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"Reprise en main" de Gilles Perret : "Le film a permis de voir la réalité dans laquelle je travaille"

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Grégory Montel, Pierre Deladonchamps, Vincent Deniard, dans le film "Reprise en main".
Grégory Montel, Pierre Deladonchamps, Vincent Deniard, dans le film "Reprise en main".
- Elzévir Films

La première fiction du réalisateur Gilles Perret, "Reprise en main", est sortie mercredi en salles. Dans cette comédie sociale, trois salariés d’une usine haut-savoyarde s’opposent à un fonds d’investissement et vont tenter de racheter leur entreprise. Nous avons vu le film avec des ouvriers.

À chaque fois, les salles de cinéma sont pleines à craquer : à Annemasse, Sallanches, Bonneville, Cluses... En Haute-Savoie, les avant-premières du film "Reprise en main" ont attiré plusieurs centaines de spectateurs. Et pour cause, c’est leur vallée qui est projeté à l’écran. Dans les rangées, les premiers concernés, des ouvriers, des salariés du décolletage. Leurs usines produisent des pièces mécaniques de très haute-précision, destinées principalement à l’automobile. Avec "Reprise en main", Gilles Perret réalise sa première fiction, après vingt années passées à tourner des documentaires : "Debout les femmes !" et "J’veux du soleil", aux côtés du député François Ruffin, "La Sociale", qui raconte la création de la Sécu, ou encore "Les Jours heureux", sur le programme du Conseil national de la Résistance (CNR).

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Des pieds nickelés dans le monde de la finance

Cette fiction est dans la continuité du travail du réalisateur Gilles Perret. Le film est un cousin du documentaire "Ma Mondialisation", qui s’immisçait, déjà, dans cette industrie si symbolique de la Haute-Savoie. Cette fois, l’usine ne s’appelle pas Bontaz, mais Berthier. Elle est à deux doigts d’être cédée à un fonds de pension britannique, avec toutes les conséquences qui vont avec : licenciements, chute de l’investissement. Cédric (Pierre Deladonchamps, César du meilleur espoir masculin en 2014), ouvrier décolleteur, ne compte pas laisse filer cette vente. Il convainc deux amis d’enfance et se lance dans le rachat la boîte. Ils n’y connaissent rien. L’ouvrier enfile le costume d’homme d’affaires et se mue en futur patron. Ces "pieds nickelés" comme les qualifie l’acteur principal, sont bien aidés par Julie (Laetitia Dosch), pourtant membre de la direction de l’usine.

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"J’ai eu un gros pincement au cœur"

Le sujet ne prête pas à rire, et pourtant, "Reprise en main" est un film drôle et optimiste, rappelant les comédies sociales de Ken Loach. Un film qui rend fiers les habitants de la vallée de l’Arve, où la quasi-totalité du film a été tournée. L’usine se trouve à quelques encablures du village d’enfance du réalisateur Gilles Perret. "J’ai eu un gros pincement au cœur", reconnaît Lino, retraité originaire de Bonneville et ancien patron d’une entreprise du décolletage. Christophe Bontaz, à la tête de l’entreprise du même nom, confie avoir eu la larme à l’œil lors d’une scène : "Lorsque le père amène sa fille dans son entreprise, elle découvre les machines pour la première fois. C’était magnifique, j’étais pareil enfant, émerveillé quand je venais visiter l’usine de mon père."

Yannick Choirat, Grégory Montel, Laetitia Dosch, Vincent Deniard, dans "Reprise en main".
Yannick Choirat, Grégory Montel, Laetitia Dosch, Vincent Deniard, dans "Reprise en main".
- Elzévir Films

Lors des avant-premières, de nombreux ouvriers sont venus en famille, avec leurs enfants, comme Arnaud, 42 ans : "Le film a permis de voir la réalité dans laquelle je travaille. Mes enfants ne se rendent pas compte. Ils n’ont pas le droit de venir dans l’entreprise, c’est malheureux", souffle-t-il. "Quand je rentre, on sent l’huile", poursuit le décolleteur, "cela permet de voir pourquoi on ne sent pas bon". Le film pourrait même faire naître des vocations : "Mon fils, il a été émerveillé. Il envisage d’aller dans la conception de pièces."

La Haute-Savoie, "un laboratoire économique"

Le père de Gilles Perret travaillait dans le décolletage, comme le tiers de la population de cette vallée. Il y a même passé un peu de temps, plus jeune, après ses études : "J’ai toujours considéré que cette vallée était un laboratoire économique, car sur ce petit territoire, il y a l’Histoire du monde économique qui se raconte, avec l’arrivée de la mondialisation, l’arrivée de la finance, les délocalisations, les questions de famille, le paternalisme qui se confrontent à des logiques plus financières, un savoir-faire, une fierté d’appartenir à cette communauté et de travailler dans ces métiers du décolletage." Après cette première fiction, Gilles Perret a déjà des idées pour la suite, avec quelques certitudes : la Haute-Savoie sera sans doute encore au cœur du film, et son industrie phare, le décolletage, ne sera pas loin.

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"Reprise en main", de Gilles Perret, avec Pierre Deladonchamps, Laëtitia Dosch, Grégory Montel, Finnegan Oldfield (1h47)