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Rwanda : Paul Kagame salue "un grand pas" et attend de la France "des pas additionnels" dans l'avenir

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Paul Kagame est président du Rwanda depuis 2000
Paul Kagame est président du Rwanda depuis 2000
© AFP - Fabrice COFFRINI

EXCLU FRANCE INTER : Le président français a reconnu jeudi à Kigali la "responsabilité accablante" de la France dans le génocide des Tutsis en 1994. Un discours salué par son homologue rwandais, Paul Kagame, que France Inter a pu interviewer en exclusivité avec l'AFP.

C’est au Palais présidentiel de Kigali que l’homme fort du Rwanda nous a reçus vendredi soir pour un long entretien, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron. Un pas en avant salué avec force par le président rwandais, bien qu’il n’y ait pas eu d’excuses pour le rôle de la France au Rwanda. "Ses mots ont plus de valeur que des excuses", disait Paul Kagame jeudi. Pragmatique, il sait que de nombreux rescapés regrettent qu’Emmanuel Macron n’ait pas demandé pardon… Mais il fait avec. Paul Kagame ne voit "pas de baguette magique, quelque chose qui pourrait donner une réponse à tout." mais attend de la France "des pas additionnels" dans l’avenir.

Pas d’excuses : "Des gens diront toujours 'ce n'est pas suffisant' et ils ont le droit de le dire"

"Il y a des gens qui diront toujours 'ce n'est pas suffisant' et ils ont le droit de le penser et de le dire. Dans ce cas je ne vois pas la baguette magique, quelque chose qui pourrait donner une réponse à tout. Regardons les choses que nous avons déjà faites ensemble, le fait de permettre à des commissions indépendantes d’enquêter, de regarder différents aspects. Je pense que ça nous a menés dans la bonne direction.
Ce que j’ai trouvé de très important c'est de répondre à toutes les responsabilités. Est-ce que ça répond à tout, à toutes les questions posées ? Non, je ne pense pas. Est-ce que les survivants ont le droit de critiquer un certain nombre de choses ? Oui, ils ont le droit de critiquer un certain nombre de choses. Leurs vies ont été brisées au-delà de l'imaginable. Je ne vois pas de réponse entièrement satisfaisante mais c'est un grand pas en avant il faut l’admettre, l’accepter et il faut aller de l'avant vers des pas additionnels lorsque ce sera possible."
 

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Génocidaires réfugiés en France : "Justice doit être faite !"

Au-delà des mots, le plus important, en réalité, pour Paul Kagame, ce sont les promesses de justice d’Emmanuel Macron. Le président français a répondu à la demande essentielle du pouvoir rwandais et des associations de victimes depuis un quart de siècle : il s’engage à tout faire pour que les génocidaires présumés soient enfin jugés. 

"Je pense que nous sommes d'accord, avec le président Macron. Ces gens qui sont accusés d'avoir eu quelque chose à voir avec le génocide ne devraient pas s'en sortir comme ça. Ce que l'on demande ici c'est simplement la justice ! Le reste, les formes sous laquelle elle est rendue... Si justice est faite en France, j’en serai heureux. Je n’insiste pas sur la forme, j'insiste sur le fait que ces gens, qui ont commis des crimes graves, doivent être tenus responsables d'une manière ou d'une autre. C'est le seul point important."

Droits de l’homme : "C’est ça, la liberté ?"

C’est le sujet qui fâche. Car si Paul Kagame a réussi à pacifier et à reconstruire son pays au-delà de toutes les espérances, après la tragédie de 1994, il est aussi régulièrement critiqué pour son autoritarisme. Un pouvoir qui laisse très peu de place à la liberté d’expression et à l’opposition politique. Le président rwandais a été réélu en 2017 avec plus de 98% des voix, et a réformé la Constitution pour rester au pouvoir jusqu’en 2034. Il balaie ces critiques… Avec une ironie non dissimulée.

"Je ne vois rien de mal qui se soit produit ici, qui ne se produise pas ailleurs, d'où vous venez. Mais quand c'est ailleurs, ils s'occupent de leur histoire et personne n’intervient dans leurs affaires. Mais quand c'est ici, non ! Nos problèmes doivent être traités par l'étranger… Ce n’est pas aussi facile que ça. L’opposition tout ça et ça devient une sorte de cliché. Est-ce que ce que disent les ONG est vrai ?  Est-ce que c’est crédible ? Sont-elles libres des mouvements politiques ? Les gouvernements ont utilisé ces ONG. Ils ont même utilisé les médias d'une façon très étrange, très bizarre. Des gens vont voir les médias, ils accusent ceux qu'ils veulent accuser, et ça doit être cru… C'est très grave, parce que les accusations continuent de pleuvoir et on ne peut pas y répondre. C'est ça la liberté à laquelle vous dites que vous êtes associés ?"

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