Saturation des hôpitaux : la crise frappe encore plus durement les précaires

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Saturation des hôpitaux : la crise frappe encore plus durement les précaires

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Le CASO (centre d'accueil de soins et d'orientation) de Médecins du Monde à Saint-Denis
Le CASO (centre d'accueil de soins et d'orientation) de Médecins du Monde à Saint-Denis
© Radio France - Rémi Brancato

Dans son rapport annuel sur l'accès aux droits et aux soins des plus démunis en France, Médecins du Monde dénonce les conséquences de la crise des hôpitaux. "Les inégalités de santé se creusent", pointe le rapport, plus d'une personne sur deux accueillie dans ses centres a déjà renoncé à des soins.

"Je vis dans la rue, j'ai très mal aux yeux, à l'estomac et de l'asthme." Comme beaucoup dans la salle d'attente du CASO (centre d'accueil de soins et d'orientation) de Médecins du Monde à Saint-Denis, Marie*, camerounaise arrivée en France il y a trois mois, cumule les problèmes de santé. Après un premier passage par le centre un mois auparavant, elle raconte avoir été reçue à l'hôpital, mais "jusqu'ici ils ne m'ont pas rappelée", alors que la jeune femme attend des lunettes.

De plus en plus de patients qui arrivent ici n'ont même plus la possibilité d'être reçus à l'hôpital, dénonce l'association MDM. Ce matin-là, Isabelle, infirmière bénévole a reçu "une dame, enceinte, qui présente des saignements". La jeune femme, sans couverture sociale, avait pourtant été orientée vers l'hôpital avec une ordonnance pour une échographie, mais "on lui a dit de revenir à Médecins du monde et elle continue à avoir des saignements alors qu'elle est enceinte".

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"Plus les moyens de soigner dignement les gens en précarité"

Selon elle, le refus de l'hôpital est certainement dû à l'absence de couverture sociale. "L'hôpital n'a plus le personnel, n'a plus les moyens de soigner dignement les gens en précarité" regrette la bénévole. "En tant qu'infirmière, pour moi, c'est inacceptable et ça se multiplie."

Devant le CASO de Saint-Denis, la file d'attente
Devant le CASO de Saint-Denis, la file d'attente
© Radio France - Rémi Brancato

La coordinatrice du CASO de Saint-Denis assure faire face à davantage de situations de ce type ces derniers mois, en raison de la crise de l'hôpital public, jusqu'ici le dernier lieu d'accès aux soins pour les personnes en grande précarité. "On a des personnes qui ont des difficultés déjà à se présenter à l'hôpital public parce qu'elles n'ont pas de couverture maladie, parce que les délais de rendez-vous sont de plus en plus longs : un mois, un mois et demi" pointe Linda Boutaleb.

Des permanences hospitalières dédiées aux plus précaires délaissées

Selon elle, les permanences d'accès aux soins de santé (PASS) des hôpitaux, pourtant dédiées aux plus précaires et aux personnes sans couverture sociale sont de plus en plus saturées. "En fait, le personnel dédié normalement à la PASS est basculé sur les urgences, parce que l'hôpital est en souffrance et parce que l'hôpital manque de personnel", décrit-elle.

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Le manque de moyen des services de santé a des conséquences pour tous les publics précaires. Jusqu'ici, de nombreuses maternités gardaient par exemple les femmes sans-abri après leur accouchement, le temps de leur trouver un hébergement. "Maintenant, les maternités doivent libérer des lits pour accueillir d'autres femmes, alors elles ressortent au bout de quelques jours avec leur bébé à la rue" explique Linda Boutaleb, qui n'aurait "jamais pensé" gérer de tels cas.

Cette "situation très inquiétante", Médecins du monde la décrit dans son rapport annuel publié ce jeudi sur l'accès aux soins de santé des plus démunis. Il note qu'au moins un patient sur deux, reçu dans les 14 CASO du territoire, a déjà renoncé à des soins. Pourtant, 44,4% d'entre eux nécessitent une prise en charge urgente ou assez urgente. MDM appelle à renforcer le financement de l'hôpital public et des structures dédiées aux plus précaires.