qaladze, au Kurdistan irakien. Il se remémore : "Nous étions une quinzaine [de Kurdes]." Mohammed Shekha Ahmad estime aussi que quatre migrants étaient Iraniens, et qu'un Vietnamien était aussi à bord. Il confirme par ailleurs dans cette interview pour Rudaw la présence d'au moins un enfant dans l'embarcation. 

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Dans cette interview filmée, Mohammed Shekha Ahmad raconte qu'une personne anglophone a appelé les garde-côtes britannique et français alors que leur canot prenait l'eau, mais que les secours ne sont pas venus. Il assure avoir résisté au froid, dans l'eau, pendant une dizaine d'heures avant d'être secouru. 

Quatre membres d'une même famille parmi les victimes selon le Guardian

D'après le Guardian, une femme originaire de la ville de Darbandikhan au Kurdistan irakien et ses trois enfants sont morts lors de ce naufrage. Khazal Ahmad, la mère, âgée de 45 ans, ses filles Hadia et Hasti, respectivement 22 et 7 ans, et son fils Mubin âgé de 16 ans. Le mari de Khazal, Rezgar, resté en Irak, témoigne auprès du quotidien britannique : "Ma femme et mes enfants étaient mécontents de notre vie ici. Ils voulaient que nous allions tous au Royaume-Uni." Il envisageait de les rejoindre plus tard au Royaume-Uni. 

Cet homme a raconté au Guardian son dernier contact avec sa famille, le soir du mardi 23 novembre : "ils m'ont dit qu'ils étaient sur le point de monter sur un bateau", puis il n'a plus eu de nouvelles. "Je ne croirai rien jusqu'à ce que j'entende leurs voix ou que je voie une photo récente d'eux", a déclaré le père de famille à la BBC

Interrogé au sujet de la présence de cette famille à bord de l'embarcation naufragée, Mohammed Shekha Ahmad, visiblement très ému, a confirmé auprès de Rudaw qu'ils étaient bien à bord. Une semaine avant de tenter la traversée de la Manche, dans un camp de Grande-Synthe, Khazal Ahmad avait déclaré à un journaliste du Times : "Bien entendu, j'ai très peur. Rien que la pensée de monter dans ce bateau avec mes enfants m'angoisse chaque minute. Mais nous ne pouvons pas rester ici."

Deux communes du Kurdistan irakien sans nouvelles des leurs

Dans le Nord-est kurde de l'Irak, des habitants de la commune de Ranya sont sans nouvelles d'une dizaine de proches et redoutent qu'ils fassent partie des 27 corps retrouvés, rapporte le Guardian. Deux noms reviennent, celui de Harem Pirot, un homme de 25 ans, et un ami venant lui aussi de Ranya, Twana Mamand Muhammed. Leurs familles n'arrivent plus à les joindre depuis qu'ils ont pris la mer mardi 23 novembre, et les vérifications qu'ils ont tenté de faire à distance auprès d'autres migrants à Calais confirment leurs craintes : ils seraient tous deux morts. Leurs noms font partie d'une liste difficilement vérifiable de migrants décédés lors du naufrage publiée par l'organisme "Kurdistan Watch"

Plus au sud, dans une autre commune, celle de Qadrawa, près de la frontière iranienne, l'AFP a rencontré plusieurs familles également sans nouvelles de proches portés disparus. Un homme de 20 ans prénommé Mohamed n'a pas appelé son père, habitant de Qadrawa, depuis le 23 novembre. Il lui avait alors annoncé qu'il allait traverser la Manche. Mohamed s'était envolé un mois plus tôt pour la Turquie depuis l'aéroport d'Erbil en Irak, avant de rallier clandestinement l'Italie, puis la France. Il voulait rejoindre ses deux frères, installés depuis deux ans en Grande-Bretagne. 

Abou Zaniar, le père d'un autre disparu, n'a plus de nouvelles de son fils âgé lui aussi de 20 ans. "On s'est mis d'accord avec un passeur pour qu'il le conduise en Grande-Bretagne en échange de 3 300 dollars", raconte-t-il à l'AFP. Abou Zaniar n'arrive plus à joindre le passeur par téléphone, mais s'entête : "Si mon fils a survécu cette fois-ci, je l'enverrai de nouveau en Europe"