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Réforme des retraites : la mobilisation de jeudi est-elle l'une des plus grosses depuis 40 ans ?

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Le cortège parisien de la manifestation contre la réforme des retraites, le 19 janvier 2023.
Le cortège parisien de la manifestation contre la réforme des retraites, le 19 janvier 2023.
© AFP - Firas Abdullah

Quelque 1,12 millions de manifestants ont marché jeudi contre la réforme des retraites, selon le ministère de l'Intérieur, plus de deux millions d’après les syndicats. C'est l'une des plus grosses mobilisations depuis 40 ans.

Dans les écoles, les transports en commun, le secteur de l’énergie : la première grève de l’année contre la réforme des retraites a été très suivie. Dans la rue, plus d’un million de manifestants ont défilé selon les chiffres de la police, près du double, estiment les syndicats. Plus de 250 rassemblements étaient recensés en France. Cette mobilisation est numériquement supérieure à celle du 5 décembre 2019, quand déjà les organisations syndicales avaient appelé à protester contre le passage à un système de retraite universel. La police avait alors dénombré 806.000 manifestants en France, la CGT 1,5 million.

Ce 19 janvier parmi les plus importantes mobilisations, selon la police

Ces 40 dernières années, sur les cinq manifestations qui ont attiré le plus de monde, quatre étaient liées à une réforme des retraites. Si l'on se base sur les chiffres du ministère de l’Intérieur, le record est détenu par le mouvement social du 12 octobre 2010 causé par la loi Woerth, lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, avec plus d’1,2 million de manifestants dans les rues du pays (3,5 millions, selon les syndicats).

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En seconde position arrive la grande manifestation du 19 mars 2009 pour la défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et des services publics, qui a également rassemblé 1,2 million de personnes. Ce jour-là, il n'était pas question d'une réforme particulière, mais plutôt une opposition au gouvernement Fillon et au président Nicolas Sarkozy. Comme le note La Croix, les syndicats réclamaient au gouvernement "de nouvelles mesures de relance de l'économie, par l'emploi et la consommation". L'exaspération avait grandi après une succession de plans sociaux.

Dans ce classement, viennent ensuite les manifestations contre les retraites du 13 mai 2003 (1,13 million de manifestants) et  celle du 7 septembre 2010 (1,12 million), à égalité avec la mobilisation de ce jeudi 19 janvier 2023.

En 2010, malgré la très forte contestation, le gouvernement n'avait pas plié, et le Parlement avait adopté la réforme des retraites qui reportait de 60 à 62 ans l'âge légal du départ à la retraite.

En 2003, François Fillon est alors ministre des Affaires sociales et du Travail, et Jacques Chirac est le président. Le futur Premier ministre porte la réforme des retraites. Elle prévoit l'alignement progressif du régime des fonctionnaires sur le régime des salariés du privé et l'allongement de la durée de cotisation. Cette réforme "réaffirme solennellement le choix de la répartition", selon les mots gouvernement. Elle doit aussi permettre "de rééquilibrer le système d'ici à 2020".

3,5 millions de manifestants en 2010, selon les syndicats

Si l'on se fonde sur les chiffres donnés par les syndicats, ce sont là aussi les deux manifestations contre les retraites du 12 et 19 octobre 2010 qui ont attiré le plus de monde, avec 3,5 millions de personnes dans les rues.

Selon notre recensement des données des syndicats, la manifestation du 19 janvier 2023 et ses deux millions de personnes en France se place en 13e position des plus fortes affluences, à égalité avec les deux journées de mobilisation contre la loi Woerth.

Janvier 2023 semblable aux affluences de 2010

En clair, si on se fie au ministère de l’Intérieur, la mobilisation d’hier est semblable au pic de la contestation de la loi Woerth en octobre 2010, aux manifestations contre le CPE en mars et avril 2006, contre la loi Fillon en mai 2003. C’est un peu plus si on compare par rapport au début de la mobilisation contre la réforme portée par Alain Juppé en 1995. Ce mouvement est resté dans les mémoires, car il est l'un des plus longs et des plus durs que la France ait connus. Les syndicats ont réussi à faire plier le gouvernement Juppé, qui a fini par abandonner une partie de son plan.