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Réfugiés ukrainiens : alerte sur les risques de traite des êtres humains

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Au poste frontière de Medyka en Pologne, le 10 mars
Au poste frontière de Medyka en Pologne, le 10 mars
© Maxppp - Stéphane Geufroi

Alors que trois millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, des organisations alertent sur le risque de traite des êtres humains, notamment aux frontières du pays. De nombreux enfants vulnérables pourraient en être la cible.

C'est une inquiétude relayée au plus haut niveau, notamment des instances européennes. La semaine dernière, Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures, a mis en garde sur les dangers qu'encourent les enfants qui fuient l'Ukraine, notamment les mineurs "non accompagnés", alors que le Fond des Nations unies pour l'enfance (Unicef) annonce ce mardi qu'un enfant quitte l'Ukraine pratiquement chaque seconde et que les mineurs représentent la moitié des exilés du pays. 

"Ces mineurs encourent le risque d'être victimes de criminels qui les utiliseraient pour du trafic d'êtres humains, par exemple", a-t-elle estimée, précisant avoir des informations sur "des criminels prenant des orphelins dans des orphelinats en Ukraine, traversant la frontière en prétendant être des parents".

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Inquiétude sur le trafic d'enfants aux frontières ukrainiennes

Le commissaire européen français Thierry Breton a lui aussi relaté lundi matin sur France Inter, la situation d'enfants ayant quitté des orphelinats ukrainiens, en raison du risque de bombardement russe. "Ces malheureux enfants sont sur les routes, poussés, beaucoup en Moldavie, et je ne vous cache pas que nous avons des grandes craintes : il faut vraiment qu'on s'en occupe massivement" estime-t-il, ajoutant : "On commence à voir du trafic, potentiellement des bandes, des trafiquants."

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Sur le terrain, les organisations humanitaires disent aussi leur inquiétude décuplée par la fragilité des personnes en situation d'exil. "Il y a quelques jours, un homme s'est approché de la zone où arrivent les personnes qui fuient l'Ukraine au poste frontière de Sighetu Marmației", raconte ainsi Thomas Hackl, coordinateur des actions de l'ONG Caritas en Roumanie. "Il a invité deux jeunes femmes à monter dans sa voiture en proposant un trajet gratuit vers l'endroit où elles souhaitaient aller et au dernier moment la police aux frontières l'a arrêté, a fait sortir les jeunes femmes : on a appris qu'il s'agissait d'un homme déjà condamné pour trafic d'êtres humains."

Cela peut être très simple d'emmener une personne et de disparaitre.

Aux frontières, les manifestations de soutien et les propositions d'aide se multiplient, parfois de façon désorganisée. "Il y a beaucoup de gens qui sont là pour offrir de l'aide, un hébergement ou un transport gratuit par exemple et puisqu'il n'y avait pas de contrôles, en tout cas les premiers jours, cela peut être très simple pour quelqu'un d'emmener une personne et de disparaitre avec elle", estime Thomas Hackl. 

Services sexuels contre hébergement

"Il y a des femmes à qui on a proposé des pratiques sexuelles en échange d'un hébergement", en Pologne, avance pour sa part Geneviève Colas, coordinatrice du collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains" pour le Secours catholique - Caritas France. "On a vu aussi qu'à certains endroits, des enfants arrivaient seul ou accompagnés d'autres personnes que leurs parents", ajoute-t-elle, pointant une situation de vulnérabilité accrue pour ces jeunes exilés. "La situation de ces personnes qui n'ont plus rien fait qu'ils sont amenés à accepter parfois des choses pour pouvoir vivre", estime-t-elle.

En Ukraine, le réseau Caritas travaille depuis 20 ans sur la lutte et la prévention des situations de traite des êtres humains. La guerre risque d'empirer les risques. "Que ce soit en Tchétchénie, ou au Kosovo déjà, dans ces situations-là, on avait des situations concrètes qu'on a reconnues assez rapidement", détaille Geneviève Colas. "L'expérience montre qu'il faut être très attentif parce qu'il ne faut pas attendre que les gens soient déjà exploités en grand nombre pour pouvoir dire il y a eu exploitation."

Les ONG renforcent la prévention

Les ONG plaident donc pour mettre en place des actions de prévention auprès des exilés. A la frontière roumaine, Caritas renforce l'information aux personnes. "En tant qu'ONG, on informe les personnes des risques et on leur dit comment demander de l'aide", détaille ainsi Thomas Hackl : "On a des cartes écrites en ukrainien avec des numéros de téléphone pour joindre quelqu'un qui parle ukrainien à tout moment."

La semaine dernière, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a formulé différentes recommandations aux pays accueillant des réfugiés ukrainiens, afin de lutter contre la traite des êtes humains. Elles visent essentiellement à répondre aux besoins matériels des personnes afin d'éviter toute situation de vulnérabilité, en assurant "le logement et les besoins immédiats, tels que la nourriture, les vêtements, l'accès aux communications". L'OSCE plaide aussi pour une intégration rapide des réfugiés ukrainiens, sur le plan légal et administratif, sur le marché du travail et par la scolarisation des enfants.