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Régionales : en Paca, l'alliance En marche-Les Républicains crée la zizanie

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Le Premier ministre Jean Castex (à gauche) et le président LR sortant de la région Paca, Renaud Muselier (à droite) photographiés ici en octobre 2020.
Le Premier ministre Jean Castex (à gauche) et le président LR sortant de la région Paca, Renaud Muselier (à droite) photographiés ici en octobre 2020.
© AFP - Geoffroy Van Der Hassel

L'alliance, confirmée dimanche entre LR et LREM pour les régionales de juin en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, a créé une secousse politique. Renaud Muselier, qui souhaitait cette union validée par Jean Castex, "ne pourra pas bénéficier de l'investiture" des Républicains, a annoncé Christian Jacob dimanche.

C'est le retour du "front républicain". En Provence-Alpes-Côte-d'Azur, la stratégie de la "main tendue" à la majorité présidentielle, affichée par l'actuel président de la région, candidat à sa réélection, a été confirmée, dimanche matin, par le Premier ministre. Jean Castex, dans un entretien au JDD, a annoncé dimanche le retrait de la liste LREM au premier tour des élections régionales (au mois de juin) en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, au profit du LR sortant, Renaud Muselier, pour faire barrage au Rassemblement national.

Dans les faits, la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel, cheffe de file désignée par LREM, tout comme "des représentants de la majorité parlementaire", vont "intégrer le dispositif conduit par Renaud Muselier", précise le chef du gouvernement dans cette interview, sous-entendant que les deux listes pourraient fusionner. 

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"La majorité présidentielle répond très favorablement à l'initiative de Renaud Muselier" - Jean Castex

Dans le Journal du dimanche, Jean Castex est clair : "La majorité présidentielle répond très favorablement à l'initiative de Renaud Muselier", dit-il en parlant d'une "union" qui irait "bien au-delà d'accords d'appareils", préférant plutôt parler "d'un exemple de la recomposition politique". "C'est un accord pour des élections régionales, il est prématuré de parler d'autres échéances", répond également Jean Castex. 

Pas d'investiture LR pour Muselier 

Si cet appel du pied de Renaud Muselier aux Marcheurs est soutenue, localement, par le maire de Nice, Christian Estrosi, ou celui de Toulon, Hubert Falco, Les Républicains, eux, tirent à boulets rouge, depuis l'intervention de Jean Castex. Dans la matinée, dimanche, le président du parti, Christian Jacob a annoncé que Renaud Muselier "ne pourra pas bénéficier de l'investiture LR" après le retrait, à son profit, de la liste LREM. "Le premier tour doit être celui de la clarté et de la fidélité à ses convictions, ses engagements et ses alliés naturels", a-t-il affirmé dans un communiqué, en dénonçant "des petites manœuvres électorales".

"La peur de perdre des uns, ajouté au cynisme des autres, n’a jamais fondé une ligne politique." - Christian Jacob

Une décision saluée par le député député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, dimanche matin sur Twitter, qui note l'alliance "inacceptable" osée par Renaud Muselier, exprimant "son immense tristesse face à ce coup de poignard dans le dos"

D'autres ténors du parti, à l'image d'Aurélien Pradier et Guillaume Peltier ont réagi. "Aucune alliance opportuniste", a réagit le premier, secrétaire général du parti Les Républicains expliquant qu'en Occitanie, où il est candidat pour LR, il allait "montrer l'exemple" en ne faisant "aucune courte échelle, ni aux macronistes qui ont abîmé la France ni aux énergumènes RN". Le second, vice-président délégué du parti, a rappelé sur Twitter "la position claire, nette et droite" des Républicains : "Pas de compromissions avec le macronisme qui affaiblit la France comme jamais."

Le risque de créer un précédent

En réalité, Sophie Cluzel n'avait que peu de chances dans ce scrutin, fasse au sortant Muselier et à l'ancien ministre, ex-LR, Thierry Mariani, passé dans le camp du Rassemblement national. À en croire les sondages, une seule et même liste LR-LREM serait plus solide sur ces terres où Marion Maréchal avait réuni 45% des voies au second tour en 2015, mais cet accord peut aussi pousser des électeurs de droite anti-Macron vers le RN. 

Face à l'alliance de Renaud Muselier avec LREM, le parti Les Républicains, qui doit se réunir mardi en conseil stratégique, n'avait pas beaucoup d'autre choix à part admettre cette union, autrement dit favoriser Emmanuel Macron ou Marine Le Pen : hors de question. Pas de bonne solution, mais un message envoyé aux autres candidats de droite qui, dans certaines régions, discutent encore en coulisses avec des élus de la majorité en difficultés. Sur le papier, d'autres mariages sont possibles avec le parti présidentiel, dans le Grand Est, Centre-Val-de-Loire et Nouvelle Aquitaine. 

LR espère avoir ainsi stoppé l’hémorragie mais l’épisode laissera des traces. En PACA, d’abord, où "le RN vient ce matin de gagner dix points", estime le député LR Éric Pauget. "Avec En Marche, Renaud Muselier ne gagnera pas", prédit aussi à l’instant Xavier Bertrand. À l’échelle nationale, c’est d'ailleurs une fracture de plus chez LR, la marque d’une grande fébrilité. La preuve, aussi, qu’Emmanuel Macron, à la manœuvre, est bien en campagne, préoccupé par sa réélection. 

Rien n'est figé

Dans les faits, les listes ne sont pas encore déposées officiellement (il reste 15 jours) et chez LR, certains poussent fort pour monter une liste contre celle de Renaud Muselier, désormais allié à LREM. Certains parlementaires poussent par exemple Julien Aubert à se lancer. 

Un moyen pour brandir le drapeau de la famille politique et éviter que les électeurs de droite ne basculent vers Thierry Mariani, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy passé au RN, même si l'état major du parti Les Républicains hésite. Difficile de se distinguer de Renaud Muselier, toujours président de la fédération des Bouches-du-Rhône, d'autant qu'il y a un risque de se ridiculiser.

Dimanche après-midi, Renaud Muselier est sorti de son silence : "Hier ma famille politique me soutenait à l’unanimité", écrit-il sur Twitter. "Aujourd’hui, parce que Jean Castex annonce retirer la liste LREM, je suis accusé de trahison ! Comment comprendre cette agressivité, alors que je combats le RN ?"