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Saint-Etienne, le Havre, Périgueux... Il n'y a jamais eu autant de marches des fiertés en France

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La Marche des fiertés organisée à Nantes le 11 juin 2022 a réuni 13.000 personnes selon la police
La Marche des fiertés organisée à Nantes le 11 juin 2022 a réuni 13.000 personnes selon la police
© Maxppp - PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Après les grandes villes, où les premières "gay-pride" sont apparues dans les années 1990, les "marches des fiertés" sont de plus en plus nombreuses dans les petites et moyennes communes de France. Au moins 73 cortèges vont défiler en 2022, plus du double de 2019.

Périgueux, Le Havre, Carcassonne, Compiègne...De nombreuses villes ont organisé en ce mois de juin 2022 leur première marche des fiertés, déambulation politique et festive ayant pour objectif de visibiliser les personnes LGBTQIA+ et de faire entendre leurs revendications en termes de droits. Sur toute l'année, le site pride.fr, qui recense l'essentiel des cortèges depuis 2015, en dénombre 73. C'est plus d'un tiers de plus qu'en 2021 (42 marches recensées), et deux fois plus qu'en 2019 (33), l'année 2020 ayant été largement perturbée par le Covid-19. Si cette multiplication des marches n'est pas nouvelle, elle franchit un nouveau cap en 2022. Après les grandes villes, de plus en plus de petites et moyennes communes se joignent au mouvement, pour mettre en lumière d'autres vécus.

Grandes villes : Le Havre, Saint-Etienne, Limoges, Perpignan et Mulhouse se joignent au mouvement

Parmi les villes de plus de 100.000 habitants, plusieurs n'avaient encore jamais organisé de "gay-pride", "pride", ou "marches des fiertés", l'intitulé le plus utilisé désormais. C'est chose faite à Mulhouse et au Havre, qui ont respectivement vu défiler 300 et un peu plus de 1.000 personnes, les 4 et 11 juin dernier. "On a le droit d'exister, je ne veux plus être agressé ni insulté", lançait Lucien, 18 ans, au micro de France Bleu Normandie.

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Ce samedi 2 juillet, Saint-Etienne et Perpignan organisent à leur tour leur première marche des fiertés, les premières dans La Loire et les Pyrénées-Orientales. "On était l'une des dernières villes de 100.000 habitants à ne pas en avoir", explique à France Inter Jérôme Masagosa, président de l'association "Triangle Rose" qui coorganise la manifestation de Saint-Etienne. "On s'est rendu compte qu'il y avait des besoins spécifiques sur le territoire de la Loire, et que les agressions contre les personnes LGBTQI+ avaient augmenté, notamment lors du déconfinement", ajoute-t-il.

En France, le nombre d'actes anti-LGBT a doublé ces cinq dernières années, selon le ministère de l'Intérieur. Comme dans de nombreuses villes, Saint-Etienne avait d'abord organisé des journées LGBTQI+ localisées ces dernières années, sous forme de festivals, avant de se lancer dans l'organisation d'une marche plus "militante". À Limoges, la première Pride aura lieu le 24 septembre prochain.

De nombreuses petites et moyennes communes organisent leur première "Pride"

En 2022, de nombreuses villes de taille moyenne ont également accueilli leur première marche des fiertés. C'est le cas de Carcassonne (47.000 habitants), Compiègne (40.000), Périgueux en Dordogne (30.000) ou encore Epernay (22.000) dans la Marne. "Dans nos villes, dans nos campagnes, affichons qui l'on est, qui l'on aime", scandait-on notamment à Périgueux, rapporte France Bleu Périgord.

340 personnes y ont défilé le 4 juin dernier ; autant qu'à Mende, petite commune de 12.000 habitants et chef-lieu de la Lozère, le département le moins peuplé de France. Dans ces deux territoires ruraux, à échelle différente, l'enjeu est bien de regrouper et de visibiliser la communauté LGBTQIA. Thomas, homme trans de 24 ans, a co-fondé il y a un an le collectif "Tapage48" et organisé il y a un mois la première marché des fiertés en Lozère : "On est lozériens, on a grandi ici, et on a toujours ressenti ce manque de communauté LGBT. On s’est dit qu’un des premiers pas c'était de faire cette Pride. Qu'on ne fasse pas partie des derniers départements à ne pas l'organiser ", raconte-t-il.

La première marche des fiertés à Mende en Lozère a réuni environ 300 personnes selon la police, 400 selon les manifestants.
La première marche des fiertés à Mende en Lozère a réuni environ 300 personnes selon la police, 400 selon les manifestants.
© Radio France - Crédit photo : Noemie Cruz / Collectif TaPaGe / DR

Ici les problématiques sont très différentes de celles d'une capitale. Elles tournent autour de l'"éloignement géographique", qui mène souvent à "l'isolement" qu'a par exemple connu le jeune homme, adolescent. "Par ailleurs, tout le monde se connait, c'est impossible d'aller quelque part sans croiser quelqu'un qu'on connait" ajoute-t-il, "alors on a voulu marcher dans les endroits où on a grandit, et dire qu'on appartient à cette communauté LGBT+, qu'on est fier, qu'on n'a pas peur". Encore ému de la mobilisation réussie, il prévoit l'an prochain de réitérer l'expérience. D'ici là, "pourquoi pas ouvrir un bar LGBT+ ? Quoi que ce n'est peut-être pas le plus adapté en Lozère...Mais pourquoi pas des soirées ?", lance-t-il, songeur.

Ces marches dans les régions françaises ne sont pas nouvelles, puisque "dès 1994, des associations gays de Rennes et Marseille organisent leur première marche, rejointes l'année suivante par Toulouse, Nantes et Montpellier" note Marianne Blidon, sociologue spécialiste des questions de géographie et de sexualité, dans un article sur la question. Toutefois, aujourd'hui, et notamment dans les "villes moyennes", il y a "une volonté d'ancrage local, on a envie de montrer qu’on peut être LGBTQIA+ chez soi", selon Axel Radier, doctorant en sociologie, sur ces questions. C'est ainsi qu'il explique cette "multiplication des Prides".

À Paris, trois manifestations en 2022

Dans la capitale française, 45 ans après la première "marche homosexuelle indépendante", organisée en 1977, trois marches ont eu lieu cette année. La "Pride des banlieues" le 4 juin au départ de Saint-Denis (93), la "Pride radicale", "anti-raciste et anti-impérialiste" le 19 juin, et la traditionnelle "Marche des Fiertés", organisée par l'Inter-LGBT le 25 juin*.*

"De plus en plus, les mouvements LGBT se diversifient, et donc on comprend que le vécu gay, lesbien et trans est différent de celui de la marche traditionnelle parisienne organisée par l’Inter-LGBT, qui était un vécu blanc, beaucoup de classe bourgeoise, qui se concentrait sur les droits LGBT que sont le mariage, l’adoption et la PMA. Des droits qui sont évidemment importants" analyse encore Axel Ravier, également co-organisateur de la "Pride des banlieues". Mais selon lui, ces nouvelles manifestations cherchent à visibiliser d'autres choses : "C’est montrer qu’on est très simplement à l’intersection de plein de discriminations : les LGBTphobies évidemment, mais aussi le racisme, et les discriminations face à la police. [Et que] cette intersection modifie notre vécu ."

La "Pride des banlieues" entend ainsi porter spécifiquement la voix des "personnes queer des quartiers populaires", tandis que la "Pride radicale" visibilise le vécu des minorités LGBTQIA+, par exemple les personnes en situation de handicap, la population noire ou les migrants. La Marche des Fiertés du 25 juin a réuni environ 50.000 personnes, 50.000 pour la Pride radicale, et un millier à la Pride des banlieues.