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Refus d'avoir des enfants : un choix réfléchi pas toujours respecté

Refus d'enfant
Refus d'enfant
© Getty - Francesco Carta fotografo

Pourquoi de plus en plus de femmes et d'hommes refusent-ils d'avoir des enfants ? Pourquoi ce choix de ne pas être mère, ou père, dérange-t-il ? Pourquoi la société ne renvoie-t-elle que des images négatives à ces personnes ? Que répondre aux injonctions de l'entourage ?

"Un enfant quand je veux, si je veux." On pensait que Mai-68 avait résolu la question du droit à disposer de son corps, Chloé Chaudet prouve que ce n'est pas le cas. Elle vient de publier "J’ai décidé de ne pas être mère" (Editions l’Iconoclaste). Invitée de "Modern Love", l'émission de Nadia Daam, elle est revenue sur les raisons qui la poussent, elle et de plus en plus de femmes, à ne pas faire enfant. Un choix qui dérange. Elle a évoqué la violence à laquelle elle fait face. Et comment elle y répond.

Le refus d'avoir des enfants : un phénomène pas anodin

"En France, les femmes qui ne souhaitent pas devenir mère sont minoritaires (environ 4,5 % des femmes). Mais elles sont plusieurs milliers de personnes. Ce n'est pas rien. Surtout si on ajoute celles qui ont déjà un enfant, voire deux, et qui ne souhaitent pas en avoir d'autres."

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La raison principale : un impérieux désir de liberté

"Pour sourire dans mon livre, j'évoque jusqu'où mon choix me satisfait. Ne pas avoir d'enfant préserve mes oreilles de la musique de "Reine des neige" et des "Minions", me permet de ne pas être dérangée pendant la sieste crapuleuse, et de faire des grasses matinées (rires) ! Plus sérieusement, lorsqu'on lit les travaux sociologiques sur le sujet, la volonté de liberté est partagée par tous les réfractaires à l'impératif de parentalité." 

Une aspiration qui ne relève pas forcément de l'égoïsme. Souvent ces personnes vont transmettre aux générations suivantes, mais autrement dans le cadre de l'enseignement, d'un engagement associatif ou par d'autres chemins. 

Un choix professionnel 

"Je constate qu'à certains moments, ne pas avoir d'enfant est un avantage. Je raconte dans mon essai qu'au terme de colloques ou de journées d'étude, je me retrouve très souvent à prendre l'apéritif post-congrès avec des collègues masculins ou des femmes un peu plus âgées. 

Je peux alors jouer dans la cour de celles et ceux qui se retrouvent dans les moments où se font les carrières, et se dessinent les ascensions. Alors que les jeunes femmes de mon âge sont rentrées chez elles pour materner. 

Revers de la médaille, comme en France, la socialisation en entreprise passe souvent par des discussions entre collègues sur les enfants. Ne pas en avoir est parfois excluant."

La maîtrise de son corps

"Je n'ai pas envie d'être dépossédée de mon corps. On parle de plus en plus aujourd'hui des violences gynécologiques et obstétriques. Les travaux, notamment de Martin Winckler, commencent à avoir un certain retentissement. Mélanie Dechalotte a publié "Le livre noir de la gynécologie", elle évoque ce sentiment de dépossession qu'on peut éprouver lorsqu'on tombe enceinte. Non seulement le corps de la femme va changer, mais souvent, elle doit en plus subir des violences gynécologiques (comme "le point du mari" : recoudre après l'épisiotomie et resserrer l'entrée du vagin pour accroître le plaisir masculin) qui peuvent parfois mener à de véritables traumatismes." 

Un refus de la pression de la société

"En France, pays nataliste, la pression s'exerce de façon puissante sur les femmes. Ici, l'aide à l'accueil des enfants est très développé. Et malgré cela, les mères galèrent." 

La valorisation du double modèle de la femme qui travaille et qui a des enfants impose d'être capable de tout gérer de front, d'une manière absolument parfaite. Ne pas faire d'enfant, c'est se soustraire à cette pression

Les raisons écologiques

"De plus en plus de personnes refusent d'avoir des enfants par peur de la pollution. Il existe même un mouvement : les GINKS (Green inclinations, no kids). En se basant sur des études, pour eux procréer contribuerait à l’aggravation du problème et à l'épuisement des ressources naturelles. Les accusations souvent formulées à l'égard des personnes ne voulant pas devenir parents comme l'irresponsabilité, l'égoïsme, sont retournées contre ceux qui font le choix de mettre des enfants au monde."

Face à ce choix argumenté, des réactions très souvent négatives

"Les femmes sans enfant, on les appelle les nullipares. Dès le vocabulaire, la notion est négative. À cela s'ajoute des petites phrases nocives : 

Il faudrait vous dépêcher

C'est un véritable classique des sermons de la gynécologie. Quand on a plus de 30 ans et que l'on prend rendez-vous pour un examen de contrôle ou pour renouveler sa contraception, on s'entend souvent dire : "Il faudrait vous dépêcher après 35 ans, cela devient dangereux". Heureusement il existe maintenant des gynécologues féministes. 

Mais la question de l'horloge qui tourne pour la maternité est omniprésente. Cela renvoie à des faits erronés. Les études divergent sur le sujet, mais jusqu'à 42 ou 43 ans, il est tout à fait possible de devenir mère. 

Des personnes ne peuvent s'imaginer que je puisse vivre en femme accomplie ou tout simplement être heureuse sans enfant. D'où cette question de la vieillesse qui revient sans cesse : 

Tu n'as pas peur de finir seule ?

À cette remarque, il est compliqué de répliquer à une personne chère sans passer pour une personne aigrie : 

Tu penses vraiment qu'avoir des enfants te garantit de ne pas finir dans la solitude ?

J'ai fini, à force de réflexion, par convoquer l'image de la colocation pour femmes : ces babayagas où des femmes, des hommes retraités vivent ensemble. Mais je n'ai pas toujours la parade.

Tu n'as pas besoin de faire des enfants, tu es une intellectuelle

J'ai entendu cette phrase : "C'est normal, toi, tu es une intellectuelle : tu as besoin d'avoir du temps de cerveau disponible". Derrière cette sentence, il y a l'idée d'un coût social, que les femmes qui choisissent de ne pas enfanter devraient forcément transcender.

Tu es certaine de ne pas regretter ton choix ?

Je n'ai pas toujours la réponse quand vient la question du regret probable.

Ça viendra.

C'est systématique. C'est presque fondé sur l'idée que ce serait un caprice de ma part. En face, on imagine que cela me passera, et que cela me viendra plus tard.

Tu n'aimes pas les enfants

Pour exorciser mon pseudo non-amour des enfants, on va même jusqu'à me mettre des nourrissons dans les bras. Et même à se moquer de moi si je ne maitrise pas. C'est très intrusif. J'aime tenir un bébé mais tout dépend du moment. Derrière cette attitude hostile se glisse l'idée que si j'aime de temps à autre m'occuper d'enfants, je pousserai l'expérience plus loin en en ayant moi-même.

Souvent, j'essaie de déconstruire ce discours. J'aime les êtres humains en général et je trouve certains enfants de mon entourage intéressants. D'autres sont vraiment insupportables et, parfois, le passage de l'un à l'autre, surtout quand l'enfant est petit, peut prendre assez peu de temps."

ECOUTER | Modern love sur le non désir d'enfant

39 min

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