"Racine carrée du verbe être" : Le Masque émerveillé par le spectacle de Wajdi Mouawad

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"Racine carrée du verbe être" : Le Masque émerveillé par le spectacle de Wajdi Mouawad

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Sur la scène de "Racine carrée du verbe être" par Wajdi Mouawad au Théâtre de la Colline (2022)
Sur la scène de "Racine carrée du verbe être" par Wajdi Mouawad au Théâtre de la Colline (2022)
- Simon Gosselin

Une pièce de théâtre en partenariat avec France Inter dans laquelle, avec treize autres comédiens, Wajdi Mouawad puise dans sa propre histoire pour raconter une semaine de l’existence de Talyani Waqar Malik où il s'agit de convoquer l'hypothèse des si, du champs de tous les possibles dans un destin.

La pièce présentée par Jérôme Garcin

La nouvelle pièce de Wajdi Mouawad au Théâtre de la Colline, qu'il dirige depuis 2016. C'est d'abord un pari totalement fou. 6h30 de spectacle donné en deux parties ou en intégrale. Il fallait bien ça au dramaturge libano-québécois pour raconter sa propre épopée.

Dans cette pièce qui s'ouvre d'ailleurs par la terrible explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a fait 200 morts et qui a ruiné la ville, Wajdi Mouawad raconte comment, en 1978, pendant la guerre civile, son père a demandé au frère aîné d'acheter des billets d'avion pour éloigner sa famille du danger. Les premiers vols disponibles étaient pour Paris.

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Comme le roman Prix Goncourt de Brigitte Giraud, "Racine carrée" est la pièce des "si". Et si l'avion avait atterri plutôt à Rome, quel aurait été le destin de Wajdi Mouawad, qui avait à l'époque neuf ans ? Il s'invente cinq doubles dont les existences se superposent et se déroulent en parallèle. Il joue lui-même aux côtés notamment de Jérôme Kircher, Norah Krief, Madalina Constantin, Jérémie Galiana, Raphael Weinstock… J'ai pensé aussi, au titre d'Emmanuel Carrère "D'autres vies que la mienne".

Vincent Josse a vu "un sacré spectacle qui raconte très bien notre époque"

Du moins un sacré défi, pour ne pas dire un sacré auteur qui ne l'a pas pourtant systématiquement emballé, sauf cette fois-ci : "Je suis même allé le voir une fois. Quand j'ai commencé à voir la pièce, j'étais perdu, je n'ai d'ailleurs rien compris, mais peu importe puisque vous tombez sur des vies, des personnages qui, parfois, vous ressemblent. Le metteur en scène a ce talent-là de parler de nous, de notre époque à partir des personnages qu'il invente et des vies qu'il aurait pu avoir, le tout accompagné par des thématiques magnifiques (le pardon, la famille, les écologistes). Tout est passionnant et c'est un des rares auteurs d'aujourd'hui à parler d'autre chose que de son nombril, même s'il invente des moi, s'il parle de la société, il raconte très très bien notre époque, avec du sentiment, de l'affect. C'est passionnant et très virtuose".

Fabienne Pascaud a applaudi "un spectacle magnifique et très audacieux"

Pour la critique de Télérama, c'est un auteur qui sait très bien ficeler son écriture, qui ose tout et qui s'improvise en un poète magnifique : "En même temps, il est d'une habileté de conteur oriental qui sait aussi construire son écriture dramatique comme une série. Il a des audaces folles comme quand il mène le politique à l'intime, ou parle d'un assassinat à bout portant. Il ose admirablement raconter son pays, le hasard de nos vies. Je me suis laissée perdre par les personnages, d'assister comme cela à tout ce qu'on peut être et qu'on n'est pas ; toutes les potentialités qu'on a en nous".

Armelle Héliot salue une pièce d'une grande intelligence

La journaliste théâtre pour Le Quotidien du médecin a même pensé à la romancière Brigitte Giraud, notamment dans son tout dernier livre "Vivre vite", car l'auteur se met en scène lui-même avec une très grande subtilité scénographique : "La compréhension immédiate de cette pièce est un petit peu freinée par le fait que le même personnage est joué par deux acteurs différents, mais on est tellement portés par la virtuosité, l'intelligence, l'universalité, qu'il arrive à installer une fluidité qui va de soi, grâce en partie à la scénographie et puis à ses acteurs".

Pour Jacques Nerson, c'est "d'une ampleur qu'on n'a pas connue depuis Paul Claudel"

Le journaliste de L'Obs estime que l'auteur s'inscrit à contre-courant de ce qu'il appelle "le nombrilisme" de nombreux auteurs de théâtre, qui traitent très souvent des petits sujets psychologiques, des petits drames familiaux : "Wajdi Mouawad donne une ampleur qu'on n'a pas connue peut-être depuis Claudel. Il manie une écriture d'une construction, d'une habileté incroyable, faisant vivre nombre de personnes, ne serait-ce qu'en voyant le nombre d'acteurs sur le plateau, ça faisait des années qu'on n'avait pas vu autant de gens venir saluer face à nous, c'était magnifique !"

La pièce

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Racine carrée du verbe être" par Wajdi Mouawad

7 min

Toutes les informations et réservations sur le site du Théâtre de la Colline.

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