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Recrutement des astronautes européens : de plus en plus de femmes sont candidates

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Bruce McCandless, premier astronaute à réaliser un vol dans l'espace non attaché
Bruce McCandless, premier astronaute à réaliser un vol dans l'espace non attaché
- NASA

L'Agence spatiale européenne recrute en ce moment la future promotion d'astronautes. Entre quatre et six candidats seront choisis pour succéder aux six membres de la promotion 2009, celle de Thomas Pesquet. L'ESA insiste sur la diversification des profils dont la féminisation. Rencontre avec trois candidates.

L'une est biologiste, les deux autres ingénieures dans l'aéronautique. Aucune des trois n'était née quand Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune, événement moteur pour beaucoup d'astronautes interrogés sur la naissance de leur vocation. Pour elles, candidater n'est pas forcément naturel : c'est la campagne de communication de l'Agence spatiale européenne qui les a convaincues. 

Pour cette quatrième campagne qui vise à sélectionner quatre à six nouveaux astronautes, l'ESA insiste en effet sur la diversification des profils, en particulier la féminisation du métier. Il n'y a actuellement qu'une femme (l'italienne Samantha Cristoforetti) parmi les astronautes européens actifs. Et avant elle, une seule autre européenne avait volé : la française Claudie Haigneré dans la station Mir.

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L'espace, c'est la prochaine aventure humaine

Laura Jourdan voit cet engagement comme la prochaine étape de sa carrière. "L'exploration de l'espace, c'est la prochaine aventure humaine après l'exploration des terres émergées... Même s'il reste des choses à découvrir dans les océans", dit-elle. Elle parle en connaissance de cause. Biologiste, elle s'est spécialisée sur les zones polaires et la plongée fait partie de sa formation. Devenue au fil des années guide au Spitzberg et sur les bateaux de croisière spécialistes de l'Arctique et l'Antarctique, Laura Jourdan est une hyper-active.

Réduite à la sédentarité pendant le confinement, elle a commencé à s'intéresser à l'espace et un nouveau terrain de jeu s'est ouvert à elle. "J'aime l'aventure, le terrain, être confrontée aux éléments", souligne t-elle. Les milieux hostiles elle connaît et c'est ce qu'il lui fait dire qu'elle "pense être en mesure de relever le challenge". 

Elle a mis à profit l'année de confinement pour commencer l'apprentissage du russe et le pilotage. C'est dire sa motivation pour convaincre les recruteurs de l'ESA. Polyglotte, elle se dit orientée vers la réussite des missions et est habituée à travailler aux milieux de groupes majoritairement masculins. Et c'est justement le fait d'être une femme qui lui fait croire en ses chances. 

Laura Jourdan au Svalbard, terre extrème
Laura Jourdan au Svalbard, terre extrème
- Laura Jourdan

Candidates de la diversité

C'est aussi parce qu'elles se sont senties encouragées pour la première fois que Varinka Ponamale et Mélodie Parrot, toutes deux ingénieures chez Airbus, ont déposé leur dossier de candidature. Sensibles au message de féminisation, elles réalisent que cet appel de l'ESA intervient au bon moment dans leur carrière.

Varinka, 40 ans ne se sentait pas prête en 2009 quand a eu lieu le précédent recrutement. Quant à Mélodie, 32 ans, elle a fini par se dire "Pourquoi pas ?" après que des collègues l'ont encouragée à postuler. Sportive, attirée dès son plus jeune âge par l'espace au point d'y faire carrière, elle est ingénieure système sur les segments sol, c'est-à-dire tout ce qui permet d'envoyer des commandes aux satellites de télécommunications et de recevoir leurs données. Elle n'avait toutefois jamais pensé à endosser la combinaison d'astronaute et reconnaît n'avoir pas eu de modèle féminin astronaute.

D'ailleurs, elle ajoute dans un grand éclat de rire qu'elle "vomit dans tous les transports" ! Mais les arguments des uns et des autres l'ont convaincue : "Ce qui m'a poussé à postuler, c'est la suite. La Lune et Mars sont les prochains objectifs et, moi qui n'ai pas connu les premiers pas de l'homme sur la Lune, je me dis que ça devait être quelque chose de génial de savoir que toute l'Humanité regardait cet événement sur son poste de télévision. Si je peux faire partie de cette nouvelle aventure, je ne vais pas hésiter."

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Tout aussi enthousiaste, sa collègue Varinka retrace son parcours qui l'a mené de la Réunion à Toulouse où elle exerce le métier d'ingénieure mécanique chez Airbus. "De mon petit caillou, c'était difficile de se projeter car on n'avait pas accès à beaucoup d'informations sur ce domaine. Pour moi, le rêve est arrivé avec des films que je voyais, et une photo dans le bureau de mon père, celle de l'astronaute Bruce McCandless [le premier astronaute à avoir réalisé une sortie dans l'espace non attaché, mu par le MMU, un système propulsif attaché dans son dos, NDLR] Ça a nourrit mon imaginaire mais je me demandais si ce serait possible de travailler dans ce secteur-là." 

Curieuse de comprendre le fonctionnement des objets, depuis le broyeur de canne à sucre dans l'usine de son grand-père jusqu'aux engins spatiaux, elle précise que "devenir astronaute, ce serait donner encore plus de sens à ce rêve d'enfant. Cela peut me permettre de continuer à nourrir ma curiosité scientifique". À ses amis qui la mettent en garde sur les risques encourus, elle répond, sereine, que pour faire avancer la science, il faut prendre des risques. Quant au contexte multiculturel, elle s'y frotterait bien volontiers. "Il faut savoir travailler en équipe, accepter la personnalité de chacun pour, ensemble, atteindre les objectifs de la mission." 

Vue d'artiste de la plateforme orbitale lunaire avec la passerelle Orion
Vue d'artiste de la plateforme orbitale lunaire avec la passerelle Orion
- D. Ducros/ESA

Lors du lancement de la campagne de recrutement, l'Agence spatiale européenne n'a pas garanti un ticket pour la Lune. Toutefois, dans le cadre du projet américain Artemis, l'Europe contribue en fournissant certains modules du Gateway, la station orbitale lunaire. Il est donc logique pour les candidats de se projeter au-delà de la Station spatiale internationale. Varinka serait déjà comblée avec l'orbite basse tandis que Laura voit plus loin : "Je suis de la génération née avec le changement climatique et, pour moi, l'espace c'est l'aventure moderne. Je pense qu'on colonisera d'autres planètes.